‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 66 sur 90 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

LA QUESTION SOCIALE (SUITE). MOYENS PROPOSÉS POUR LA RÉSOUDRE : 11° l'intervention DE l'ÉTAT. — DISCUS- SION DE cette intervention POUR LA LIMITATION DES HEURES DE TRAVAIL ET LA FIXATION d'UN SALAIRE MINI- MUM. — JUSTIFICATION DU CARDINAL CONTRE CEUX QUI l'accusent DE SOCIALISME.

Faut-il en arriver là? — Oui, répond Manning, et voici pourquoi. Vous avez poursuivi l'exploitation humaine clans quelques-uns de ses repaires : les ateliers malsains. Vous avez, diminué ses ravages en lui enlevant quelquesunes de ses victimes : les femmes et les entants. C'est bien. Mais elle se réfugie ailleurs; elle trouve d'autres moyens d'action; et le problème produire à bon marché se résout finalement par l'augmentation de la tâche et la diminution du salaire.

On offre le travail à des nécessiteux robustes, sans famille , à des étrangers aux abois , à des parias quelconques : ces gens l'acceptent à toutes conditions. Du reste, comme ils n'ont ni foyer, ni maison, ni femmes, ni enfants, ils

peuvent se contenter d'un salaire excessivement modique , et qui ne suffît point à l'ouvrier qui a un intérieur de famille et une dignité sociale.

En outre, beaucoup de ces hommes sont imprévoyants; ils sacrifient leur santé et leur avenir, et se livrent de gaieté de cœur à un travail excessif, tandis que l'ouvrier sage ne veut point se tuer ni contracter des infirmités précoces.

Voilà donc la concurrence, constatée plus haut entre les femmes et les enfants d'une part et les hommes de l'autre, établie de nouveau entre les ouvriers célibataires et les ouvriers mariés, entre les nationaux qui vivent en hommes civilisés, avec des besoins héréditaires , — le besoin d'être nourri à la viande , par exemple, — et les étrangers , des Chinois, si l'on veut, qui ont un tempérament tout autre, qui sont très sobres, et vivent d'une poignée de riz.

La difficulté recule sans cesse. Peut-on la suivre dans ces derniers retranchements?

Pour ce qui concerne la limitation des heures de travail, le cardinal Manning s'en remet de préférence à l'initiative des associations

LE DExMOCRÂTE OU L'HOMME DU PEUPLE. 197

OU à la décision d'arbitres choisis parmi les patrons et les ouvriers (1).

Mais si cette action privée ne suffît pas, il n'hésite point à appliquer son principe , qui est tout juste celui que M. Lamy , un libéral indiscuté , formulait dernièrement à Bordeaux '.Dans les gouvernements libres, la puissance publique apour mission, cVunepart, de consacrer les droits de V homme; d'autre part, de suppléer à V action de V homme, de pourvoir aux intérêts collectifs que l'initiative des individus est impuissante à assurer (2).

De plus , il s'appuie sur la doctrine de l'Encyclique : (( Si la santé de l'ouvrier est mise en danger par un travail excessif, il est permis d'invoquer l'intervention de la loi. »

Cette intervention , faut-il seulement la réclamer quand les conflits éclatent , afin de garantir alors la sécurité publique? Non! L'action de l'autorité doit être préventive. (( Elle doit empêcher le mal de se produire , en écartant avec sagesse les causes d'où naissent les conflits entre patrons et ouvriers , et l'une de ces cau-

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