LOUIS
ouvertes, de innnièrc qu ils ciilendiieiil tout, et virciil aussi tout par les places : c'était là le yraiid dau'j^er dos cabinets.
Eux sortis, Louvois ne lei^nit point de dire au roi ce qui Tauicnail. Ce monarque était souvent (aux; niiiis il n'était pas au-dessus du mensonge. Siupris d'être découvert, il s'entortilla de faibles et trans})arents détours, et pressé par son ministie, se mil à marcher pour gagner l'autre cabinet, où étaient les valets, et se délivrer de la sorte; n)ais Louvois, qui l'aperçoit, se jette à ses genoux et l'arrête , tire de son coté une [)etite épéc de rien qu'il portait, en présente la garde an roi, et le prie de le tuer sui-le-cliamp s'il veut persister à déclarer son mariage, lui manquer de parole ou [)lutût à soi-même, et se couvrir aux yeux de toute l'Kurope d'une infamie qu'il ne veut pas voir. Le roi trépigne, pétille, dit à Louvois de le laisser. Louvois le rscrre de plus en plus par les jambes, de peur qu'il ne lui écliappe; lui rcpiésente l'horrible contraste de sa corne tnne , et de la gloire personnelle qu'il \ a jointe, avec la honte de ce (|n'il veut faire, dont il mourra après de legrct et de confusion, en un mot lait t.int ipi'il tire une seconde fois parole dn roi (pi'il ne déclarera jamais ce mariage.
L'arclievêcpir <\r Paris arrive le soir; Louvois Im conte ce qu'il u luit. Le prélat courtisan n'en au-
ET SA COUR. 2o9
mit pas été capable , et en elïet ce l'ut une action qui se peut dire sul)linie , de quelque côté qu'elle puisse être considérée, surtout dans un ministre tout-puissant , qui tenait si fort à son autorité et à sa place, et, par cela même qu'il faisait , sentait tout le poids de celle de Mme de Maintenon , conséquennnent tout celui de sa haine, s'il était découvert, comme il avait trop de comiaissances pour se flatter que son action lui demeurât cachée. L'archevêque, qui n'eut qu'à confirmer le roi dans sa parole commune à Louvois et à lui, et qui venait d'être réitérée à ce ministre, n'osa lui refuser une démarche si honorable et sans danger. Il parla donc le lendemain matin au roi , et il en tira aisément le renouvellement de cette parole.
Celle du roi à Mme de Maintenon n'avait poiut mis de délai; elle s'attendait à tous moments d'êli'e déclarée. Au bout de quelques jours, hiquiète de ce que le roi ne lui parlait de rien là-dessus, elle se hasarda de lui en toucher quelque chose. L'embarras où elle mit le roi la Iroubla fort. Elle voulut faire effort; le roi coupa court sur les réflexions qu'il avait faites, les assaisonna comme il put, mais il finit par la prier de ne plus penser à êlie déclarée et à ne lui en parler jamais. Après le preniiei' boideversement que lui causa la perte d'une lelle espérance, et si près d'être mise à effet, son premier soin fut de rechercher à qui elle en était
nMlrvablc. Kll<' irrl.iil pas de son cnlé moins l»i('ii .•i\('i-|i(' (inc LoiiNois. VMc ;»|»|tril (MiIIfi vc (|ui s'rlail passr, cl (iiH'l jour, ciilii' le l'oi cl son minisli'c.
On no sei'a pas siiipiis a|)r('ï5 cela si clic jura sa jicrlo cl si (>llc ne cessa (\r la prcparci-, jiiS(iirà ce (in'clle en \inl à bout; mais le lemi)s n'y était pas [ii'oprc. 11 lallait laisser vieillir l'allaire avec un cul soupçonnenx, et se donner le loisir des conjoncl'jres ponr miner i)eii à peu son ennemi, (pii a\ail toute la confiance de son maître, et (iue la guerre liii rendait si néccssaii'c.
Le personnage (jM',i\ail lait l'arclievôque de Paris r.e lui ccliapp.i pas non plus, (pichpie léiicr qu'il eût été, cl même apivs c(ui[t ; cl c'est, poui- le dire eu passant, ce qui creusa peu à peu la (lisj;ràce (jui s'au^nnenla loujoms, dont les dégoûts con- 'linuels succcdaiil à une lavcui' si déclarée et si lonjruc; , abré^^à'rcnt penl-cli-e ses joui's , qui ncatij!ioins surpassèrent de trois ans ceux d(; l.ouvois.
A l'éf^ai-d (h' ce ministre dont la sultane niarupiée înail plus de liàte d(; se délivicr, elle ne maïupia aucune occasion d'y préparer les voies. Celles de ces incendies du l'alatiual lui lui d'un merveilleux usa^M*. Kllc ne manjpia pas (Vi'U peindre au roi loule la cruauté; elle ii'oidilia pas de lui en faire nallre les |>lus i.'i'ands scinipules, car le roi en était j'irs plus suscepliMf ipiil ne l'a été depuis. l"Jle i>*ai(la aussi de la liainc qui en retombait ù plomb
sur lui, non sur son ministre, ot des dangereux effets qu'elle ]:)0uvait produire. Enfui elle vint à bout d'aliéner fort le roi et de le mettre de mauvaise humeur contre Louvois.
Celui-ci, non content des terribles exécutions du Palatinat , voulut encore brider Trêves. Il le proposa au roi comme ])lus nécessaire encore que ce qui avait été fait à Worms et à Spire, dont les ennemis auraient fait leurs places d'armes , et qui en feraient une à Trêves , dans une position à notre égard bien plus dangereuse. La dispute s'échauffa sans que le roi pût ou vouh'it être persuadé. On peut juger que Mme de Maintenon après n'adoucit pas les choses.
A quelques jours de là, Louvois, qui avait le défaut de l'opiniâtreté, et en qui l'expérience avait ajouté d^' ne douter pas d'emporter toujours ce (ju'il voulait, vint à son ordinaire travailler avec le roi chez Mme de Maintenon. A la lin du travail, il lui dit ([u'il avait bien senti que le scrupule était la seule raison qui l'eût retenu de consentir à une chose aussi nécessaire à son service que l'était le brùlement de Trêves; qu'il croyait lui en rendre un essentiel de l'en déUvrer en s'en chargeant Inimèiiie; et que, pour cela, sans hii en avoir voulu re[)arler, il avait dé^jèché un courrier avec Torche de bi'ùler Trêves à son arrivée.
Le roi hit à rinst.inl, et contre son naturel, si
livinsporlé de coIitc, qu'il se jota sur les pinccltos i\c la clieminéo, cl (mi allail charger Louvois, sans Mille de Maintennn, qui se jeta aussitôt entre deux, en sY'eriant : « Ali! sii*e, qu'allez-vous l'aire? » et lui ôta les pinecltes des mains. Louvois cependant gapTiait la porte. Le roi cria après lui pour le rappeler, et Ini dit, les >ou\ étineelants: « Dèpêeliez un eouirier tout à cette lieure avec un contreordre, et (pi'il arri\(* h temps, et sachez que votre Icle en repond , si on hrùle ime seule maison. » Louvois , i)lus moi-t qne vil", s'en alla sur-lecliamp.
