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CHAPITRE IX

LA QUESTION SOCIALE (SUITE). — DEUXIÈME MOYEN PROPOSÉ POUR LA RÉSOUDRE : L'iNTERVENTION DE L'ÉTAT. — DE CETTE INTERVENTION CONSIDEREE AU POINT DE VUE international. TROIS CAS SPÉCIAUX : 1° LA CONFÉRENCE DE BERLIN; 2° LE DÉSARMEMENT DES PEUPLES CIVILI- SÉS; 3^ LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE.

Passons à la législation internationale du travail. Tout le monde convient qu'elle est nécessaire.

En effet, si un peuple en particulier conformait seul ses lois économiques aux principes humanitaires, il se verrait immédiatement en proie à la concurrence de ses voisins. Interdirait-il par exemple le travail du dimanche ? Il produirait moins. Fixerait-il un salaire minimum? Il produirait plus cher ; de là pour son industrie une infériorité désastreuse. On ne doit pas se le dissimuler : la rivalité entre nations se traduit aujourd'hui par une lutte économique, et celleci, pas plus que la guerre, ne doit rester en dehors des règles fondamentales de la justice. De même que les nations civihsées admettent un droit des gens qui diminue le nombre des guerres

OU les rend moins cruelles, de même elles devraient admettre des principes économiques qui favoriseraient le bien général de la race humaine. Les distinctions de patries subsisteraient, mais elles n'entraîneraient point de séparations barbares.

Les ouvriers ont été les premiers à comprendre ces choses et ils en ont fait la bruyante enseigne de V Internationale, Les tendances subversives de cette vaste association ont tout compromis. Mais il est certain que dans son initiative, comme dans tout grand mouvement populaire, il y avait une idée juste. Cette idée ne devait pas être perdue.

La Suisse démocratique, qui avait déjà acquis des titres à la reconnaissance de l'humanité par la convention de Genève, espéra en obtenir d'autres par Forganisation du travail. Elle convoqua à Berne les États industriels de l'Europe ; mais les grandes nations prépondérantes ne s'ébranlèrent point. Tout à coup, le 9 février 1890, parut un rescrit de l'empereur d'Allemagne, reprenant pour son compte l'invitation de la Suisse, et désignant pour le lieu de la conférence la ville de Berlin, et pour date de

son ouverture le 15 mars. « La question ouvrière s'impose à toutes les nations civilisées, depuis que la paix des différentes classes paraît menacée par la lutte, à la suite de la concurrence industrielle. La recherche d'une solution devient dès lors non seulement un devoir humanitaire, mais elle est exigée aussi par la sagesse gouvernementale qui doit veiller en même temps au salut de tous les citoyens et à la conservation des biens inestimables d'une civilisation séculaire. » Ainsi s'exprimait l'empereur dans son rescrit.

Nous n'avons pas à dire comment le pape Léon XIII approuva hautement d'avance « tout ce qui empêcherait l'exploitation du travailleur à litre de vil instrument et sans égard à sa dignité d'homme, à sa conscience morale, et aux devoirs qui le lient au foyer domestique (1) » ; comment toutes les nations de l'Europe, faisant trêve à leurs rivalités et à leurs rancunes, répondirent à l'invitation de l'empereur d'Allemagne, et, malgré les divergences des deux écoles libérale et autoritaire, prirent des

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