TO
(Olésnitzkl)
n6 en 1389, mort mi I4(i9.
Le^ familles historiques de rancîenne Pologne se sott illustrées de deux manières : les unes à la guerre, ce sont les plus nombreuses ; d'autres en se consacrant plus spécialement au service des autels (*).
C'est à cette dernière catégorie qu'appartiennent les Olésnitzki; les évêques et les cardinaux que cette famille a donnés à l'Eglise tiennent en effet dans l'histoire une place plus grande que ses guerriers. Nous ne parlerons ici que d'un seul, du Cardinal EvêqT;ie de Cracovie, né en 1389 , mort en 1455 , dont la gloire a jeté un tel éclat , qu'elle a, pour ainsi dire , absorbé celle de tous les autres membres de cette maison, éteinte depuis plus d'un siècle.
Parmi les honunei^ politiques, qui iie sont pas nés sur le trône de .Pologne, trois sont hors ligne, ce sont :
Le cardinal ^lésnitzki, au XV"**> siècle ; Jean Zamoyski , au XVI-* ; et Sobiesky au XVII^*.
Le premier fut le plus grand homme d'état; le dernier le' plus grand capitaine de son pays ; une double auréole brille sur la tête de Zamoyski: ministre habile et général heureux,* il conquit une place à part dans les annales de sa nation. — OlésnitzM consolida la grandeur dé la Pologne ; Zamoyski,^ èspriè universel, l'illustra le plus à l'époque de sa puissance ; Sobieèki la sauva plus de vingt fois sur le champ de bataille au moment de son affaiblissement.
A qui la palme ? /
Nous la donnons au cardinal, car à intelligence égale il eut
(1) Les Leczinski n'avaient jamais commandé d'armées , mais un grand nombre d'éyéques et de primats du royaume de Pologne rendit xîélèbre le nom du roi Stimiêlat de Nnna^, père de la reine Marie Leczinska.
2 **•: ;*ïiK CiBDINl\C X)EES]S'IOKI
au fond plus .«^ei gfc^i^^ v. à'âme: qtie ^ Zamoyski, et plus de fermeté dans le' caractère q[ûe Sotîfe'stî.
Mais avant de faire une esquisse de la vie d'Olésnitzki , il nous faut jeter un coup d'œil sur Thistoire de son pays jusqu'à la fin du XIV°^« siècle.
La puissante monarchie, fondée vers Pan 1000 par Boleslas I", le plus grand roi de Pologne, courut le danger de succomber sous le poids des malheurs du XIH"* siècle. — Le système d'apanages introduit au profit des membres de la famille royale, les terribles invasions des Mongols, ,et l'imprudente intrrfduction en Prusse des chevaliers teutoniques, furent les trois causes simultanées de son affaiblissement.
A l'époque de Boleslas-le Grand, la Prusse était un petit pays, situé au bord de la mer Baltique, entre la Vistule et le Niémen. Cette contrée porte aujourd'hui le nom de Prusse orientale; elle a Kœnigsberg pour capitale. Primitivement elle était habitée par une peuplade païenne du nom de Prussiens et delà race lithuanienne. Boleslas-le Grand la rendit tributaire. — Au XIII"" siècle, profitant de l'affaiblissement de la Pologne, à cause des apanages, les Prussiens se rendirent indépendants et exercèrent des ravages sur les frontières polonaises. Un duc apanaga, Conradè(^), dont les possessions touchaient à la Prusse, invita les Chevaliers teutoniques, afin de l'aider à soumettre ces païens. Les Chevaliers soumirent en effet les Prussiens, en exterminèrent une partie, et baptisèrent le reste. Mais bientôt Us tournèrent leurs armes contre la Pologne elle-même, s'emparèrent de la Poméranie, et gardèrent cette province purement polonaise malgré les décrets et les bulles des papes (2). La Pologne se trouva de cette manière entre les Mongols établis sur ses frontières du midi et les Chevaliers établis en Prusse et en Poméranie.
Dans une situation analogue se trouvait aussi la Lithuanie, voisine de la Pologne. Elle fût souvent menacée par les Mongols du côté de Kiew et attaquée par les Chevaliers du côté de la Prusse.
