‹ Le cardinal Mazarin;Chapitre 4 sur 8 · MO LE CARDINAL · texte numérisé non relu

MO LE CARDINAL

« Il restait à transmettre par un acte suprême tout ce qu'il avait acquis , et ce fut ici qu'il demeura bien au-dessous de son prédécesseur, avec lequel il avait jusque-là fort bien soutenu le parallèle. Celui-ci , en homme de haute condition , ne s'était pas du tout étonné de se trouver si riche au moment de la mort , et il avait réparti ses duchés , ses terres, ses meubles, son argent, comme choses bien et légitimement siennes ; ce qu'il en avait donné au roi n'était qu'une orgueilleuse libéralité. Le cardinal Mazarin, poursuivi au bord du tombeau par le souvenir de son origine, fut comme effrayé de la succession qu'il allait laisser, et sa main défaillante recula devant toute cette opulence. Il lui parut au moins qu'il fallait en purifier la source. Il appela donc un notaire auprès de son lit, et lui dicta (3 mars) un testament par lequel il reconnaissait que tous ses biens, lui étant venus du roi , devaient faire retour à Sa Majesté, laquelle il priait d'en disposer comme elle voudrait. Le roi ne manqua pas de refuser cette restitution 1 et de confirmer le mourant dans la propriété de tout ce qu'il possédait $ en promettant de ratifier la distribution qu'il en aurait faite. Alors seulement il osa y toucher pour en faire à chacun sa part *. »

Ce fut une grave affaire, à laquelle Mazarin donna

\ . A. Bazin, Histoire de France sous Louis XIII et sous le cardinal Mazarin,

MA2ARIN, \\i

tout ce qui lui restait de forces et le temps que la mort lui laissait encore. Il institua pour légataire universel un parent du cardinal de Richelieu, le marquis de La Meilleraie , à qui il avait donné en mariage une de ses nièces , à la condition qu'il prendrait le titre de duc de Mazarini. Toujours préoccupé du soin d'envelopper de mystère sa prodigieuse fortune , il défendit expressément de faire inventaire , priant même le roi d'interposer à cet égard son autorité. En dehors de ce legs universel, ses libéralités particulières furent infinies. Il constitua à chacune de ses nièces, en domaines ou en sommes d'argent, d'énormes fortunes. A quelques grands seigneurs, il fit remise d'importantes valeurs qu'il leur avait prêtées ; il distribua aux plus célèbres personnages de l'époque les richesses d'art accumulées dans ses galeries : « il donna au roi dix-huit gros diamants ; un fort beau diamant à la reine mère ; un bouquet de diamants à la jeune reine, et plusieurs émeraudes d'une prodi-* gieuse grosseur à Monsieur ; il donna un diamant au prince de Condé , avec beaucoup de louanges et de grandes marques de son amitié ; et un au maréchal de Turenne. »

Tout n'était pas encore épuisé. Mazarin voulut que des dispositions d'un ordre plus élevé témoignassent aux yeux du monde de sa munificence. Il mit à la disposition du pape une somme de

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