‹ Le Cardinal Lavigerie (volume 2)Chapitre 31 sur 35 · HOSTILITÉS. — L'AFRIQUE D'AU DELA · texte numérisé non relu

HOSTILITÉS. — L'AFRIQUE D'AU DELA

à tout sacrifier, même la vie, plutôt que d'accepter des exigences qu'ils estiment contraires à la foi. » Voilà la situation vraie, avec sa gravité et son péril.

Le rapporteur s'en était pris surtout aux congrégations religieuses, évoquant contre elles de prétendues lois existantes édictées dans des heures mauvaises et dans un état de choses tout différent du nôtre. L'Archevêque en fait justice ; et par son énergie il devance et dépasse toutes les protestations que devait faire retentir, deux années plus tard, la portion la plus vaillante de l'épiscopat français. On a dit qu'il y avait trop de religieux, de religieuses surtout : l'Archevêque répond et prouve qu'il n'y en a pas assez. On dit qu'ils sont trop riches; lui, déclare qu'ils sont trop pauvres, et il demande l'enquête. On dit que les couvents de femmes travaillent trop, et cela au détriment du peuple; lui, déclare qu'elles ne travaillent que pour le peuple et les enfants du peuple. Tout ce plaidoyer est d'une vigueur qui emporte l'assentiment, soulève l'indignation ou l'admiration, et ne laisse pas place à une objection.

« Je m'arrête, Monsieur le ministre, non parce que j'ai tout dit, mais parce que je crois en avoir dit assez pour vous montrer combien est périlleuse la voie dans laquelle on veut engager le gouvernement du pays.

« Nous voyons clair dans la pensée de nos adversaires : ils veulent en définitive détruire en France toute religion et toute foi, et pour cela ils veulent d'abord y détruire l'Eglise.

« Les artifices du langage ne peuvent nous faire illusion. On a beau dire que l'on veut nous mener sans secousse à reconnaître ce que l'on appelle notre indépendance, et ce qui serait en réalité notre apostasie : assez de voix bruyantes se chargent de traduire le langage parlementaire et nous disent ce qu'elles veulent et où l'on nous mènera.

« Nous sommes prêts en ce qui nous concerne : rien

ne modifiera nos pensées. Nous ne cesserons jusqu'au bout de protester contre la calomnie, même sans espoir de la réduire au silence. Nous ne cesserons de dire qu'on nous outrage dans ce que nous avons de plus cher, lorsqu'on nous représente comme des ennemis ou des révoltés vis-à-vis du gouvernement et des lois de notre pays... Et nous osons dire au contraire que le gouvernement n'a pas de plus ferme appui, au milieu des déchaînements de la licence, que nos enseignements et nos exemples.

« Mais si l'Etat sort de son domaine, s'il veut opprimer nos consciences, en les contraignant de croire et de professer des choses contraires à notre foi et à la loi de notre Dieu, il faut qu'il sache qu'il trouvera dans tous les catholiques véritables une inébranlable résistance, et qu'il ne fera tomber les protestations de nos lèvres que lorsqu'il les aura fermées par la mort.

« Cette lettre est grave, Monsieur le ministre; mais je puis me rendre le témoignage que c'est l'amour seul de la France et le sentiment de mon devoir qui me l'ont dictée. Français, je voudrais éviter à ma patrie des sujets nouveaux de malheur et de trouble, pendant qu'il en est temps encore, en éclairant ceux qui dirigent nos destinées sur les dangers de la voie où l'on veut les engager. ^

« Puissent mes paroles avoir sur leur esprit l'efficacité que je désire! C'est la seule récompense qu'ambitionne celui qui a l'honneur d'être... etc. »

Les hommes qui à cette époque, comme on le disait beaucoup après le rapport de M. Guichard, faisaient le rêve de fonder en France une Eglise nationale ou Eglise « indépendante », purent comprendre, après cette lettre, l'accueil qui les attendait auprès des catholiques et de leurs chefs.

Du sein de ces orages qui montaient des basses régions de la politique de parti et des passions des hommes,

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