‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 27 sur 90 · G'* LE CARDINAL MANNING · texte numérisé non relu

G'* LE CARDINAL MANNING

bien , et il le savait par son expérience personnelle. « Il avait connu, disait-il, les agitations de la tempête; maintenant que son esprit était dans le port, il ne voulait plus en sortir. La gloire et le danger des aventureux voyages sur les mers des théories et des vaines imaginations ne le tentaient pas : le danger de ces voyages lui paraissait certain, et leur gloire, chimérique (1)! »

D'ailleurs , il savait que derrière les convertis catholiques , il y a , chez les Anglais , un cercle de protestants qui tendent l'oreille pour saisir la moindre dissonance et la dénoncer avec bruit. Chacune des paroles d'un homme en vue, chacune des lignes de ses livres est pesée sévèrement; une expression équivoque devient aussitôt une objection. Le Cardinal, plus que personne, devait s'observer, et même, en le faisant, il ne put pas toujours échapper à la critique. Plus d'une fois il dut revenir sur des phrases qu'il avait lancées ; elles partaient avec son idée à lui qui était bonne, mais, chemin faisant , elles prenaient dans le circuit des mots

i. Cité par Pévêque de Newport dans l'oraison funèbre du Cardinal.

une tournure ambiguë. Cela arrivait dans des discours , des conversations et des lettres qu'il n'avait pas le temps de revoir.

Mais généralement, il était précis, positif.

On n'aurait pas de peine à signaler, même dans ses ouvrages ascétiques les plus relevés, cette tournure anglaise dont nous parlions , ce genre homme d'affaires, qui ferait croire qu'il a retenu plus que toute autre cette parabole de nos Saints Livres : « Le royaume des Cieux est semblable à un négociant. » Il introduirait volontiers le calcul dans les choses morales , et considérerait le gouvernement de l'âme comme une sorte d'économie politique intime. Le vieux proverbe tïme is moneij a inspiré tout un chapitre du Sacerdoce éternel : « La valeur du temps pour un prêtre. » Il faut le lire , et l'on verra avec quelle inflexibilité mathématique l'auteur dresse le bilan d'une vie. « Prenons notre horaire , dit-il , et faisons nos comptes. Si nous vivons soixante-dix ans, nous aurons dépensé plus de vingt-trois ans à dormir, envie ron sept ans à la sainte Messe et à l'Office divin, ce qui fait environ trente ans, sur une vie de soixante-dix. Comment les quarante autres

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