‹ Le cardinal Mazarin 16421661Chapitre 3 sur 9 · LE C AUDI N AL · texte numérisé non relu

LE C AUDI N AL

des conlrc-poids à l’auto ril6 de la future régente. Dans le conseil se trouvait un ministre, des Noyers, esprit médiocre, qui crut faire acte d’habileté en inclinant ouvertement vers la reine , cl en s’alliant au père Sirmond , confesseur du roi , pour témoigner qu’il prenait à cœur les intérêts d’Anne d’Autriche et voulait étendre son autorité comme régente. Ministre et confesseur, tous deux payèrent cette faute de leur complète disgrâce. Mazarin ne SC laissa point prendre au même piège ; il savait à merveille quelle était la puissance vers laquelle il Aillait désormais se tourner, mais il eut l’art de ménager les apparences. La reine ne tarda pas à être instruite, dans des conférences secrètes, du bon vouloir et de l’appui qu’elle rencontrerait chez le ministre. En même temps, pour tenir le roi sans défiance, on le laissa prendre les précautions les plus minutieuses pour limiter le pouvoir de la régente et la placer sous le contrôle d’un conseil dont Mazarin lui-même fut désigné membre. La reine ne s’inquiétait pas de ces vaines restrictions, qui devaient tomber le jour même où elle j)rendrait en main le pouvoir; Mazarin assurait sa fortune sous un nouveau règne. Des dehors d’hostilité et presque d’aversion couvrirent ce manège , si bien que la cour elle-même ne le soupçonna point.

MAZÀRIN.

Régence d’Anne d’Autriche. — Mazarin premier miniatre.

Après une longue agonie troublée par les in- Irigues des partis qui s’agitaient et se menaçaient déjà au chevet môme du monarque expirant, Louis XIII mourut (14 mai 1643) laissant le trône à son fils aîné Louis, à peine âgé de cinq ans. A propos de ce jeune prince, on rapporte que baptisé solennellement quelques semaines avant la mort de son père, celui-ci, au retour de la cérémonie, l’ayant pris sur ses genoux, lui demanda comment ils’appelait mamtenant : « Je m’appelle Louis XIV, l’épondit l’enfant. — Pas encore, » repartit doucement le roi. Mazarin, d’après la volonté de Louis XIII, fut le parrain de l’héritier du trône, et la princesse de Condé sa marraine.

A peine Louis XIII venait-il d’expirer , qu’Anne d’Autriche et ses conseillers se mettaient à l’œuvre pour anéantir l’acte de ses dernières volontés ;< et leurs mesures étaient si bien prises qu’ils ne rencontrèrent niüle part de résistance. Princes du sang , parlement , membres du conseil de régence, tout s’inclina docilement devant l’autorité absolue de la reine. Trois jours après la mort du roi, Anne

d’Autriche conduisit en grande pompe le jeune Louis tenir un lit de justice au parlement, et là ]a déclaration royale qui instituait le conseil de régence, déclaration solennellement enregistrée quelques semaines auparavant, fut condamnée comme contraii’e aux règles de la monarchie, et mise au néant. La reine régente fut reconnue en possession de la plénitude du pouvoir ; Gaston, duc d’Orléans, consei'va seulement le titre honorifique de lieutenant général du royaume pour toute la minorité du jeune roi.

Cependant Mazarin , depuis la mort de Louis XIII, semblait se préparer à abandonner les affaires. Le bruit courait à la cour qu’il devait môme quitter la France, et qu’il faisait ses dispositions pour reprendre le chemin de l’Italie ; on trouvait cela tout naturel-, au moment môme où le triomphe d’Anne d’Autriche et du parlement sur les volontés du feu roi semblait porter le dernier coup au système politique du précédent règne et à la faveur des anciens partisans de Richelieu. Quels ne furent donc pas la surprise et le désappointement des hommes de cour, lorsqu’ils apprirent que nonseulement Mazarin restait , mais qu’Anne d’Autriche lui accordait avec toute sa confiance le titre et l’autorité de premier ministre !

Il paraît avéré qu’Anne d’Autriche avait tout d’abord enveloppé Mazarin dans les sentiments de répulsion et de haine qu’elle nouiTissalt contre

MAZARIN

Richelieu el contre tous ceux qui étaient les amis ou les agents de la politique de ce ministre. Peu à peu, lorsqu’elle eut vu de plus près cet habile Italien, et qu’elle l’eut entendu dans plus d’une circonstance s’excuser des dures nécessités de son rôle officiel, lorsqu’elle eut reconnu son empressement à lui rendre secrètement service , ses préventions tombèrent l’une après l’autre ; elle fut frappée de la grâce et des manières douces et insinuantes de ce ministre , et dès avant la mort du roi, à l’insu de tout le monde, il était déjà en faveur auprès d’elle, et son commerce lui plaisait tout particulièrement.

« La reine mère, alors âgée de quarante-deux ans , inspirait une sympathie à peu près générale par sa bonne mine, par ses manières agréables, par ses malheurs passés qui lui comptaient pour des vertus. L’âge l’avait rendue plus grave et plus dévoie ; sa dévotion cependant restait mêlée de galanterie, mais de cette galanterie espagnole, sérieuse et romanesque, qui n’est point incompatible avec la réserve et la dignité extérieures ; en sorte que les champions d’Anne d’Autriche purent toujours défendre sa sagesse sans une^ invraisemblance trop criante. Facile et bienfaisante dans ses rapports habituels, emportée et dissimulée tout ensemble, quand ses passions étaient en jeu..., intrépide par tempérament, d’une invincible opiniâtreté dans ses

préventions et dans ses attachements , et tout à la fois absolue par humeur et par principes , et incapable par paresse d’exercer par elle-même le pouvoir, c’était une natoe de reine inappréciable pour un ministre capable de se bien établir dans sa tête et dans son cœur.

« Mazarin l’attaqua de ces deux côtés à la fois, et rendit bientôt sa position inébranlable auprès d’elle. Leur correspondance, aujourd’hui publiée, ne laisse aucun doute sur la passion qu’affectait ce ministre et qu’il inspirait à la reine, quoiqu’à la rigueur les esprits très-bienveillants puissent encore admettre, comme Mme de Motteville et Henri de Brienne, l’innocence de leurs relations*. »

Mazarin.

Mazarin était d’un extérieur prévenant; des traits fins, de beaux yeux noirs qui brillaient sous des cils épais, un nez romain, de courtes moustaches et une barbe en pointe donnaient à l’ensemble de sa physionomie une rare distinction, à laquelle il savait ajouter à propos une singulière expression de douceur. Sa maxime favorite était : « Quand on

Page 1