Ce n'était pas dans l'impatience de dépiVlier le contre-ordre; il s'était bien «;ar(lé de laisser paiiir le ])remi('r conriier. Il lui îivait doimé ses dépêches portant l'oi'dre de l'incendie ; mais il lui nvail ordnimé de l'attendre tout botté au retour de son travail. 11 n'avait osé hasarder cet ordre api'ès la répugnance el le relus du roi d'y consenlii", el il criil par cette ruse que le roi ])OiUTail èlre làclié, mais que ce serait tout. Si la chose se (Vit jjassée ainsi par ce pié^'^e, il faisait partir le courrier en revenant chez lui. 11 fut assez sap* ])our ne se p;is commettre h le dé|)èclier aupai'avant, et hieu lui en ]>ril. Il n'eut (pie la peine d(» reprendi'c ses dépêches et d(! faire déhotler le courrier. Il ])assa toujours au|)rès du roi junn- parti, et le second pour aiTÎvé asfM'Z à temps poiir empêcher l'exécntion.
Après le retour de Mons , l'éloignement du roi pour lui ne fit qu'augmenter , et à tel point que ce ministre si présomptueux, et qui au milieu de la plus grande guerre se comptait si indispensablemenl nécessaire, commença à tout appréhender. La mai-échale de Rochefort, qui était demeurée son amie intime, étant allée avec Mme de Blansac sa fille, dinej" avec lui à Meudon , qui me l'ont conté toutes les deux, il les mena à la promenade. Es n'étaient fpi'eux trois dans une petite calèche légère qu'il menait. Elles l'entendirent se parler à lui-môme , rêvant profondément, et se dire à diverses reprises: « Le ferait-il? Le lui fera-t-on faire? Non; mais cependant.... Non, il n'oserait. » Pendant ce monologue il allait toujours , et la mère et la fdle se taisaient , et se poussaient , quand tout à coup la maréchale vit les chevaux sur le dernier rebord d'une pièce d'eau, et n'eut que le temps de se jeter en avant sur les mains de Louvois pour arrêter les rênes, croyant qu'il les menait noyer. A ce cri et à ce mouvement, Louvois se réveilla comme d'un profond sommeil, recula quelques pas, et tourna, disant qu'en effet il rêvait et ne pensait pas à la voiture.
Dans cette perplexité , il se mit à pi'ondi'e les eaux les matins à Trianon. Le 16 juillet, j'étais à V(M-sailles pour une affaire assez sauvage , dont le roi avait voulu donner tout l'avantage à mon père
ifil
LOliS MV
qui t'iait ù Blayo avec ma inèiv, contre Sourdis qui coniniaiulail tMi (lid' eu (lUyeunc, el que Louvnis avait inutilement soulcun. Ce nonobstant , \c lus conseillé de l'aller remercier, et j'en reçus aukiiil de conq)liinents et de politesses que s'il avait bien servi mon père. Ainsi va la cour. Je ne lui avais jamais parlé. Sortant le même jour du diner du roi, je le rencontrai au Tond d'inie très-petite \nci'c. qui est entre la'-rande salle des j?ardes et ce ^rand salon (|ui donne sur la petite cour des princes, M. de Marsan lui [larhiil, el il allait travailler chez Mme de Mainlenon avec le roi , qui devait se promener après dans les jardins de Versailles à pied, où les ^'cns de la cour avaient la liberté de le suivre. Sur les quatre heures après midi du même jour, j'allai chez Mme de Chateauncur, où j'a|)|)ris (pi'il s'élait trou\é un peu mal chez Mme de Maintenon, rpie le loi l'avait Ibrcé de s'en aller, (pi'il était retourné à [)ied chez lui , où le mal avait subitement au^Muenté ; (pi'on s'était hàlé d(i lui donner un lavement qu'il avait rendu aussitôt, et (pi'il était mort eu le r<'ndaut, (.'t demandant son lils liarbésieux, (pi'il n'eut pas le teiiqjs de voir, quoique celui-ci accourut de sa chand)re.
Hii prut juf,M'r de la sui'|)rise de toute la coui'. (Juoicpic y, n'eusse ^Mièn; rpie (piinze ans, j(î voulus voir la contenance du loi à un événement de celte qualité. J'allai rallendre, et le suivis toute sa pro-
mciiado. Il me parut avec sa majesté accoutumée, mais avec je ne sais (luoi de leste et tle délivré, qui me surprit assez pour en parler après, d'autant plus que j'ignorais alors, et longtemps depuis, les choses que je viens d'écrire. Je remarquai encore qu'au lieu d'aller voir ses fontaines et de diversifier sa promenade, comme il faisait toujours, dans ces jardins , il ne lit jamais qu'aller et venir le long de la balustrade de l'orangerie, et d'où il voyait, en revenant vers le château, le logement tle la surintendance où Louvois venait de mourir, qui terminait l'ancienne aile du château sur le flanc de l'orangerie, et vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenait vers le château.
Jamais le nom de Lou\ ois ne fut prononcé , ni pas un mot de cette mort si sm-prenante et si soudaine, qu'à l'arrivée d'un oflicier (jue le roi d'Angleterre envoya de Saint-Germain, qui vint trouver le roi sur cette terrasse, et qui lui fit de sa part un compliment sur la perte qu'il venait de faire. « Monsieur, >• lui répondit le roi, d'un air et d'un ton plus que dégagés, «« laites mes comphmenls et mes remercîments au roi et à la reine d'Angleterre, et dites-leur de ma part que mes affaires et les leurs n'en iront pas moins bien. « L'officier fit une révérence, et se retira, l'étonnement peint sur le visage et dans tout son maintien. J'obsenai curieusement tout cela, et rpie les principaux de ce (pii élail à sa
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pi-onionndo s'inlciTOgeaioiit des yeux Silns proféivr une parole.
Cliamillarl.
C'était un p'and homme, qui marcliait en dandinant, et dont la plnsionomie ouverte ne disait mot que de la douceur et de la bonté, et tenait parl'ailement pai'ole. Son })ère, maître des requêtes, luouiiil (11 1675, intendant à Caen, où il avait élé ])rés de dix ans. L'année suivante, le fils fut conseiller au ])ai-lement. Il était sage, appiicpié, peu éclairé, et il aima toujours la bonne compagnie. Il était de bon conmierce et fort bonnéte bomme. Il .limait \r. jeu, mais un jeu de commerce, et joujiit hini tous les jeux. Cela l'initia un peu bors de sa robe; mais sa fortune lut d'exceller au billaid. Le roi, (pii s'amusait fort de ce jeu dont le ^oùt lui dura foi1 Ion;.'temps, y Taisait presrpic tous les soirs d'hiver des parties avec M. (\r. Vendôme et M. le (irand, et tantôt le maréchal de Villeroy, tantôt le duc de (iiamont. Ils surent que Cbamillart y jouait fort bien, ils voului'cnt en essayer à l'aris. Ils Pi\ furent si coutenls, qu'ils en pailèrent au roi, et le vantèrent laiil, (pi'il dit à M. le (irand d(î l'amener la prcjuiére fois qu'il irait à l'juis. Il \iul donc, et le roi lrou\a qu'on ne lui en avait rien dit de trop. M. de Vendôme et M. le Crand l'îivaient
pris on amitié et en protection encore plus que les deux autres, et firent en sorte qu'il fût admis une fois pour toutes dans la partie du roi, où il était le plus fort de tous. Il s'y comporta si modestement et si bien , qu'il plut au roi et au courtisan dont il se trouva protégé à l'envi au lieu d'en être moqué, comme il arrive à un nouveau venu inconnu et de la ville. Le roi le goûta le plus, et il en parla tant à Mme de Maintenon , qu'elle le voulut voir. Il s'en tira si bien avec elle, que, peut-être pour flatter le goût du roi, elle lui dit de la venir voir quelquefois, et à la fm elle le goûta autant pour le moins que le roi.
