‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 83 sur 90 · LES ECOLES NEUTRES · texte numérisé non relu

LES ECOLES NEUTRES

La conversation s'engage. Après avoir dit au P. Achille quelques mots sur les missions, se tournant vers nous et posant successivement son doux regard sur chacun des visiteurs : « Vous êtes les amis du rehgieux?... et ce petit garçon

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est votre fils? (M. X... avait avec lui son fils, un petit garçon de 9 à 10 ans)... Et vous êtes de la ville d'Hazebrouck?... Eh! Messieurs, je connais tout le monde dans cette ville !

(( — Comment, Éminence?

(( — Eli oui ! j'ai traversé tant de fois la gare d'Hazebrouck en me rendant sur le continent ! Les employés sont mes amis. »

Le P. Achille fit observer que récemment on avait beaucoup parlé de cette ville à propos de laïcisation, et qu'on y avait fondé des écoles libres.

(( — Vous voulez dire des écoles catholiques, mon ami? interrompit vivement Monseigneur.

(( — Oui, Eminence.

(( — Quelle est en Angleterre la situation par rapport aux écoles? fit Tun d'entre nous.

(( — En Angleterre, répondit le Cardinal, on (( a voulu un moment empêcher que les écoles (( fussent (( dénominationales ». C'est là un mot (( barbare pour vous : écoles dénominatio- (( nalesl II veut dire écoles confessionnelles, « écoles qui ont une enseigne religieuse, qui (( sont protestantes ou catholiques. Par écoles (( non dénominationales on entend des écoles où

(( les catholiques et -les protestants peuvent aller (( ensemble, où Ton ne parle pas de religion « positive.

* (( Une loi fut votée en ce sens en 1870.

(( Elle établissait quelque chose qui ressem- (( ble à l'école neutre. Mais le sentiment reli- (( gieux du peuple anglais s'est opposé invinci- (( blement à l'application de cette mesure. Il a (( fallu, pour ne point le froisser, rétablir au (( moins la lecture de la Bible. Mais nos écoles (( n'étaient pas, même en ce cas, neutres comme (( les vôtres : car on y parlait de Dieu. En « France, vous êtes au dernier degré : vous des- « cendez plus bas que les païens, qui croyaient (( en Dieu. Chez vous. Messieurs, un athée peut (( venir s'asseoir sur les bancs des écoles à côté (( d'un catholique : il n'entendra rien qui le « gêne. Cependant, je dois vous dire que sur (( cette question de l'éducation, l'avenir pour (( nous n'est pas certain.

(( Nous ne pouvons pas compter sur les chefs (( de partis : car les chefs de partis sont des (( esclaves ! De peur de perdre un adhérent, ils (( font des concessions regrettables, ils sacrifient (( tout à la politique.

LA DÉCENTRALISATION, LA LIBERTÉ d' ASSOCIATION.

(( — Monseigneur, qne pensez-vous do la situation de la France?

(( — Je crois, comme tout le monde, qu'une « grande crise est imminente. Et cette crise (( n'est pas le résultat de la république. La cause (( est plus ancienne, plus profonde. Elle est clans (( la Révolution. La Révolution a détruit en (( France l'initiative privée. Ce qui vous manque (( le plus, c'est la liberté, et surtout la liberté (( d'association. »

Et avec une gravité imposante, comme s'il avait prononcé un oracle, le vieux: Cardinal laissa tomber cette parole :

(( — La centralisation, Messieurs, c'est la c( mort !

(( Voyez! n'est-ce pas étonnant et anormal (c qu'une infime minorité de libres-penseurs fasse (( la loi dans un pays où il y a au moins 30 mil- (( lions de catholiques dénommés? Paris domine (( la France. Et Ton s'est habitué à cette tyrannie. (( On attend toujours le mot d'ordre d'en haut

(( avant de faire quelque chose. Tout ce qui n'est (( point administratif est mort ou languissant. (( Messieurs, ne demandez pas sans cesse une (( direction au gouvernement. Unissc::'-vous, (( prenez de V initiative, agissez par vous-mêmes.

(( — Éminence , nous habitons une province (( où ces idées sont encore comprises. La (( Flandre a des traditions communales bien (( vivantes, et la loi scolaire en les contrariant (( donne à ces traditions une nouvelle force (1) . »

Le cardinal JManning est partisan du Iionie rule. Il tire les conséquences de ses principes sur la décentralisation et il veut en faire bénéficier l'Irlande. Il traitait donc une question qui lui était chère et dont l'exposé nous réjouissait

1. Pour la seule ville d'Hazebrouck, une petite ville de 10.000 habitants, l'initiative privée, gênée cependant par ringérence administrative, a réalisé des choses admirables, depuis une vingtaine d'années. Qu'il nous suffise d'énumérer, en fait d'établissements utiles à tous, le Petit Séminaire de Saint-François-d'Assise, le collège libre de Saint-Jacques, l'orphelinat Warein, la maison des sœurs noires (sœurs garde-malades) , la belle église de Notre-Dame , sept écoles primaires libres, sans compter les nombreuses fondations qui sont le meilleur revenu de l'hospice et du bureau de bienfaisance, et d'autres legs offerts à l'Administration diocésaine pour établir à Hazebrouck des missionnaires flamands.

vivement. Aussi ajouta-t-il avec ranimation d'un homme qui se sent compris et approuvé dans des idées qu'il aime :

(( — En Angleterre, Messieurs, les asso- (( ciatlons sont très puissantes et les villes font (( des entreprises colossales. La municipalité de (( Manchester, par exemple, a dépensé pour (( fournir de l'eau aux habitants une somme (( de deux millions de livres sterling (^0 mil- (( lions de francs) . »

Et s 'animant par degrés, le Cardinal dit avec énergie : « Messieurs , si demain Londres était (( détruit, eh bien, Liverpool, Edimbourg, (( Leeds, Birmingham, Manchester, se lève- (( raient pour la patrie ! Dans ces grandes villes (( on entretient Tamour des intérêts britanni- (( ques. On y concentre toutes les forces so- (( ciales. Ce sont de petites patries dans la (( grande...

(( D'ailleurs, c'est parce que les Anglais res- (( pectent la liberté et l'initiative individuelle (( qu'ils en sont arrivés à tolérer l'exercice du (( culte catholique. »

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