H 2 LE CARDINAL
six cent mille livres pour être employée dans la guerre par laquelle les Vénitiens disputaient alors aux Turcs l'île de Candie. Il affecta une somme de deux millions et des rentes sur l'hôtel de ville à la fondation d'un collège où seraient élevés gratuitement soixante enfants de gentilshommes ou principaux bourgeois des quatre nations (ou provinces) réunies à la France par les deux traités de paix qu'il avait conclus, l'Alsace, l'Artois, le Roussillon et le territoire de Pignerol. Il dota en outre ce collège de sa magnifique bibliothèque, en posant cette condition, qu'elle serait ouverte au public. Il voulut enfin , à l'imitation de ce que Richelieu avait fait pour la .Sorbonne , que ses restes fussent plus tard inhumés dans la chapelle du collège des Quatre Nations. Ce monument, élevé aux lettres par Mazarin, est aujourd'hui le palais de l'Institut, et la bibliothèque Mazarine qui y est adjointe perpétue les libérales intentions de son illustre fondateur.
Des mémoires contemporains portent à vingt millions les trésors en argent monnayé que Mazarin avait mis en sûreté dans plusieurs forteresses dont il s'était fait donner le gouvernement. Le surintendant Fouquet estimait la fortune de Mazarin de quarante à cinquante millions de livres, ce qui représenterait en monnaie d'aujourd'hui cent millions. Voltaire va plus loin : « Mazarin, dit-il, était riche d'environ deux cents millions , à compter
comme on fait aujourd'hui. » Et il ajoute, en punition de l'origine coupable de tant de trésors : « Mazarin gouvernait les finances comme l'intendant d'un seigneur obéré. Le roi demandait quelquefois de l'argent à Fouquet, qui lui répondait : « Sire , il n'y a rien dans les coffres de Votre Majesté; mais M. le cardinal vous en prêtera. »
Quand Mazarin , achevant son plus pénible sacrifice, se fut séparé de toutes ses richesses, il lui restait à peine quarante-huit heures; il les employa à mourir en chrétien. « Le cardinal était soupçonné de n'avoir pas beaucoup de religion; il n'avait jamais témoigné assez de vénération pour les mystères les plus sacrés, et sa vie, moralement bien réglée , ne paraissait pas avoir pour règle de sa sagesse les maximes évangéliques. » Ainsi le jugeait la cour d'Anne d'Autriche qui était passée de la galanterie à l'extrême dévotion. Cependant Mazarin, à ses derniers moments, montra tous les sentiments pieux qu'on pouvait désirer d'un chrétien soumis aux règles de l'Église et humble devant la mort. Un biographe contemporain, Aubéry, qui nous a laissé une histoire fort détaillée du cardinal Mazarin, retrace ainsi la fin de cet homme illustre :
« Le lundi, septième de mars (1661), il reçut l'extrême-onction avec tous les témoignages de piété qu'il se pouvait désirer. Cela l'ayant extraordmairement fatigué, il se fit porter sur son lit pour