Malgré ces voyages continuels à Versailles, où il ne couchait point, il fut assidu les matins au palais, et continua d'y rapporter. Cela lui acquit l'affection de ses confrères , qui lui surent gré de^ faire son métier comme l'un d'eux, et de vivre avec eux à l'ordinaire, sans donner dans l'impertinence qui suit souvent les distinctions en beaucoup de gens, et cela lui fit un mérite à la cour et auprès du roi. Peu à peu il se fit des amis, et le roi voulut qu'il fût maître des requêtes, pour être plus libre et plus en état d'être avancé. Alors, il lui donna un logement au château , chose fort extraoï'dinaire pour un homme comme lui , et même unique. C'était en 1686. Trois ans après il fut nommé intendant de Rouen. Il pria le roi, avec qui déjà il était
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tris-lihrcmoiil, do vouloir hicii nolo pas éloignor (\o lui; mais le roi lui dil (jik' ('riait pour cela uiènie qu'il renvoyait à Houeii, (jui est si proche, et il lui permit de venir de temps en temps passer six semaines à Versailles. 11 l'cMumena à 3ïarly et le mit fie son jeu au brelan et à d'autres, il prit des ci-oupiers, p;trce cpie le jeu était gros : il y lut heureux.
Au hout de trois ans d'intendance, où il ne se méconnut i)as plus qu'il avait liait au parlement, il vacpia une charge d'intendant des finances (pie le i(»i lui donna de son mouvement en 1689, où, comme on voit, il demeurîi dix ans, et toujours sur je même |)ied avec le l'oi, (pioicpuî le hillard ne IVil plus II la mode. Il cultiva sii)ien Mme de Maintenon depuis (|nil Fut devenu sédentaire à Pai'is et à la ('OUI-, (pi'elle le choisit pour administre!' les reveîMis et toutes les alïaires temporelles de Saint-(^\r, ce (jui lui donna un rapport continuel avec elle. Il se fit beaurcnp d'amis à la cour : iM. de Chevreuse, dont les terres venaient prescpu; jusrpi'à Vei-saill«'S par h' duché de Chevreuse (.'t par celui de Moiilloil, avait lait et l'elait divers échanges avec la maison de Saint-Cyr, dansles(juels le roi et iMnie de Maintenon éUiient enliés, et avait heaucou|) de terres limitidphes et même enclavées avec les leurs. Cela doima lieu à Chamillart de Ir.iv.iiller souvent avec lui, et (M'casiorma d'actpiérii' véritahlement son amilie et relie du dw de Heauvillier, (|uia duré aut.iul (pic
ET SA CULR. 269
leur ^ie. Avec lant de véhicules, celui de Saiut-Cyr surtout et la protection de Muie de Mainteuon tiui se taisait \m si grand intérêt d'avoir un contrôleur général tout à tait à elle, ce choix ne fut pas un instant balancé , et le roi s'en applaudit publiquement.
Il vécut dans cet emploi avec une douceur, une patience , une affabilité qui y étaient inconnues , et qui lui gagnèrent tout ce qui avait affaire à lui. 11 ne se rebutait point des pro])Ositions les plus ineptes ni des demandes les plus absurdes et les plus réitérées; son lcnq)érament y contribuait par un flegme qui ne se démentait jamais, mais qui n'avait rien de rebutant : sa manière de refuser persuadait du déplaisir (\{i\\ en ressentait, et celle d'accorder ajoutait à la g:ràce. Il était en effet extrêmement porté à obliger et à servir, et fâché et éloigné de faire la moindre l)cint'. Il se lit aimer passionnément des intendants (l<'s linances, dont ses manières émoussèrent le dé- [)it de voir leur cadet devenir leur maître, et adorer de ses ennemis et des financiers. Toute la cour l'aima de même par la facilité de son accès, par sa poUtesse et pur une infinité de services, et le roi lui marqua conliimellement une affection qui se peut dire (l'ami , et qui augmenta tous les jours. Sa fennne et Ini étaient enfants des deux sœurs. Elle était vcilucuse et fort polie, mais elle ne saNait cpic jouer, siuis l'aimer, mais faute de savoir faire autre chose
470 LOLIS XIV
ni ijuc dire, après avoir demande à cliaciiii conimciit il se portait : la cour ne put la i'oriuer, et, à (liiv vrai, e'éliiit la meilleure et la plus sotte lemme du monde, et la plus inutile à son mari.
Ureu\ et lui étaient eonseiliersen la môme elianibre et intimes amis; Dreux fort riche et Cliamillart fort peu accommodé. Leurs fenmies accouchèrent eu même temps d'un lils et d'une fille. Dreux, i)ar amitié, demanda à Cliamillart d'en faire le mariage. Cliamillart, en à;^c d'avoir d'autres enfants, le représenlii à son ami, et ([u'en attendant que ces entants (jiii venaient de nailre tussent en état de se maiier, il tiouverait avec ses biens des partis bien plus convenables que sa lillc. Dreux, bonune droit, IVaiic, et qui aimait Cliannllai t , persévéra si bien, qu'ils s'en donnèicnt ivciprocpiement i)arole. Avec les années, l.i (ihiiuc a\;iit louiné. Dreux était demeuré «onsciller au [lailement, et Cliamillart devenu tout ce (\w', nous vrnons de voii', mais toujours amis intimes. Sept ou Imit mois .iv.int (pie Cbamillarl (\i'vinl rontjôleur jiénéral , il alla Irouvei" Dieux, et avec .'iiîiilié lui dit (pie leurs enlants étaient en A;,^e de se marier et de les acquitter de leur parole. Dreux, liés-louché d'une proposition (jui, jj.ir la fortune, éliiil disproporliomiéi' de la sienne, et tpii fais'ilt celle de son fils, lit tout ce qu'un lioiiinx; d'honneur peut faire pour le délournei" d'une affaire qui n'était |»lus dans les termes (^idinairets , cl «pii
dans les suites ferait l'emljarras de sa famille , lui rendit sa parole , refusa et dit que c'était lui-même qui lui en manquait, parce qu'il voidait lui en manquer. Ce combat d'amitié et de probité dura plusieurs jours de part et d'autre. A la fm Chamillart, bien résolu à partager sa fortune avec son ami, l'enqjorla, et le mariage se fit. Il obtint pour son gendre l'agrément du régiment d'infanterie de Bourgogne, et tôt après sa fortune, de la cliarge de grand maître de cérémonies que Blainville lui vendit, et le roi prit prétexte de cette cliarge pour faire entrer Mme Dreux dans les carrosses et manger avec Mme la duchesse de Bourgogne.