Cependant, la malheureuse position des deux pays s'améliora sensiblement entre 1330 et 1370.
{*) Conradet fils de Casimir II.
(2) Décret Ae la Commission du Pape Jean XXII <I320). — Décret de la Commission du Pape Benoit XII (1389). — Ces deax décrets ordonnaient AUX Cheyaliers teutoniques de restituer la Poméranie au roi de Polo^fue,
LE CABDINAL OLESNICKI O
Le roi de Pologne Ladislas-le-Nain remporta une grande victoire (1331) sur les Chevaliers, sans pouvoir toutefois leur arracher la Poméranie, et son fils Casimir-le-Grand battit les Mongols et incorpora la Galicie dans le royaume. De leur côté, les ducs lithuaniens repoussèrent à plusieurs reprises les Chevaliers, et, vainqueurs des princes russiens et des Mongols, ils réunirent la Volhynie et Kiew à leurs anciennes possessions.
Pour arrêter cette prospérité naissante, les Chevaliers, conseillés et appuyés par les souverains allemands, ne cessaient dVxciter les Polonais et les Lithuaniens les uns contre les autres, afin de profiter un jour de leur aflfaiblissement réciproque.
On peut donc facilement se figurer la colère des Chevaliers et des Allemands en général, lorsqu'ils apprirent le mariage de la reine Hedwige, petite nièce de Casimir-le-Grand avec Ladislas n Jagellon, grand-duc de Lithuanie (1386) et la réunion des deux peuples sous le même sceptre.
L'Ordre des Chevaliers teutoniques, appuyé par la maison de Luxembourg,, qui régnait à cette époque en Bohème, en Hongrie et en Allemagne, se mit à augmenter le nombre de ses gùerriers-
L'Allemagne entière, l'Angleterre même fournirent leurs contingents.
Pour être prêt à défendre ses droits, Ladislas Jagellon arma et entra en campagne.
Enfin les armées se rencontrèrent le 15 Juillet 1410 à Grunwald. Le Grand-Maître de l'Ordre se présentait avec 100,000 hommes. Cette force était énorme pour l'époque. Les Lithuaniens se trouvaient à la droite de l'armée de leur roi; les Polonais occupaient la gauche et le centre. La garde (nadvorna) composait la réserve.
A la lisière de la forêt , sur un monticule écarté, Ladislas Jagellon assistait à la^ bataille sans pouvoir y prendre part. Soixante chevaliers, commandés par trois princes du sang, entouraient sa personne. L'Archevêque de Gnèsne , le célébra Tromba avait reçu l'ordre positif du sénat de ne pas le quitter pour un instant et de l'empêcher à tout prix de se jeter dans la mêlée. L'attaque des Allemands fut si vigoureuse, que les Lithuaniens se virent bientôt rompus, et malgré les efforts de Vitold, cour sin germain du roi, prince le plus capable de toute la race des
4 LE CABDINAI. OLESNICKÏ
jagellofis, Taile ^ite de Farmée fut culbutée. Toute la force des Chevaliers tôutoniques se tourna donc vers le centre et la gauche; bientôt on vit Iç grand étendard royal s^affaiss^Br au centre, troublé un instant sous les coups formidables de Tennemi. Mais il se releva et Paigle blanc sur fond rouge âotta de nouveau fièrement dans les airs. Dans ce moment, le Grand- Maître dé VOrdre^ Dietrich von Yungingen, lança seize cohortes d^élite, pour décider du sort de la journée. La terre tremblait, dit Thistorien, sous cette masse de cavalerie. Les casques et les armures des Chevaliers miroitaient sous les manteaux blancs soulevés par le vent et la course. Le moment paraissait réellement décisif. A cette vue Ladislas II enfonça les éperons dans les flancs de son cheval et voulut s^élancer lui-même. 11 repoussa d^un coup d'estoc un des soixante chevaliers qui faisait mine de l^arrêter, mais l'Archevêque de Gnésne saisit la bride et retint le roi. Au même instant', une partie des Chevaliers teutoniques paraissant se diriger vers l'endroit où se trouvait JageUon, on envoya à la garde l'ordre de rétrograder pour couvrir le monarque. „ Arrière !" cria le commandant de ce corps d'élite au jeune homme porteur de l'ordre, si je rétrograde tout est perdu et, sans attendre plus longtemps, il jette la garde sur les Allemands. A peine le jeune homme s'approchait-il du roi pour lui rendre compte de sa mission, qu^un Chevalier teuton, d'une taille gigantesque, nommé Dippolt von KîcWeritz-Dieber, lusacien de naissance, se détache d'un groupe des siens, arrive fiirieux jusqu'à la personne du roi et lève son glaive pour l'abattre. La mort de Ladislas n JageUon à Grunwald, c'est-à-dire, avant la naissance de ses fils, eut infailliblement brisé l'union des deux peuples, polonais et lithuanien. A côté de la sollicitude naturelle pour la vie du souverain, Tordre du sénat de ne pas laisser le roi exposer ses jours avait donc sa raison d'être politique. V
Mais la providence veillait ce jour là sur la Pologne.
