Lettre de Léon XIII à l'empereur Guillaume, 14 mars
décisions favorables, au repos dominical, à la protection des femmes et des enfants, à la sécurité et à la salubrité du travail minier, etc., etc.; comment enfin ces résolutions, sans avoir de force obligatoire immédiate, engagent cependant l'honneur national des pays qui les ont adoptées, et constituent un premier ensemble de principes réglementaires qui entreront progressivement dans les législations industrielles des peuples, et enlèveront aux ouvriers cette raison qu'ils mettent en avant pour monter à Tassant du pouvoir : qu'on ne s'occupe pas d'eux, et que leurs intérêts seront négligés aussi longtemps qu'ils ne seront pas les maîtres (1).
Mais il nous faut rappeler que le cardinal Manning se prononça avant tout examen en faveur de la conférence internationale. Dans la lettre
1. Ils disaient à la veille des élections municipales, dans uneville industrielle de trente mille habitants situéedans la zone de Lille : <( Vous dépensez, — conservateurs ou opportunistes, peu importe ! au pouvoir vous êtes les mêmes pour nous! — vous dépensez 70.000 francs pour un collège de garçons et 40.000 pour un collège de filles, dont les élèves sont des bourgeois qui peuvent payer! — Et le pauvre peuple croupit dans des quartiers infects ! Et vous n'avez pas un sou pour paver ses ruelles, assainir ses maisons, et lui donner un peu d'air ! » — • Ces ouvriers avaient-ils tort?
222 LE CARDINAL MANMNG.
à la Deutsche Revue qu'il écrivit à ce sujet, il déclare que le rescrit de l'empereur Guillaume « est l'acte le plus sage et le plus méritoire, émané d'un souverain de notre temps ». Quand les décisions de Berlin furent connues, il les approuva hautement, et dans son Commentaire sur l'Encyclique il les cite comme un minimum indiscutable de satisfactions internationales à donner aux ouvriers.
Parmi ces satisfactions internationales, il avait la hardiesse d'en placer une autre : le désarmement des peuples civilisés.
On sait que, depuis Henri IV et Fénelon, l'idéal de la paix perpétuelle monte du cœur au cerveau de tous les vrais philanthropes. Quand les armées ne se composaient que de la portion belliqueuse des gens d'un pays librement enrôlés, on pouvait ne point s'émouvoir outre mesure de la disperdition de forces vives qu'elles entraînaient, et des souffrances auxquelles elles étaient condamnées.
Mais depuis que le service militaire est obligatoire pour tous, les maux qui en résultent sont incalculables : épuisement financier, infériorité économique, désordres sociaux inévitables en
dehors de la vie de famille et qui, restreints auparavant à quelques individus , sont étendus maintenant à toute la jeunesse d'un pays , occupations absolument improductives ou même déplorable oisiveté imposées pendant trois ans à des hommes qui seraient le nerf de l'industrie, de l'agriculture, de Fart, de la rehgion, de la science.
En face de cet ensemble de privations et de maux auxquels la postérité ne comprendra jamais qu'on se soit résigné si docilement, maux qui équivalent à un suicide national et nous exposent aux malédictions de l'avenir, on comprend que des âmes élevées s'irritent et que de nobles cœurs protestent. Ne pouvant point faire prévaloir leurs idées dans les Conseils des gouvernements , ces hommes magnanimes ont organisé une ligue internationale pour la paix. Ils (^spèrent de la sorte populariser leur programme philanthropique, diminuer les haines stériles et faciliter le bien-être général.
Le cardinal Manning encouragea de ses conseils et de sa cordiale approbation cette ligue pour la paix. Il en fut l'un des vice-présidents. A ce titre, il dirigea le cinquième Congrès
annuel tenu au mois de juin 1888 et prononça un important discours : ce Je trouve , disait-il , que je suis bien à ma place dans cette assemblée. Son objet n'est-il pas de promouvoir à travers le monde les principes de l'arbitrage et de la paix, principes dont l'application peut se faire partout , et qui sont basés sur la bonté et la charité réciproques sans lesquelles il n'y a pas de société humaine? »
Il rappela ensuite que les destinées de l'Europe sont à la merci de la force matérielle , et qu'un barbare système de terrorisme mutuel prévaut partout. « Ceci ne serait point , ajoutat-il, si la loi morale planait sur les nations, et si , pour facihter son règne , elles constituaient d'un commun accord un tribunal auquel elles soumettraient leurs dissentiments. Si ce tribunal d'arbitrage suprême existait , nous ne verrions point la pauvre Europe hérissée de quinze millions de baïonnettes, et les puissances militaires ne rivahser entre elles , ô triste et stérile rivalité! que pour se surpasser l'une l'autre dans le déploiement de la force armée (1) . »
Le bureau permanent de la ligue pour la paix