LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET
RUE PIERRE-SARRAZIM, N* 14
LE
Origine et jeunesse de Mazarin.
Le cardinal Mazarin est une de ccs figures historiques qui laissent longtemps 1a postérité indécise, et qui , par la diversité des aspects , appellent et justifient les jugements les plus contraires. Parmi ses contemporains , s’il eut les hommages des courtisans et l’admiration réfléchie de (pielques esprits élevés, il recueillit largement la haine et les mépris môme de la foule. Les moralistes sévères ne feront jamais grâce à scs passions sans grandeur , à ses moyens tortueux de fortune et de gouvernement ; mais l’histoire marquera toujoiirs une place considérable à cet homme qui ne craignit pas de se porter l’héritier du grand Richelieu , qui sut retenir vingt ans le pouvoir au milieu des plus étranges vicissitudes du sort, qui lassa et vainquit l’un
après l’autre ses ennemis, lesquels étaient aussi ceux de la France , et qui enfin eut l’insigne honneur d’inaugurer par une politique habile et heureuse le règne éclatant de Louis XIV.
Jules Mazarin naquit, en 1602, à Piscina, dans les Abruzzes, province des États de Naples. Les historiens varient sur son origine : les uns le font descendre d’une famille noble de la Sicile, obligée de s’expatrier pour fuir des proscriptions politiques ; Mazarin, au faîte des grandeurs, s’attachait à cette version et parlait volontiers de la noblesse de sa race; d’autres, moins bienveillants, lui donnent pour père un marchand sicilien qui , après avoir fait banqueroute à Païenne , s’éfivit réfugié sur le continent, et était venu s’établir dans les Etats du pape.
Quoi qu’il en soit à cet égard , Jules Mazarin annonça dès l’enfance les dispositions les plus heureuses, et fut élevé avec soin. Il fit au collège des jésuites, à Rome, de brillantes études. Distingué par Jérôme Colonna, légat du pape, il suivit en Espagne son protecteur. Les universités de ce pays jouissaient alors du plus grand renom. Le jeune Mazarin alla compléter et perfectionner ses études dans celle d’Alcala , une des plus célèbres. De retour en Italie, il prit la carrière des armes (1623).
L’Italie , à cette époque , était depuis plus d’un siècle le point de mire de l’ambition rivale de l’Es-
Digilized by Goog[e
MAZARIN
pai^e et de la France. Ces deux grandes puissances convoitaient les belles plaines qui s’étendent au pied des Alpes, et leurs armées bien des fois s’y étaient heurtées comme dans un champ clos. Cette rivalité de deux États formidables , également animés de l’esprit de conquête , plaçait dans la situation la plus difficile les puissances secondaires de l’Italie, principalement le duc de Savoie, maître du passage des Alpes, et la cour de Rome, qui était prépondérante dans le midi de la Péninsule. Chacun des deux cabinets s’efforçait d’entraîner dans son alliance et Rome et la Savoie. De leur côté les papes , dont la diplomatie était depuis longtemps renommée pour sa prudence et son habileté , s’épuisaient en expédients , soit pour apaiser les différends des deux grandes puissances et se faire accepter comme médiateurs , soit pour se maintenir neutres au milieu de leurs conflits ; ils entretenaient une armée pour sauvegarder leur position , mais en réalité leurs officiers étaient plutôt des négociateurs que des hommes de guerre. Ces circonstances, au milieu desquelles Mazarin entra dans les troupes papales, servirent à merveille son génie fin et délié.
Il faisait partie du corps d’armée que la cour de Rome entretenait dans la Valteline (1624), lors des démêlés de la France avec l’Espagne et avec le pape, h l’occasion de celte province. Le cardinal de
Digiti?ed by Googla
Richelieu trancha d’un coup vigoureux ces difficultés, en envoyant dans la Valteline une année française pour arrêter les Espagnols et forcer le pape à se prononcer. Avec la cour de Rome on en vint bientôt aux accommodements. Un jeune capitaine fut chargé par le commandant en chef des troupes papales de négocier avec le général français, le marquis de Cœuvres, et s’en acquitta avec une rare habileté. Cet officier, c’était Mazarin; son savoir-faire fut apprécié et applaudi à Rome, et dès ce moment le saint-siège l’employa pour des missions délicates.
En 1630, les Espagnols irrités de la prise de la citadelle de Casai , en Piémont , par les Français , étaient venus à leur tour mettre le siège devant cette place, et faisaient de grands efforts pour la réduire. Cependant une ai*mée française s’approchait , et les Espagnols s’apprélaicnt h recevoir la bataille sous les murs de Casai ; déjà le canon grondait et la fusillade était assez vivement engagée, quand les Français virent sortir des lignes ennemies et se diriger vers l’état-major de leur armée un cavalier qui traversait la plaine en élevant au-dessus de sa tête une feuille de papier et en criant : « La paix ! » Il eut bien de la peine à obtenir qu’on cessât le feu, et ce ne fut qu’au péril de sa vie qu’il put arriver auprès des maréchaux commandant l’armée française: on reconnu! alors
MAZARIN
dans ce hardi parlementaire Jules Mazarin , envoyé par les généraux espagnols et porteur d’une convention en vertu de laquelle les troupes des deux puissances évacueraient la province envahie , le Montferrat, et cesseraient les hostihtés. Mazarin sut faire accepter ces conditions, et on loua heaueoup dans les deux camps l’énergique résolution et l’hahile conduite du négociateur.