Le même jeune homme que nous avons vu tout-à-l'heure, repoussé par le commandant de la garde^ haletant encore de sa course et n'ayant en main qu^une lance à demi brisée , se jeta avec une teUe impétuosité sur le Chevalier teuton et lui porta un coup si rude avec le tronçon de sa lance ^ qu'il le renversa par terre et sauva la vie du roi. La bataille fut gagnée, grâce
LS CASDïSAh OXifiSKICKI 5
à la Tullance de la noblesse polonaise. C^est une.des plus sanglantes dans Phistoire des peuples du Nord. Le Grand-Maître de rOrdre et plus de quarante mille Cheyaliers y perdirent la vie.
Vers- le soir, Tarmée royale abandonna le champ de bataille et se porta un peu ei3^ ayant pour passer la nuit loin du lieu de camgge. Comme on avait de la peine à retrouver les voitures et les tentes du roi, on amassa des feuilles sous les branches d'un binsson de sureau en fleurs, et le roi allait se coucher, lorsqu'il aperçut tout-à-coup le jeune homme qui lui avait sauré la vie et qui s'apprêtait à monter la garde devant la tente improvisée, -r- A cette vue, Jagellon ému, fait signe au jeunehomme dî'approcher ; il veut lui passer au cou une chaîne d'or et r^mter chevalier. — Mais le jeune homme met un genou à terre et dît: ,Sire! cette distinction ne me convient plus, j'ai feit voBu d'entrer dans les Ordres.*
Ce fut ainsi qu'Olésnitzki, car c'étaît lui, parut sur la scène du monde. Le futur cîffdinal débuta par un coup de lanee et saura à^ Qrunwald ce qiie sa politique de trente ans raffermit plus tard, c'est-^à^-toe : la réunion de deux peuples et la grandeur dte fe lïionarchie Jagellonienne.
Trois ans plus tard (1413), le roi convoqua à Horodlo les représentants des deux nations réunies sous son sceptre. Voici le préambule de l'acte d'union, signé par eux dans cette circonstance. Nous le citons pour faire ressortir la différence qui existe entre le système polonais au XV"* siècle et le syatème moscovite au XTX"^ siècle, appliqués ^à la Lithuanie, dans lemême but d'attacher ce pays à l'un ou à Pautre état.
«C'est une vérité évidente, qu'on ne peut marcher au salut *^sans le secours de la charité. Cest elle qui réconcilie le» .cœurs désunis, qui apaise les rixes, dissipe les haines, brise les , rancunes, procure h tous les hommes la paix! Elle préside h ,1a création des lois, au gouvernement des royaimies, à Tordre «et à la grandeur des cités.