Je ne puis quitter Cliainillart sans en rapporter une action qui, pour n'être pas ici en sa place et avoir du être racontée plus haut, mérite de n'être pas oubliée. Ce fut du temps qu'il était conseiller au parlement, et qu'il jouait au billard avec le roi li'ois fois la semaine sans coucher à Versailles. Cela lui rompait fort les jom's et les hem*es sans le détourner, comme je l'ai dit, de son assiduité au palais. 11 y rap|)orla dans ce temps-là un procès. Celui (|iii le ix'i'diL lui vint crier miséricorde. Chamillart le laissa s'exhaler avec ce don de tranquillité et de patience qu'il avait. Dans le discours du complaignant, il insista fort sur une pièce qui Taisait le gain de son pi'ocès, et avec Lupielle il ne comt)renait pas encore (juil l'eût perdu. Il
l.ni Ls \|\
ral);illit l.nil celle pièce, (|iie Chaiiiillarl se souvint qu'il Jie TaNail pas vue, cl lui dil qu'il ne l'asail pas pi'ixiuile. I/auli'e à crier |)lu^ Ibi't el qu'elle \ élail. (Jiauiillarl iusislanl, l'I l'autre aussi, il prit les sacs qui se Irouvèi'cnt là, parce que l'arrêt ne faisait qu'elle si<iiiô; ils les \isilèrent, et la pièce s'y trouva produile. Voilà l'iiounue à se désoler, et cependant Cliaiuillarl à liiv la pièce et à le [uiei' de lui donner un peu de patience. Quand il Peut bien lue et l'clue : <« Vous avez raison, lui dil Clianullarl, elle m'élail inconiuie, el je ne comprends pas coiunienl elle Jii'a pu échapper : elle décide en voti'c l'aveu!'. \'ous demandiez \in^l mille li\res, vous en êtes débouté p;ii- ma laute, e'i^sl à moi à vous les payer. Kevenez api'ès-deniain.» Cet lionnue lui si surpi'is, (pi'il r.dlul lui répéter ce qu'il \enait d'entendre; il re\int Ic! surlendemain. (lliiunilLn l cependant avait haltu monn.H(î d(i tout ce (ju'il avait, el emprmdé le reste. Il liu eonq)la les \iuj^l mille liM-es, lui demanda le secrel el le eoii'iédia, mais il conqiril de celle a\enlure cpie les examens cl les rapports de procès ne pouvaieni compalir Hvec ce billard de trois lois la semaine. H n'en lut pas moins assidu au palais, niatlentil à bien ju^er: mais d ne voulut plus être rappoiteur (rancune aiïairc, et remit an ;:rr||c cr-llcs dont il se lr(Hivait cliar^îé, el pria le président d'y ((tnnncttrc. Cela b'appellc une belle, proin|»le el faraude actioiij,
dans un juge , et plus encore dans un juge aussi étroitement dans ses affaires, qu'il y était alors.
C'était un l)on et très-honnête homme, à mains parfaitement nettes et avec les meilleures intentions, poli, patient, ohligeant, hon ami, ennemi médiocre, aimant l'État, mais le roi sur toutes choses, et extrêmement bien avec lui et avec Mme de Maintenon , d'ailleurs Irès-horné, et comme tous les gens de peu d'esprit et de lumières, très-opiniàtrc , très-entêté, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des raisons aux siennes et entièrement incapable de les entendre ; par conséquent dupe en amis , en affaires et en tout, et gouverné par ceux dont à divers égards il s'était fait une grande idée, ou qui avec un trèsléger poids étaient fort de ses amis. Sa capacité était nulle, et il croyait tout savoir et en tout genre, et, cela était d'autant plus pitoyable, que cela lui était venu avec ses places, et que c'était moins présomption que sottise , et encore moins vanité dont il n'avait aucune. Le rare est que le grand ressort de la tendre affection du roi pour lui était cette incapacité même, il l'avouait au roi à chaque pas, et le roi se complaisait à le diriger et à l'instruire; en sorte qu'il était jaloux de ses succès comme des siens propres , et qu'il en excusait tout. Le monde
aussi et la cour l'excusaient de même, charmés de 34 r
tîTl LOIIS \1V
lu tacililé tl(^ son al)ord, i]c sa joie d'accordrr ou dosorvir, de la douceur cl de la douleur de ses refus et de son inlaligable patience à écouter. Sa mémoire lui représentait Tort nettement les gens et les choses malgré hi multitude qui en passait par ses mains, en sorte que chacun était ravi de voir que son affaire lui était parfaitement présente, quoique entamée et délaissée depuis longtemps. 11 écrivait aussi fort bien, et ce style net, coulant et précis , i)laisait extrêmement au roi et à Mme de Ma intenon qui ne cessaient de le louer, de l'encourager et de s'api)lau(lir d'avoir mis sur de si faibles épaules deux fardeaux dont chacun tût sufli h. accabh.'r les |)lus fortes.
Chamillart , accablé du double travail de la
guerre et des linances , n'avait le temps de manger
ni de dormir. Des armées détruites, prestpie toules
les campagnes, par des batailles perdues, des frou-
lières innncnsémciit rappiocliées loiil à cou|) par
le tournoiement de léU; des généraux maHuMUCux,
•«'•puisaient touu^s les rcssouices d'honmies et d'ar-
fîcnl. Le ministre, h. bout de temps à en chercber*,
et à vaquer cependarit au courant, avait pbis d'une
fois représenté son iuqmissanee à suffire à deux
mqilois, qui, dans des (em|)B heureux, auraient
niènic fort occupé deux bonurus lout eiilieis. Le
roi, 'jiii l'avait cbargé de l'iiii el de j',iulr(! pour scî
ineltre à l'abri des démêlés entre la finance el la
guerre qui l'avaient si longaement fatigué, du temps de 3DI. Colbert et de Louvois, ne put se résoudi'e à décharger Chamillart des finances. Il fit donc de nécessité vertu; mais, à la fm, la machine succomba. Il lui prit des vapeurs, des éblouissements, des tournoiements de tète. Tout s'y portait, il ne digérait plus. Il maigrit à vue d'œil. Toutefois, il fallait que la roue marchât sans interruption, et, dans ces emplois , il n'y avait que lui qui pût la faire tourner.
Il écrivit au roi une lettre pathétique pour élre déchargé. Il ne lui dissimula rien de la triste situation de ses affaires , et de l'impossibilité où leur difiiculté le mettait d'y remédier, faute de temps et de santé. Il le faisait souvenir de plusieurs temps et de plusieurs occasions où il les lui avait exposées au vrai par des états abrégés; il le pressait par les cas urgents et multipliés qui se précipitaient les uns sur les autres, et qui chacuji demandaient un travail long, approfondi, continu, assidu, auquel, quand sa santé le lui permettrait, la multitude de ses occupations, toutes indispensables, ne lui laissait pas une heure à s'y appliquer. Il finissait que ce serait bien mal répondie à ses l)ontés et à sa confiance, s'il ne lui disait franchement que tout allait périr, s'il n'y apportait ce remède.
