‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 56 sur 90 · TheMonth. Ibid · texte numérisé non relu

TheMonth. Ibid

2. Progress or regress ? — Regress, no progress ! Cf. The fourfold Sovereignty of God, p. 142.

hommes les plus considérables de tous les partis, il prit des informations, entendit toutes sortes d'avis, pesa le pour et le contre, le réalisable et le chimérique, l'utile et le dangereux, et finalement, tenant compte des oppositions confessionnelles et de l'unité nationale, il formula ses vues. Elles étaient assez larges pour ne froisser personne. « Ce que le pays désire, disait-il, c'est qu'on ne provoque point de conflits entre les intérêts rivaux des sectes, mais que les écoles officielles cessent d'être ce qu'elles sont maintenant ; qu'on ne mette plus l'argent de l'État au service de la neutralité ; qu'on adopte un système d'éducation qui encourage les efforts des maîtres chrétiens, qui respecte la liberté des consciences, conserve aux parents Texercice de leurs droits les plus chers et les plus sacrés. » (( — On se souviendra de ce noble langage. La lutte n'est pas finie depuis la mort du Cardinal. Peut-être même que le moment de la mêlée la plus chaude est proche. Mais les catholiques, en allant au combat, verront le ciel ouvert audessus de leurs têtes, et devant le trône de Dieu le saint et illustre vieillard, ami de ses frères et de son peuple, à genoux, intercédant pour leur

sainte cause, et de ses mains ils recevront le glaive d'or de la parole avec lequel on abat les ennemis d'Israël. » — Ainsi parlait l'évêque de Newport, le jour des obsèques du Cardinal.

En lisant les fermes pages de Manning sur l'éducation, ceux de mes lecteurs qui sont au courant des choses d'Amérique se demanderont, comme je le faisais moi-même en les traduisant, s'il est possible de les concilier avec d'autres paroles du Cardinal sur le même sujet. Une polémique très vive vient d'avoir lieu aux Etats-Unis à propos des droits de l'Etat en matière scolaire.

L'Etat peut-il imposer un minimum d'écolage et un minimum d'instruction, sous prétexte que les enfants doivent être armés pour les luttes de la vie, capables de remplir leurs devoirs de citoyens dans une société démocratique, et munis d'un petit bagage de connaissances qui est un capital intellectuel mis à leur service par cette société?

Pour appuyer l'affirmative, on a cité les phrases suivantes du cardinal Manning : « Indépendamment de la question religieuse, on ne saurait refuser à l'État l'autorisation de pour-

voir à l'éducation de ses sujets ; il a le droit de se protéger contre les dangers qui naissent de rignorance et du vice, lesquels engendrent le crime et l'insubordination. Il a le devoir aussi de protéger les enfants contre la négligence ou la faute des parents, et de garantir leurs titres à recevoir une éducation qui les rende capables de participer à la société humaine comme à la société civile. »

Nous empruntons ces phrases à M. Sidney Dean, qui les cite dans un article de la Réforme sociale et les critique vivement (1). Nous ne pouvons en vérifier la traduction; mais, à les prendre telles quelles, il nous semble qu'elles ne contredisent pas les idées du Cardinal exposées plus haut, et qu'elles ont de l'affinité avec ses principes généraux sur le rôle de l'État. M^ Manning soutient que l'Etat, en pays chrétien, n'a pas le droit de favoriser des écoles neutres, ni d'obliger les enfants à les fréquenter : le faire serait injustice et tyrannie; qu'un Etat athée n'a pas le droit de s'occuper de l'éducation proprement dite, laquelle requiert des

t. Réforme sociale, 16 mai 1892 : Les Droits de l'État en

matière d'éducation et l'instruction obligatoire

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croyances religieuses; et qu'enfin d'une manière générale l'éducation doit être chrétienne. Mais refuse-t-il à l'Etat chrétien le droit d'obhger à l'école chrétienne? refuse-t-il à l'État honnête le droit d'exiger une certaine somme cV instruction humaine? enfin, dans un pays divisé par des sectes, refuse-t-il à l'Etat libéral et respectueux de la paix publique le droit d'avoir ses écoles où l'on enseigne à lire, à écrire, à chiffrer en laissant à d'autres ce qui regarde la rehgion; d'une manière absolue, en théorie, et abstraction faite de tout sentiment hostile? Cette question a été fort débattue entre le D'' Bouquillon et les jésuites; elle est trop complexe pour qu'on la traite ici (1).

En fait, c'est là un ordre de choses qui comporte des tempéraments divers. Une chose peut fort bien être condamnée en principe comme dangereuse, comme nuisible, et être tolérée en pratique , parce que dans un cas particulier le

1. La discussion n'ayant d'autre but que de justifier ou de condamner des principes généraux d'oîi l'on tirait la justification ou la condamnation d'un cas particulier, il semble que le tolerari potest obtenu à Rome ait donné raison au D"^ Bouquillon. Les tolerari potest ne s'obtiennent point pour les choses mauvaises m se.

danger et la nuisance sont écartés. M^ Ireland s'arrange avec l'Etat pour occuper ses locaux, donner son instruction technique de grammaire, de calcul et d'histoire, subir ses programmes d'enseignement neutre, recevoir son argent, parce qu'il voit dans cette combinaison un moyen de pourvoir à Fentretien des religieuses qui là gagnent leur pain et ailleurs enseignent la religion. Rome admet cet arrangement. En France, on le critique, et cependant on l'imite. Car ne voit-on pas, à l'heure qu'il est, bien des religieuses occuper encore des écoles officielles certainement neutres, et bien des curés donner la main à des instituteurs laïques notoirement astreints aux programmes? Les hommes pratiques savent que ce n'est point seulement avec le ciel qu'il est des accommodements. L'appréciation de la neutralité scolaire dépend donc de ceux qui l'appliquent, et une question de principe se résout souvent en une question de personnes. De là les difficultés qui surgissent chaque jour.

Le cardinal Manning ne serait point entré dans la commission royale d'éducation, s'il n'avait espéré qu'on ferait des concessions,

qu'on trouverait moyen de concilier les intérêts divers de l'Etat et de TÉglise, de renseignement national et de la doctrine chrétienne. Il n'avait nullement l'espoir que les écoles privées suffiraient à l'avenir d'une société; il voulait obstinément l'amélioration des écoles publiques, et cherchait un modus vivendi. Les modus vivendi, ces choses-là commencent en Amérique. L'Amérique est un vaste champ d'expérience où tout estmis à l'essai : hommes, systèmes et machines. Dans l'abord on dit que les choses sont bonnes pour ces pays-là et pour des cas particuliers, mais ensuite elles font leur chemin et parfois on les voit venir dans nos vieux continents ; et quand il leur arrive de rencontrer sur leur passage non des sectaires, mais des hommes de sagesse, de vrais hommes d'Etat, qui savent que gouverner, ce n'est pas appliquer des théories, mais empêcher beaucoup de mal et faire un peu de bien, il n'est pas impossible que ces modus vivendi s'implantent et donnent à un peuple quelques heureux moments de paix pubhque.

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