„En conséquence. Nous — Prélats, Nobles et Grands du , royaume de Pologne, tous au nom de tous, et xjhacun au nom. ,de chacun — signifions à tous ceux à qui il appartient, présenta ,et à venir, et qui auront connaissance du présent acte. Afin .que nous puissions trouver le repos à Fombre des ailes de la, «charité,, et vivre sou$ son empire, selon (m asp&atioisi de ws^
G LE CARDIXAIj olesxicki
„ religieux désirs, nous avons uni et confondu, nous unissons^ „ confondons, joignons et conformons, par la teneur des pressentes, nos maisons, nos généalogies, nos lignées, nos blasons ,avec les nobles de la Lithuanie; afin que dès ce jour, et per- „pétuellement, ils puissent les posséder, en user et en jouir de „la même façon, que nous les avons reçus de nos pères et de „no8 ancêtres, avec toute la puissance de la vraie charité et „ d'une union fraternelle^ — tout autant que s'il les avaient reçus ,, comme un patrimoine héréditaire. Que la charité s'unisse à nous ,et place sur le pied de l'égalité ces frères, que le culte d'une ,même religion et l'identité des [droits et des grâces a fait nos , compagnons. Nous promettons de bonne foi, par notre parole „loyale et ferme, sous l'honneur et le poids du serment, de ne „les abandonner jamais dans toutes leurs adversités et nécessités; „mais au contraire de leur prêter toujours nos conseils et notre , secours contre les embûches de tous leurs ennemis.*'
La victoire de Grunwald et plus tard celle de Koronovo et l'acte d'union de Horodlo, resserraient encore les liens d'amitié entre l'empereur Sigismond et l'Ordre teutonique. Si le czar avait existé à cette époque et s'il eût joui de l'indépendance, l'Europe aurait peut-être vu, quatre siècles plustôt, une sainte alliance, conclue sur la ruine de la Pologne. Mais le czar de Moscou était encore à l'école des Mongols, d'où il ne sortit, parfaitement instruit, qne 70 ans plus tard. Les Chevaliers n'osaient pas recommencer la guerre; cependant, ils ne cessaient pas de travailler sous main, persuadés qu'ils étaient toujours de l'appui de Sigismond. Ce dernier avait été surtout dangereux pour Ladislas Jagellon, qui crédule, faible de caractère et d^un esprit médiocre, fût constamment dupe des médiations, des , promesses, ou bien des flatteries du rusé et intelligent monarque allemand; et si la Providence n'avait pas ménagé au roi de Pologne un grand ministre dans le même honune qui lui avait déjà sauvé la vie à Grunwald, il aurait probablenwnt succombé malgré ses victoires, victime de l'habileté et de la ténacité de ses ennemis.
Après bien des négociations infructueuses l'empereur donna une solennelle audience (1420) à une nouvelle ambassade polonaise. Assis sur son trône, beau, majestueux, entouré de tous les princes d'Allemagne, il fit introduire en sa présence l'am-
LE. CABDINAIi OLESNXCKI 7
BassadeuT du souverain dont la puissance lui portait ombrage. Un jeune prêtre, âgé de 30 à 31 ans, entra, suivi de quelques seigneurs polonais. C^était Olésnitzki. Son air calme et digne, sa taille élevée, ses grands yeux perçants et ses traits classiques frappèrent, dit l'historien, le nombreux auditoire. Les paroles qu'il prononça à cette occasion firent comprendre à l'empereur qu'il fallait bien autrement traiter avec l'ambassadeur qu'avec le maître. Deux fois le courageux discours, rempli d'alners reproches et de menaces non déguisées fat interrompu. Olésnitzki rappela h Sigismond le sang polonais versé pour sa cause pendant les guerres contre les Turcs; le refus de la couronne de St-Etienne ofiEerte à Ladislas, au moment oîi le même Sigismond, roi de Hongrie avant d'être empereur, n'avait plus de soldprts à opposer à toute une nation en armes. Il rappela la conduite désintéressée de son maître pendant les troubles de la Bohême,, et il prouva que tous ces bienfaits avaient toujours été payés par l'ingratitude , par des secours et des encouragements d<iHnés aux Chevaliers teutoniques, ou par des troubles provoqués, en Lithuanie. L'empereur, inquiet du côté de la Bohême et de la Hongrie (la France se débattait contre les invasions anglaises, et l'Espagne ne comptait pas encore ^rdans la balance politique), baissa pavillon devaiit le plus puissant souverain du nord, protesta de sa sincérité, et envoya à son tour une ambassade au roi de Pologne , sans renoncer toutefois h ses intrigues en Prusse et en Lithuanie. Mais tous les efforts de cet autre Ferdinand d'Espagne étaient devenus aussi ûnpuissants qu'ils étaient perr sévérants et dirigés avec une rare intelligence, du moment qu'Olésnitzki, alors évêque de Cracovie, était entré dans la lice. Ce dernier n'était pas moins persévérant ni moins habile que Sigismond; par son grand caractère, par sa loyauté, par son inébranlable fermeté, il sut inspirer une telle confiance non-seulement aux Polonais, mais encore au Pape et aux Allemands, que pendant cette lutte de trente ans il se trouva continuellement maître de la situation.