H écrivait toujours au roi à mi-marge, et le roi
aposlillail à rôtt* de sa main, ol lui renvoyait ainsi S(S lettres. Clianiillait me montra celle-là, après (lu'elle lui fui fevenne. J'y vis, avec grande sur- ])rise, cette lin de la courte apostille de la main du roi : Eh bien! nous périrons ensemble.
Cliamillarl en lut également comblé et désolé; mais cela ne lui rendit pas les forces.
Le père de La Chaise et le père Tellier.
Le père de La Chaise était d'un esprit médiocre , mais d'un bon caractère, juste, droit, sensé, sage, doux et modéré, fort ennemi de la délation, de la violence et des éclats. Il avait de l'honnem' , de la probité, de l'iiumanité, de la bonté; affable, poli, modeste , môme rcsi)ectueux. Lui et son fièie ont toujours pul)liquem(»nt conservé une reconnaissance marquée juscpi'à une sorte de dépendance pour les Villeroy; il était désintéressé en tout genre, quoique fort attaché à sa famille ; il se piquait de noblesse , et il la favorisa en tout ce qu'il put. 11 était soigneux de bons choix pour l'épiscopat, surtout pour les grandes places, (;t il y fut beuieuv tant (ju'il y eut l'entier crédit. Facile à rev(.'nir (juand il avait été tronipé, et ardent k réparer 1(î ujal (pie la tromperie; lui avait fait faire; d'ailleurs judicieux et précautiomié, bon homme et bon religieux, fort jésuite, mais sans ruge et sans ser-
vilude , les connaissant mieux qu'il ne le montrait , mais parmi eiLX comme l'un d'entre eux. Il ne voulut jamais pousser le Port-Royal des Champs jusqu'à la destruction, ni entrer en rien contre le cardinal de ^'oailles , quoique parvenu à tout sans sa participation. Le cas de conscience et tout ce qui se fit contre lui de son temps , se fit sans la sienne. 11 ne voulut point non plus entrer trop avant dans les affaires de la Chine; mais il favorisa toujours tant qu'il put l'archevêque de Camhrai, et fut toujours lidèlement ami du cardinal de Bouillon, pour lequel, en toutes sortes de temps, il rompit hien des glaces.
Il eut toujours sur sa tahle le Nouveau Testament du père Quesncl , qui a fait tant de bruit depuis , et de si terribles fracas ; et quand on s'étonnait de lui voir ce livre si familier à cause de l'auteur, il répondait qu'il aimait le bon et le bien partout où il le rencontrait ; qu'il ne connaissait point de plus excellent livre, ni d'une instruction plus abondante ; qu'il y trouvait tout ; et que , connue il avait peu de temps à donner par jour à des lectures do piété , il préférait celle-là à toute autre.
Il eut tout le crédit de la distribution des bénéfices pendant les quinze où vingt dernières années de l'archevêque de Paris, Harlay. Son iiidé})eiidance de Mme de Maintenon fut toujours entière et sans commerce avec elle; aussi le haissiiit-elle ,
t.iiil i)onr cette raison, (jui; pour son opposition à 1.1 clcclaralion de son mariage, mais sans oser jamais lui montrer les (li'nls, par ce qu'elle connaissait de la disposition du roi à son égard. Elle se servit de liodet, évè([ue de Chartres, (lu'elU; introduisit peu à peu dans lîi conliance du roi, puis du caidinal de Noailles, après le mariage de sa nièce et à l'occasion de l'aflaire de M. de Cambrai, pour balancei' la distribution des hénèlices, »'t y entrer elle-même de derrière ses deux rideaux, ce (pu conunenca à déshonorer le clergé de France, et par les ignorants et les gens de néaril (pic M. de Chartres et Saiid-Siil|)ice introduisirent dans l'épiscoijat , à l'exclusion tant (pi'ils purent de tous autres.
Vers (juatre-vingts ans, le père de La Chaise drint la tétc et la santé étaient encore fermes, voulut se rctii'cr : il en lit plusieurs Iciilalivcs iiuililes. I^ décadence de son corps cl de son esprit, (pi'il sentit liicntôt après, l'engagea à rcdouhlcr ses instances. Les jésuites, rpii s'en apciccvaicii! plus (|uc lui, cl «pii sentaient la diniiiiiilion de son (ledit, l'exhoiMèrent à f.iire place à lui autre (|ui eut la t^vHœ et le zèle de la nouveauté. Il désirait siiicèrenieiil le rep<;s, et il pressa le roi de l(; lui accorder tout aussi iniitileiiinii. Il lallnt eoiiliniier à porter le faix jusipi'aii boni. Les inlirmités et la dccrépiludc (jui l'ashaillirent hientiM a|)rès ne pu-
rcnt le délivrer. Les jambes ouvertes, la mémoire étemte, le jugement affaissé, les connaissances brouillées, inconvénients étranges pour un confesseur , rien ne rebuta le roi , et jusqu'à la fin il se fit apporter le cadavre et dépècba avec lui les affaires accoutumées. Enfin, deux jours après, au retour de VersaiUes, il s'affaiblit considérablement, reçut les sacrements, et eut pourtant le courage, plus encore que la force, d'écrire au roi une longue lettre de sa main , à laquelle il reçut réponse du roi de la sienne tendre et prompte ; après quoi il ne s'appli(iua plus qu'à Dieu.
Le père TeUier, provincial, et le père Daniel, supérieur de la maison professe , lui demandèrent s'il avait accompU ce que sa conscience pouvait lui demander , et s'il avait pensé au bien et à l'honneur de la compagnie. Sur le premier point, il répondit qu'il était en repos; sur le second, qu'ils s'apercevraient bientôt par les effets qu'il n'avait rien à se reprocher. Fort peu après, il mourut fort paisiblement à cinq heures du matin.
Les deux supérieurs vinrent apporter au roi, à l'issue de son lever, les clefs du cabinet du père (le La Chaise, qui y avait beaucoup de mémoires et de i);q)iers. Le roi les reçut devant tout le monde, en [)rince accoutumé aux pertes, loua le père de La Chaise surtout de sa bonté; puis souriaiU aux pères : » 11 était si bon , ajouta-t-il tout haut de-
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viiiU tous les courtisans, que je le lui reprochais (juchiuerois, et il me répondait: «< Ce n'est pas moi •« ipii suis )jon, mais vous qui (Mes dur. » Vérilaliiemcnt les pcres et tous les auditeurs lurent surpris du lécit juscpi'à baisser la vue. Ce i)ropos se répandit prouqileuient, et personne n'en put blâmer le pèi'e de La Chaise.
