CHAPITRE X
LA QUESTION SOCIALE (SUITE) . — MOYENS PROPOSÉS POUR LA RÉSOUDRE : III'^ l'union DE L'ÉGLISE ET DU PEUPLE. — APPLICATION DES IDÉES DE MANNING A LA FRANCE. — UNE LETTRE DE M. DE VOGUE.
Nous sommes entré insensiblement dans le troisième point de notre étude sur les idées sociales de Manning : Union de VÉglise et du
1. The State of Rome. The Roman question. Cf. Ecclcsiastical Sermons, passim.
peuple. Cette union est faite en haut lieu par l'Encyclique du Pape sur la condition des ouvriers. Elle doit se faire dans chaque Église particulière par le rapprochement du clergé et du peuple. Cette union, le Cardinal la voyait réalisée à travers le monde anglais, et l'une des plus douces consolations qu'il ressentit dans son grand cœur au jour de son jubilé d'Évêque, ce fut de contempler toutes ces Églises jeunes, vigoureuses, fièrement debout dans l'indépendance, avec toute la vitalité de ce qui est populaire.
Irlande, Angleterre, Amérique, Australie, toutes les voix qui parlent sur le globe la langue de Shakespeare et d'O'Connell, célébraient dans un concert unanime l'union du catholicisme et de la démocratie.
Il en avait l'âme débordante de joie, ce Nous ne sommes en Angleterre qu'une poignée de fidèles, mais nous avons la bonne fortune d'être séparés du monde et des cours, et d'être soustraits par notre situation même à l'atmosphère délétère du favoritisme officiel et de la protection séculière. La vraie protection de PÉglise en Angleterre, cest son indépendance, et sa vraie puissance, c'est sa liberté.
(( Nous sommes pasteurs des pauvres et pauvres nous-mêmes. Cette situation unit ensemble les pasteurs et le peuple par un sentiment de mutuelle dépendance et par une charité qui rappelle celle des premiers chrétiens, et que le monde jusqu'à présent n'a pas souillée de son souffle flétrissant.
(( Nos prêtres sont unis entre eux et avec leurs évêques. Indépendants, dans leurs œuvres, de toute autorité séculière, ils s'aiuient les uns les autres d'un amour fraternel si étroit, qu'on trouverait difficilement pareil amour dans toute autre région de la chrétienté. Si toutes ces choses sont pour nous, qui sera contre nous (1)? »
Et l'Irlande? Il en parlait avec enthousiasme jusqu'à son dernier soupir. « Regardez-la, disait-il, et, si noir que soit son ciel, si pauvre que soit sa terre, ne la plaignez pas. Elle est libre dans sa religion, et quand par le ministère d'âmes hautes et généreuses, telles que celle de Gladstone, elle aura reconquis l'autonomie de son petit territoire, il faudra que les sages de ce monde naviguent vers une petite île