•Séparer la Lithuanie de la Pologne, pour affaiblir la puissance de Jagellon, était le grand but de Sigismond. Pour arriver à ses fins, il trouva un moyen digne de son intelligence et de son astuce. Mais avant de l'indiquer, il nous faut faire connaissance du second personnage éminent dans les Etats de Ladislas H Jagellon, le prince Vitold, cousin germain du roi.
ITune haute intelligence et d'un caractère énergique, mais 0n même temps ambitieux et rusé, Vitold se montfa d'abord très-attaché à son cousin, et il lui rendit plus d'un service pendant que ce dernier n'avait encore à gouverner que son duché de Lithuanie. Des soupçons continuels, propres à un caractère aussi feible qu'était celui de Jagellon, froissèrent le cœur de Vitold. Craignant même quelques embûches de la part dti duc régnant, mal conseiDé par ses courtisaûs, il quitta clandestinement la Lithuanie et alla demander l'hospitafité aux Chevaliers teutoniqùes, enchantés d'avoir sous leur main un instrument propre à mettre le désordre dans le duché. Ce fiit en Prusse que Vitold apprit le mariage de son cousin avec la rfeine de Pologne, n comprit sur le champ Pimportance de cet érénement. Honteux d'ailleurs de sa Kaison avec les ennemis séculaires de sa patrie, il se réconcilia avec le nouveau roi de Pologne. Blessé une seconde fois par Jagellon , il eut de nouveau la tentation de se liguer avec les Chevaliers; maïs, nommé en 1392 gouverneur du grand-duché, fl s'adoucit et cette fois la réconciliation parut définitive.
Jamais le nom lithuanien ne îut plus [respecté que sous le gouvernement de Vîtoldt. Ce prince culbuta à plusieurs reprises les Mongols, poursuivît les hordes du terrible Tamerlan au delà du Volga, étendit les frontières du duché jusqu^aux portes de la Crimée, humilia la riche république de Pskow, protégea celle de Novgorode, et propagea avec zèle la foi chrétienne dans les contrées nouvellement converties. J^idèle à son roi, il fut présent à la bataille de Grunwald, avec les Lithuaniens et ses Tartares tributaires. Tel fut Thomme que l'empereur choisit pour porter un coup terrible à la Pologne. Il lui persuada qu'un prince de son mérite . était digne de portei' une couïonne. Dès ce moment Vitold ne rêvait plus que la séparation de la Lithuanie et par conséquent un sceptre pour lui-même. Voyant que ce plan avait trouvé le chemin ;du cœuï de Vitold, l'empereur et ses amis les Chevaliers ne cessèrent plus de veiller sur *lui et de le pousser dans cette voie aussi dangereuse pour lui que pour sa patrie. Ils lui promirent leur aUîance et leur appui. Sigismond alla même jusqu'à lui o&h* une couronne toute faite pour la' cérémonie du couronnement. Il fellut toute la vigilance, toute la fermeté d'Olésnitzki peur déjouer les intrigues à chaque instant renaissantes à ce sujet entre Fempereur, les Cheva-
LE ÇASDIÏHJlL, OliKSNICKÎ 9
lier» et Vîtold, appuyé par les désirs secrets des Lithuaniens. On ne pfeut pas nier que Fambition du prince et le patriotisme de se» compatriotes trouvaient naturellement assez de motifs pour excuser à leurs yeux la tentative de séparer les deux peuples réuaiis depuis- peu de temps par le mariage de leur duc avec la reine de Pologne. Hedvige étant morte sans laisser de postérité, la couroijne de Pologne appartenait dorénavant à ses cousins et non pas à son mari. Ladislas le sentait bien, lorsqif a voulut retourner en Litimaaiie après la mort de sa femme et renoncer à. la Pologne. Pourquoi les Polonais le retiennent- . ils dope ? disaient les Lithuaniens. Est-CQ pour ses qualités ? Mais ils connaissent aussi bien que nous son iiicapacité. Ils le retiennent pour nous dominer, — voilà leur but. Benonçons plutôt k lui) s'il trahit nos intérêts, et donnons-nous au prince, qui par son gouvernement vigoureux et par ses conquêtes a rendu notre