Il para bien des coups en sa vie, supprima bien des hiponneries et des avis anonymes contre beaucoup de {jens, en servit (luîuililé, et ne lit jamais de mal (pfà son coi i»s délendant. Aussi lut-il généralement regrellé. Ou avait toujours couqjris que ce serait une i)erle; mais on n'ima;^ina jamais que sa mort serait une plaie universelle et profonde, connue elle l;i devint, et connue cHe ne tarda pas ù se l'aire sentir [)ar le terrible successeur du père de La Chaise, à (|ui les ennemis même des jésuites lurent forcés de rendre justice a|)rès, cl d'i» vouer ([ue c'était un homme bien et honnêtement né, et tout fait ))Our remplir une. telle [ilaee.
Maréchal, premier chiruigien du loi , qui avait sa confiance, honunc dioil et parfaitement vi'ai, que j'ai cité plus d'une fois, nous a conté à Mme de Saint-Simon et à moi, une anecdote bien considérable et qui mérite de n'être pas oubliée. Il nous dit (|uc le roi, dans l'intérieur de ses cabincb, regrettant le père de La Chaise, et le louant
de son attachement à sa personne, lui avait raconté une grande marque qu'il lui en avait donnée : que, peu d'années avant sa mort, il lui avait dit qu'il se sentait vieillir, qu'il arriverait peutêtre plus tôt qu'il ne pensait qu'il faudrait choisir un autre confesseur; que l'attachement qu'il avait pom* sa personne le déterminait uniquement à lui demander en grâce de le prendre dans sa compagnie; qu'il la connaissait; qu'elle était hien éloignée de mériter tout ce qui s'est dit et écrit contre elle ; mais qu'eniin il répétait qu'il la connaissait, que son attachement à sa personne et à sa conservation l'engageait à le conjurer de lui accorder ce qu'il lui demandait; que c'était une compagnie très-étendue , composée de hien des sortes de gens et d'esprits dont on ne pou^ ait répondre , qu'il ne fallait point mettre au désespoir , et se mettre ainsi dans un hasard dont lui-même ne lui })ouvait répondre ; qu'un mauvais coup était IjieiUôt fait et n'était pas sans exemple. Maréchal pâlit à ce récit que lui fit le roi, et cacha le mieux (pi'il put le désordre où il en toniha.
Cette considération unique fit rappeler les jésuites par Henri IV, et les fit comhler de hiens. La puamide de Jean Chàtel les mettait au désespoir; ils trouvèrent, sous Louis XIV, Fourcy, prévôt des marchands , capable de les écouter, et en état de l'oser par le crédit de Boucherat, clianceher de
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France, son hcaii-prrr, (ini, appuyé du roi, ronlinl 11' park'inenl. Fourcx lit ahallro la pyramide, sans en laisser la inoindre trace; son lils, sortant du colléjiv, en eut l'abhayc de Saint -Vandrille, de plus de trente-six mille livres, à Tétonnement public, <'t en jouit encore. C'est môme un Tort honnête homme, considéré, (pii ne s'est pas soucié d'être évécpie.
I.e roi n'était pas supéi'icur à Henri IV; il n'eut garde d'ouhlier le document du père de La Chaise, et de se liasarder à la vengeance de sa compagnie en choisissant un coiiresseur hors d'elle. 11 voulait vivre et vivre en sCliclé.
La délihéi'alion du clioix d'un confesseur dura un mois, depuis le 20 janvier (jue mourut le père de L'i Chaise, jus(pi'au 21 léviicr (pic le père TellicM' hil nommé. Il lui, comme son prédécesseur, c(mfcsscur aussi de Monseigneur, contrainte bien dure à l'Age de ce prince.
fx' pèrcTellicr ét.iil ciilicrcment inconnu au roi; il n'en avait su le nom (pie |)arc(î (pi'il s(; trouva sur une liste de ( iM(| ou si\ jésuitcîs (pie le ])ére d(; l-.n Cliaise avait faitt! de sujets propi'es à lui succéder. Il avait passé par tous les degrés de la compagnie, prolesseiir, théologien, recteur, pro\incial, écri\ain. Il avait été chargé de la déiénse du mile (le Conhiciiis et des cérémonies cliinoiî^es; il en avuit époiu>é la (|uerelle; il en avait lait un livre
qui pensa attirer d'étranges affaires à lui et aux siens , et qui , à force d'inlrigues et de crédit à Rome, ne fut mis qu'à l'index.
Il n'était pas moins ardent sur le molinisme, sur le renversement de toute autre école, sur l'établissement en dogmes nouveaux de tous ceux de sa compagnie sur les ruines de tous ceux qui étaient contraires et qui étaient reçus et enseignés de tout temps dans l'Église. Nourri dans ces principes, admis dans tous les secrets de sa société par le génie qu'elle lui avait reconnu , il n'avait vécu depuis qu'il y était entré que de ces questions et de l'histoire intérieure de leur avancement, que du désir d'y paiTenir, de l'ojHnion que pour arriver à ce ])ut il n'y avait rien qui ne fut permis , qui ne se dût entreprendre. Son esprit dur, entêté, appliqué sans relâche, dépourvu de tout autre goût, ennemi de toute dissipation, de toute société, de tout amusement, incapable d'en prendre avec ses propres confrères, et ne faisant cas d'aucun que selon la mesure de la conformité de leur passion avec celle qui l'occupait tout entier. Cette cause dans toutes ces branches lui était devenue la plus l)ersonnelle, et tellement son unique affaire, (|u'il n'avait jamais eu d'a[)i)lication ni travail que i)ar rapport à celle-là, infatigable dans l'un et dans l'autre. Tout ménagement, tout tenq)érameiit là-dessus lui était odieux, il n'en soidfrait
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(jiir par force ou par dos l'aisons d'on aller plus sùicmrut à ses Uns. Tout ce qui en ce genre n'avait pas cet objet, était un crime à ses yeux et une faiblesse indigne.
Sa ^ie était dure par ^M)ùt et par babitude , il ne connaissait (ju'un travail assidu et sans interruption; il l'exigeait pareil des autres sans auciui égard, et ne coini)renait pas qu'on en dut avoir. Sa lùle et sa santé étaient de fer, sa conduite en était aussi, son naturel cruel et faroucbe. Confit dans les maximes et dans la politique de sa société, autant (pie la dureté de son caractère s'y pouvait plier, il étiiit profondément faux, tronq)eur, cacbé sous mille plis et replis, et quand il put se montrer et se faire craindie, exigeant tout, ne donnant rien , se mo(|uant des paroles les plus expressément données lorsqu'il ne lui iuq)ortait })lus de les tenir, et poursuivant avec fureur ceux qui les avaient reçues. C'était nu liounne terrible qui n'allait à lien moins qu'à destruction, ti couvert et à découvert, et qui, panenu à l'autorité, ne s'en cacha |ilus.
Dans cet éUit, inaccessible même aux jésuites, excepté à quatre ou cinq de môme trempe que lui, il devint la terreur des autres; et ces quatre ou cin(( même n'en apjjrocbaicnt qu'eu tremblant, el n'osiiient le contredire (pi'avec de grandes mesures, cl en lui montrant que par ce (|u il se propo-
sait il s'éloignait de son objet, qui était le règne despotique de sa société , de ses dogmes , de ses maximes , et la destruction radicale non-seulement de tout ce qui y était contraire , mais de tout ce qui n'y serait pas soumis jusqu'à l'abandon aveugle.
