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Mazarin embrasse la vie ecclésiaslique cl se voue à la diplomatie.
Dès ce moment Mazarin connut bien dans quelle voie il pouvait surtout rencontrer la fortune. Il se voua à la diplomatie, quitta l’état militaire et prit l’habit ecclésiastique. A celte époque , dans toutes les cours de l’Europe , l’Église était le chemin qui menait le plus sûrement aux grandes positions; à Rome, c’était la condition nécessaire des missions de confiance et des hauts emplois. Les calculs de Mazarin ne furent pas déçus. Le saint-siège sut l’apprécier, et le chargea à plusieurs reprises d’importantes négociations, dans lesquelles il révéla toutes les ressources d’un esprit pénétrant, maître de lui-même et d’ime parfaite souplesse.
Ce n’était pas alors chose aisée , môme au plus lin diplomate , que de tenir bien exactement la ha-
laucc entre les deux iutérôls, français et espagnol, qui SC disputaient l’influence politique avec non moins de jalousie que la prédominance des armes. Mazarin ne tarda pas à inspirer de l’ombrage au cabinet espagnol; le premier ministre, duc d’Olivarès, qui lui imputait, non sans raison, plusieurs échecs de sa politique, s’efforçait de l’écarter des grandes affaires , et de le rendre suspect à la cour de Rome , comme ouvertement dévoué aux intérêts de la France. En revanche , Mazarin s’était fait un protecteur et presque un ami du plus puissant homme d’État de l’Europe, le cardinal de Richelieu. Ce grand politique avait bientôt distingué dans l’abbé diplomate un esprit d’élite, joignant à une merveilleuse sagacité une rare puissance de travail : il avait été frappé surtout de sa connaissance profonde des intérêts français dans la poütique européenne. Mazarin de son côté s’était senti tout d’abord attiré, entraîné vers l’homme de génie, vers le grand ministre si capable de juger de sa valeur, et en si bonne position pour utiliser et récompen- ; scr ses services. Il n’eut pas à se repentir de l’option qu’il avait su faire. Le patronage de Richelieu aplanit devant lui tous les obstacles ; il obtint du pape d’être envoyé en France, d’abord comme vice-légat à Avignon , puis comme nonce extraordinaire (1634). Louis XIII lui fit l’accueil le plus distingué. Richelieu, le voyant de plus près, l’ap-
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MAZARIN
précia mieux encore et l’attacha à ses desseins et à sa fortune. Il le soutint contre les inimitiés que son mérite même lui avait suscitées à la cour de Rome, demanda pour lui avec instances le chapeau de cardinal, et finit par l’obtenir, au commencement de 1642, en cette année où lui-même allait disparaître de la scène du monde et y laisser vide une si grande place. Il est à remarquer que Maza-, rin , quoique prince de l’Éghse , ne fut jamais ordonné prêtre. Il reçut à Narbonne le chapeau de cardinal des mains mêmes du roi. Les relations officielles de cette cérémonie le montrent « s’inclinant si bas en cette circonstance qu’il semblait être à genoux. »
Mort de Richelieu. — Mazarin entre au ministère.
Mazarin , dans les dernières années du cardinal de Richelieu , était devenu son confident , l’agent le plus intime et le plus actif de sa politique. Lors de la conspiration de Cinq-Mars, il l’avait habilement servi en un point important; c’était lui qui, s’hisinuant dans la confiance d’un des grands scignem’s compromis dans celte conspiration, le duc de Bouillon, alors prisonnier à Ljon, au château de Pierre-Encise , avait persuadé à ce seigneur que
le plus sur moyen de se racheter de l’échafaud, c’était de céder au roi de France l’importante place de Sedan, qui couvrait la frontière des Ardennes. Joignant l’activité à l’adresse, à peine eut-il arraché au duc un ordre écrit pour la remise de cette place, qu’il couiTit lui-môme à Sedan, sans s’inquiéter des partis espagnols entre les mains desquels il faillit tomber, se présenta inopinément à la duchesse , obtint qu’elle lui remît la place , en lit sortir la garnison, et prit possession de la ville au nom du roi. Richelieu, à son lit de mort, recommanda, dit-on, Mazarin à Louis Xlll comme l’homme qui avait le mieux compris sa politique et qui était le plus capable de la continuer. Le roi , déférant à la volonté du grand homme, même lorsqu’il n’était plus, s’empressa d’appeler Mazarin dans le conseil (1642).
11 entrait dans le caractère du nouveau ministre et dans son plan de conduite de s’efl'acer tout d’abord , et de mitiger i)ar la douceiu’ des formes une politique sévère qu’au fond le roi voulait maintenir. Mais d’ailleurs, selon toutes les apparences, Louis Xlll ne devait pas lui-mème survivre longtemps à Richeheu; sa santé qui déclinait rapidement faisait prévoir un prochain changement de règne ; et quand tous les courtisans se préparaient avec soin pour ce passage diflicilc, Mazarin n’était pas homme à vouloir y venir chargé de l’impopu-
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MAZARIN
larité et des haines accumulées par radminislratioii rigoureuse de son prédécesseur. Il prit donc dans le conseil une attitude et une place modestes, ne cherchant pas à attirer à lui les affaires, et travaillant surtout à appeler la clémence du roi sur les hauts personnages que le terrible cardinal avait frappés par l’emprisonnement, l’exil et la confiscation de leurs biens. Son influence ne fut pas étrangère aux mesures d’adoucissement et de réparation qui marquèrent cette époque ; petit à petit les prisons d'État se vidaient ; la Bastille rendait à la liberté des hommes considérables, des maréchaux de France , des princes du sang sur lesquels ses cachots s’étaient refermés depuis plus de dix ans ; Gaston , le frère du roi , qui n’avait cessé de donner la main à tous les fauteurs de conspirations contre Louis XIII et son ministre , obtenait lui-mème grâce entière et reparaissait à la cour.
Louis XIII , môme en approchant de sa fin , conservait contre la reine Anne d’Autriche ces profondes rancunes qui avaient jeté tant de trouble dans sa vie intérieure. Et cependant l’héritier du trône était au berceau. Une régence devenait inévitable, et Louis se voyait avec douleur obligé, d’après les traditions et les lois de la monarchie, de laisser la régence à la mère du royal enfant. Mais il n’avait qu’une préoccupation, c’était de prendre des mesures pour domier des limites et