patrie* aussi puissante que la Pologne. Tels étaient leurs discours.,.. Ils aubliaient,. en parlant ainsi, que les escadrons polonais se trouvaient à côté d'eux ?iux bords du Volga à la poursuite des hordes de Tamerlan; et qu'ils avaient combattu eux-mêmes h côté des Polonais à la bataille de Grunwald; que c'étîjrit la réunion, — la réunion fraternelle des deux peuples jurée à. ^orodlo^ qui les rendait tous deux invincibles; et que la séparation ne pouvait que les exposer de nouveau aux coups des Allemands et des Mongols. En attendant, Olésnitzki savait teut, veillait^ à jtout. Modéré dans ses relations avec les Lithuaniens, selon les principes posés k Horodlo, il tenait l'œil ouvert sur l'empereur, embarrq,ssé tantôt par la désaffection des Hongrois, tantôt par les guerres religieuses en Bohême, ou bien par les invasions des Turcs.
Le moment le plus difficile pour la politique de l'évêque de Cracovie fut au congrès de 1429. Sous le prétexte d'une coalition contre les Turcs, les Allemands imaginèreiit un congrès à Luck, ville dépendante du gouvernement de Vitold. Le Grand-Maître de l'Ordre teutonique et celui des Chevaliers de Livonie, le roi de Suède et de Danemarck, le grand-duc de Moscou encore vassal des Mongols, les ambassadeurs de Fempereur d'Orient, plusieurs autres princes et ducs aussi bien que le roi Ladislas II arrivèrent dans cette viïle. L'empereur, accompagné de Fîmpé^ ratrice, se présenta le dernier au rendez- vous*. Entre tant d'illustrés personnages, leé tms étaient venus pour solliciter des
10 LE CAEDESAL OLESNICKI
secours contre les Turcs, les 'autres pour jouir de rhospitaCtésomptueuse du vainqueur des Mongols et Tentourer des marques de leur respect; mais ceux qui avaient provoqué la réunion^ c'est-à-dire l'empereur et les Chevaliers, n'avaient qu'un but, celui d'arracher par leurs intrigues et par leurs flatteries le consentement du vieujc et faible Ladislas à la royauté séparée de la Lithuanie au profit de son cousin. Ils réussirent en effet, mais pour un instant.
Un matin l'empereur et l'impératrice entrèrent sans se faire annoncer dans la chambre à coucher du rdi et, parleurs obsessions, obtinrent de ce vieillard tombé en enfance le consentement tant désiré.
Une heure plus tard, Vitold, entouré des princes . et des boyards lithuaniens et armé de ce consentement, se présenta dans la salle, dans laquelle Olésnitzki tenait conseil avec plusieurs prélats et sénateurs polonais. Les deux hommes qui combattirent jadis ensemble à Grunwald, l'un comme jeune chevalier, l'autre en prince connu déjà per ses victoires, par son habileté et par son ambition, se retrouvent ainsi vingt ans après, face à face, comme adversaires! Au nom du Sénat polonais, Olésnitzki refusa de reconnaître le consentement arraché à la faiblesse du roi, il démontra à Vitold tous' les malheurs qu'il préparait à sa propre patrie uniquement au profit des Allemands^ et s'efforça de toucher son cœur, d'ébranler sa conscience: „ ce ne sont pas les bijoux d'une couronne usurpée, qui peuvent ajouter à l'éclat de votre gloire de cinquante ans, s'écria-t-il en s'adressant au prince : vous allez la ternir au contraire cette gloire si belle par une action indigne de votre caractère. Et au profit de qui? Au vôtre mon prince? à l'âge de 80 ans? Mais, vous êtes à la veille de paraître devant le tribunal de Dieu! Au profit de votre famille? La providence vous a refusé la postérité ! Cela ne pourra profiter qu'à ceux qui vous poussent, vous et votre patrie dans l'abîme.*'
Ce discours ne fit qu'enflammer la colère du vieux Lithuanien, n quitta la salle en murmurant des menaces. En attendant, Olésnitzki rompit le congrès, enleva le roi — qui, une fois entre ses mains, redevint raisonnable — et reprit la parole donnée si imprudemment à l'empereur et à l'impératrice.