Le prodigieux de cette fureur jamais interrompue d'un seul instant par rien , c'est qu'il ne se proposa jamais rien pour lui-même, qu'il n'avait ni parents ni amis, qu'il était né malfaisant, sans être toucbé d'aucun plaisir d'obliger, et qu'il était de la lie du peuple et ne s'en cachait pas ; violent jusqu'à faire peur aux jésuites les plus sages, et même les plus nombreux et les plus ardents jésuites, dans la frayeur qu'il ne les culbutât jusqu'à les faire chasser une autre fois.
Son extérieur ne promettait rien moins, et tint exactement parole. Il eût fait peur au coin d'un bois. Sa physionomie était ténébreuse , fausse , terrible; ses yeux ardents, méchants, extrêmement de travers : on était frappé en le voyant.
A ce portrait exact et fidèle d'un homme qui avait consacré corps et âme à sa compagnie , qui n'eut d'autre nourriture que ses plus profonds mystères, qui ne connut d'autre Dieu qu'elle, et qui avait passé sa vie enfoncé dans cette étude, du génie et de l'extraction qu'il était, on ne peut être surpris qu'il fut sur tout le reste grossier et ignorant à surprendre, insolent, impudent, impétueux,
ne connaissant ni mondes ni mcsnro, ni dcgivs, ni niénaiicnienls, ni qui (juc ce l'ùl, et à (jui tous nioNcns étaient bons poui* arriver à ses lins. Il avait achevé de se perrectioner à Home dans les maximes et la i)olitique de sa société, qui pour raideur de son naturel et son roidc avait été obligée de le renvoyer i)romptement en France, lors (le l'éclat que lit à Rome son livre mis à l'index.
La j)remière fois qu'il vit le roi dans son cabinet, après lui avoir été présenté, il n'y avait que Bloin et Fajj^on dans uu coin. Fa^^on , tout voûté et appuyé sui' son bàlon, examinait l'entrevue et la physionomie du personnage , ses courbettes et ses proi)os. Le roi lui demanda s'il était parent de MM. Lr Trilicr. L(; père s'anéantit : «« Moi, sire, répondit-il, parent de MM. I.e ïellier! je suis bien loin de cela; je suis un [)auvre paysan de basse Normandie, où mon père était un fermier. >» Fafron, rjui l'oljservait, jusjpi'à ne rien i)er(h(;, se tourna en dessous h liloiu, el, faisant elTort pour le regarder : « Monsieur, lui dit-il en monliant le jésuite, quel sacré...! » et haussant les éjjaules, se remit sur son bâton. 11 se trouva (pi'il ne s'était pas tronq>é dans un jugement si étrange d'un confesseur. Celui-ci avait fait toutes les mines, pour ne pas dire les singeries hypocrites d'un homme «pii rrdout'iit a.'ttc place, ri (juj ih; s'y laissa forcer «pie |>.'ir obéissi'ince à Sii conq)agnie.
Fénelon.
Quand le duc de Beauvillier devint gouverneur des enfants de France , sans y avoir pense , comme malgré lui, en peine de choisir un précepteur, il s'adressa à Saint - Sulpicc où il se confessait depuis longtemps et qu'il aimait et protégeait fort. 11 y avait déjà ouï parler de l'abbé de Fénelon avec éloge ; ils lui vantèrent sa piété , son esprit , son savoir, ses talents , enfin ils le lui proposèrent ; il le vit, il en fut "charmé, il le fit précepteur. Il le fut à peine , qu'il comprit de quelle importance il était pour sa fortune de gagner entièrement celui qui venait de le mettre en chemin de la faire, et le duc de Clievreuse, son beau -frère, avec qui il n'était qu'un, et qui tous deux étaient au plus haut point de la confiance du roi et de Mme de Maintcnon. Ce fut là son premier soin auquel il réussit tellement au delà de son espérance , qu'il devint très-promptement le maître de leur cœur et de leur esprit et le dn*ecteur de leurs âmes. Mme de Maintcnon dînait de règle une et quelquefois deux fois la semaine à l'iiùlel de Beauvillier ou de Clievreuse, en cinquième entre les deux sœurs et les deux maris, avec la clochette sur la table, pour n'avoir point de valets autour d'eux, et causer sans contrainte. C'était un sanctuaire qui tenait toute
la cour à leurs pieds, et auquel Fénelou l'iit eufîu julmis. 11 eut auprès de Mme de Mainlenou pres([ue autant de suecès (pi'il en avait eu auprès des deux dues. Sa spiritualité l'enchanta; la cour s'aperçut bient(M des pas de yéanl de l'heureux abbé , et s'empressa autour de lui. Mais le désir d'être libre cl tout entier h ee qu'il s'était proposé, et la crainte encore de dé[)laire aux ducs et à Mme de Maintenon, dont le goût allait à une vie particulière et fort séparée, lui fit faire bouclier de modestie et de ses fonctions de précepteur, et le rendit encore plus cher aux seules personnes qu'il avait captivées, et qu'il avait tant d'intérêt de retenir dans cet attachement.
On sait comment cette faveur se changea en disgrâce. Nommé archevêque de Cambrai, Fénelou, (jui avait rôvé Paris, se vit ensuite confiné dans .son diocèse, où son fameux Télémaque rendit sa disgrâce incurable.
Ce prélat était un grand homme maigre, bien fait, pMe, avec un grand nez, des yeux dont le feu et l'esprit sortaient comme un torrent, et une physionomie tcîllc cpie je n'en ai point vu qui y ressemblât, et qui ne se pouvait oublier quand on ne l'aurait vue qu'une fois. Elle rasseml)Iait tout, et les contraires ne s'y combattaient point. Elle avait de la gravité et de la galanterie, du sérieux et de la gaieté; elle sentait également le docteur, l'évéque
et le grand seigneur; ce qui y surnageait, ainsi que dans toute sa personne, c'était la finesse, l'esprit, les grâces, la décence, et surtout la noblesse. Il fallait effort pour cesser de le regarder. Tous ses portraits sont parlants, sans toutefois avoir pu attraper la justesse de l'harmonie qui frappait dans l'original , et la délicatesse de chaque caractère que ce visage rassemblait. Ses manières y répondaient dans la même proportion , avec une aisance qui en donnait aux autres , et cet au' et ce bon goût qu'on ne tient que de l'usage de la meilleure compagnie et du grand monde, qui se trouvait répandu de soi-même dans toutes ses conversations; avec cela une éloquence naturelle, douce, fleurie; une politesse insinuante , mais noble et proportionnée ; une élocution facile, nette, agréable; un air de clarté et de netteté pour se faire entendre dans les matières les plus embarrassées et les plus dures; avec cela un homme qui ne voulait jamais avoir plus d'esprit que ceux à (pii il parlait, qui se mettait à la portée de chacim sans le faire jamais sentir, qui les mettait à l'aise et qui sendjlait enchanter; de façon qu'on ne pouvait le quitter, ni s'en défendre, ni ne pas chercher à le retrouver. C'est ce talent si rare, et qu'il avait au deniier degré , qui lui tint tous ses amis si entièrement attachés toute sa vie, malgré sa chute, et qui, dans l(Mir dispersion, les réunissait pour se parler :v'» i-
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{]c lui, pour ]o ropTtlor, pour lo dôsiror, pour se Wu'w (le plus en \)\us il lui, comme les juifs pour Jénisaleui, et soupirer après son retour, et l'espi»nr toujours, comme ce uiallieureux peuple attend encore et soupire après le Messie. C'est aussi par cette autorité de prophète, qn'il s'était acquise sur les siens, qu'il s'était accoutumé à une domination qui, dans sa douceur, n<' voulait point de résistance. Aussi n'aurail-il pas longtemps souffert de conq)agnon s'il lùl revenu h la cour, et entré dans le conseil, qui fut toujours son grand but; et une fois ancré et hors des besoins des autres, il eût été bien dangereux non-seulement de lui résister, mais de n'être pas toujours pour lui dans la souplesse et dans l'admiration.