Les Allemands et Vitold ne se tinrent pas pour battus. On
LE CARDINAL OLBS^■ICKX 11
3.vaJt apprk ea Pologne que le prince Ëtisait des préparatifs de guerre. Trois fois dans l'intervalle d'une année Ol^anitzki, au risque de sa liberté, courut à Vilna pour arrêter quelque acte désespéré. Les menaces et les séductions employées par Titold n'eurent, comme de raison, aucune prise sur le cœur du courageux prélat, tandis que l'autorité de ce dernier ne laissait pas que de peser sur l'esprit et la conscience du yieus prince. Il renonça enfin à son projet et mourut au bout de quelques mois l'année 1430.
La mort de Vitold ne découragea pas les Allemands, d'autant plus que le roi lui-même leur fournit bientôt l'occasion de troubler la Lithuanie. Se trouvant à Vilna, au moment de la mort de son cousin Vitold, Ladislas H conçut l'idée de le remplacer dans le gouvernement du duché par un de ses propres frères. Se doutant bien qu'Olésnitzki et les autres sénateurs polonais présents dans la capitale de la Lithuanie s'opposeraient à cette nomination, il leur donna l'ordre de quitter le giandduché. L'éïèque de Cracovie comprit qu'on l'éloignait pour laisser le champ libre à quelques intrigants; mais l'ordre fut si positif, le ïieui monarque si entêté, qu'il n'y eut pas moyen de résister. D'ailleurs il n'était pas facile de. deviner ce nouveau genre de folie, car parmi les frères de Ladislas II, celui sur lequel son choix s'arrêta définitivement fnt précisément le moins sûr, le plus incapable.
A peine fût-D installé dans son gouvernement qu'il s'empressa de conclure un traité secret avec les Chevaliers. L'empereur, le duc de Valachie et le duc de Mazovie, ces derniers vassaux de la couronne de Pologne, entrèrent dans la ligue. Cette situation menaçante fut encore compliquée par les Husaites de la Bohême. Luttant depuis plusieurs années contre l'empereur, et maîtres de presque toute la Silésie, de la Moravie et' d'une partie considérable de la Bohême, les Hussites offrirent spontanément leur alliance au roi de Pologne. Entraîné par les conseils de leurs partisans, Ladislas II donna audience aux députés hussites a, Poseîi oil il se trouvait pour le moment. Le primat du royaume, les évêques de Posen, de Culm, de Couïavie, transigèrent avec' leur devoir et appuyèrent le projet de cette alliance. Le moment leur paraissait propice de se venger de l'empereur en donnant la main aux Bohèmes révoltés contr» l'autorité de celui quifomentait sans cesse des troubles en Lithuanie.
J2 li» CABDJNAL OLBSNICII
M^is Olésnitzki, bien autrement cansciencieux que le cardia nal Eichelieu, repoussa l'alliance des ennemis de l'Eglise, s'élevji avec la plus grande force contre les promoteurs de pareils projets, et contre le roi lui-même ; il menaça de lancer un interdit sur le diocèse de Cracovie, si les députés hùssites osaient seuleynent se montrer dans cette capitale du royaume, et trouva d'autres moyens que celui de s'allier à eux pour conjurer Porage qui grondait sur le pays.
n envop son frère Jean Oîésnitzld; grand maréchal de la couronne, pour abattre l'étendard des insurgé^ Lithuaniens, levé ostensiblement en Volhynie, imposa par cette victoire aux Chevaliers prêts à pe jeter sur la Pologne du côté de Thora , s'entendit g^vec le palatin Gs^stold et avec les autres seigneurs lîthuapiens restés fidèles S leur devoir, chassa arec leur aide le prince félon de Vilna, et alla li;i-même en Lithnanie pour y installer un nouveau gouverneur, sur la fidélité duquel le roi pouvait dé- 8t)rmais compter avec assurance.
Ce fût vers cette époque, qu'Olésnitzki fiit désigné par le roi, pour aller représeiiter la Pologne au Concile de Baie, en ^nion pour le moment avec le pape Eugène IV (1434). N'espérant plus retrouver le roi âgé de 86 ans, Pévêque de Cracovie crut de son devoir de lui faire comprendre qu'il était temps de se corriger de plusieurs défauts, aussi nuisibles au bon gouvernement du pays, qu'au salut de son âme. En entendant ces paroles sévères, le vieux Jagellon commença par se fâcher. Il reprocha ^u prélat une prétendue ingratitude et lui rappela avec colère tout ce qu'il avait fait pour lui et pour son diocèse, enfin il fondit en larmes et quitta l'appartement. Cependant la colère ne dura pas. Aussi consciencieux que faible, il mit à profit les conseils de Tévêque et se corrigea visiblement. Hélas! on pourrait dire que la contrition eut lieu in extremis. A peine l'évêque de Cracovie était îl parti pour Bâle, qu'un courrier envoyé par la reine l'atteignit à; Posen, lui annonça la mort du roi et lui apporta l'ordre de ne plus continuer sa route. En même temps il lui remit un précieux gage du jespect et de la reconnaissance du feu monarque. Quelque!? heures avant sa mort, fe vieux Jagellon ôta de son doigt l'anneau nuptial de la reine pedvige, etjdit à ceux qui entouraient son lit de mort : , Portez M bijou, le' plus précieux que je possède, à l'évêque de Craco-
• fc
I > fc'
Vie et 8tLp|>liBZ''le de ma part, de me pardonner mes impatience», de prier pour mon âme, de penser à mes deux fils que je laisse orphelins. Qu^il veille surtout sur le prince Ladislas! qn^U Boit son tuteur et son guide pendant sa niinorité/
Si les recommandations du roi mourant étaient superflues ^our le patriotisme d^Olésnitzki, elles n%étaient pas moins sensibles .pour le cœur de celui qui sauva une fois la vie de Jagellon et ^suia plus tard la grandeur et la prospérité de son règne. Prévoyant déjà des difficultés à cause de la minorité d'un roi de dix ans, il convoqua sur le champ les évêques et les sénateurs laïques du rroyaume^ et aidé par son frère, le Grand-Maréehai de la couronne^ il fit couronner à Cracovie Ladislas m, mal- \gré une violente opposition des hussites polonais. On organisa en même temps, soùs les auspices de l'évêque de Cracovie, un gouvernement provisoire^ et on envoya des ambassadeurs au Pape 6t à l'empereur.
Ce dernier, quoique occupé chez lui par les hussites qui avaient gagné jusqu'à treize batailles sur ses généraux et par les travaux du Concile de Bâle, où il se trouvait en personne au moment de ia mort du roi de Pologne, voulut cependant faire son profit de la minorité du jeune Jagellon. Il envoya aux Cheliraliers teutoniques et à ceux de Livonie l'ordre d'attaquer sur le champ la Pologne et de soutenir les prétentions <te l'ancien gouverneur de la Lithuanie, chassé, comme nous l'avons vu plus haut, à cause de «a trahison et rêvant toujours une souveraineté à pari.
L'attaque commença du côté de la Lithuanie par les Chevaliers livoniens. La défaite qu'ils subirent dès le commencement de la campagne fit réfléchir leurs frères , les Chevaliers teutoniques ; en effet ces derniers demandèrent à traiter en manifestant même le désir de conclure une paix durable. L'évêque de Cracovie n'accorda qu^une trêve qui devait expirer le 8 Dé>cefmbre 1436.
L'empereur, mécontent de la conduite de l'Ordre teutonique et de la trêve, envoya des secours considérables aux Cheralienr de Livonie et les encouragea à recommencer ia guerre.
Une grande victoire remportée sur eux à Vilkomir (1 Sept. 1435) par les Lithuaniens brisa pour toujours leur puissance La bataille de Yilkomir en Lithuanie eut le même résultat que