Ketiré dans son diocèse, il y vécut avec la piété et l'apjjlication d'un pasteur, avecl'art et la magnificence d'un honunc (|ui n'a renoncé à rien, qui se ménage tout le monde et toutes choses. Jamais lionnne n'a eu plus (pie lui la passion de plaire, (ît au valet autant rpi'au maître, jamais homme ne l'a portée plus loin, avc(' une aijjdication ])lus suivie, plus conslanic, j)lus universelle; jamais homme n'y a ï)lns entièrement réussi. Cand)rai est un lieu de jrraiid ahord et de grand |)assage; rien d'(''gal à la pr)litesse, au discernement, à l'agrément avec lesquels il recevait tout le monde. Hans les premières annto on l'éviUut, il n(î courait apn'^s personne;
pou h peu les charmes de ses manières lui rapprochèrent un certain gros. A la faveur de cette petite multitude, plusieurs de ceux que la crainte avait écartés, mais qui désiraient aussi de jeter des semences pour d'autres temps , furent bien aises des occasions de passer à Cambrai. De l'un à l'autre tous y coururent. A mesure que Mgr le duc de Bourgogne parut figiu'er, la cour du prélat grossit; et elle en devint une effective aussitôt que son disciple fut devenu dauphin. Le nombre des gens qu'il avait accueillis , la quantité de ceux qu'il avait logés chez lui passant par Cambrai, les soins qu'il avait pris des malades, des blessés qu'en diverses occasions on avait portés dans sa ville, lui avaient acquis le cœur des troupes. Assidu aux hôpitaux et chez les moindres officiers, attentif aux principaux, en ayant chez lui on nombre et plusieurs mois de suite jusqu'à leur parfait rétablissement, vigilant en vrai pasteur au salut de leurs âmes, avec cette connaissance du monde qui les savait gagner et qui en engageait beaucoup d'autres à s'adresser à lui-même , ne se refusant pas au moindre des hôpitaux qui voulait aller à lui, et qu'il suivait comme s'il n'eût point d'autres soins à prendre, il n'était pas moins actif au soiUagement corporel. Los bouillons, les nourritures, les consolations des dégoûts, souvent encore les remèdes sortaient en abondance de chez lui; et dans ce grand nombre un ordi'o ot
un soin (juc cliaqno chose fi\t du moillour en su sorte (lui ne se peut comprendre. Il présidait aux consultations les plus importantes; aussi est-il incroyable jusqu'à quel i)oint il devint l'idole des gens de priierre, et combien son nom retentit jus- (pi'au milieu de la cour.
Ses aumônes, ses visites épiscopales réitùrées plusieurs fois l'année, et qui lui firent connaître par lui-même à fond toutes les parties de son diocèse, la sagesse et la douceur de son gouvernement, ses prédications fréquentes dans la ville et dans les >illages, la facilité de son accès, son humanité avec les petits, sa politesse avec les autres, SCS grâces naturelles qui rehaussaient le prix de tout ce ({imI (lisait et faisait, h^ firent adorer de son peuple; et les prêtres dont il se déclarait le père et le h'ère , et (pi'il tiaitait tous ainsi, le poi'taient tous dans leurs c(eurs. l^u^mi tant d'art et d'ardeur de plaiic, et si générale, rien de bas, de conunun, d'affecté, de déplacé, toujours en convenance à l'égard de (•lia( im ; chez lui abord facile, expédition prompte et désintéressée; un même ï'sprit, inspiré |(ai- le sien, en tous ceux (pii travaillaient sous lui dans ce grand dioec'se; jamais de scandale ni rien de Niolent contre personne; tout en lui et chez lui dans la plus grande décence. Ses matinées se passaient «n allaires du dioc(''SC. Comme il avait le génie élevé et pénétrant, (ju'il y
résidait toujours, qu'il ne passait pas de jours qu'il ne réglât ce qui se présentait, c'était chaque jour une occupation courte et légère. Il recevait après qui le voulait voir, puis allait dire la messe, et il y était prompt ; c'était toujours dans sa chapelle, hors les jours qu'il officiait, ou que quelque raison particulière l'engageait à l'aller dire ailleurs. Revenu chez lui , il dînait avec la compagnie toujom's nombreuse, mangeait peu et peu solidement, mais demeurait longtemps à table pour les autres, et les charmait par l'aisance, la variété, le naturel, la gaieté de sa conversation, sans jamais descendre à rien qui ne lût digne et d'un évèque et d'un grand seigneur; sortant de table il demeurait peu avec la compagnie. Il l'avait accoutmnée à vivre chez lui sans contrainte, et à n'en pas prendre pour elle. Il entrait dans son cabinet et y travaillait quelques heures, qu'il prolongeait s'il faisait mauvais temps , et qu'il n'eût rien à faire hors de chez lui.
Au sortir de son cabinet il allait faire des visites ou se promener à pied hors la ville. Il aimait fort cet exercice et l'allongeait volontiers ; et, s'il n'y avait personne de ceux qu'il logeait , ou (juclquc personne distinguée, il prenait quelque grand vicaire et quelque autre ecclésiastique, et s'entretenait avec eux du diocèse, de matières de piété ou de savoir; souvent il y mêlait des parenthèses
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;ipival)los. Ja's suiis il les i)assail a\i'c ce qui logeait iIk'Z lui, soupail ;ivec les priiieipaux de ees passaj^es d'année (piand il en arrivait, et alors sa table était servie eomine le malin. 11 mangeait encore moins cpi'à dîner, et se couchait toujours avant minuit. Unoiipie sa table lïit maj;nili([ue et délicate, et que tout cbez lui répondît à l'état d'un g:rand sci'rneui-, il u\ -ivail lien néanmoins (pii ne sentît l'odeur de l'épiscopal et de la ré^le la j)lus exacte, ])arnii la plus honnête et la plus douce liberté. I.ui-juéme était un e\(Muple t<)ujours présent, mais au(pi(l on ne pouvait atteindre ; i)artout lui Mai jjiclal, |);ul()ul aussi un grand sei;j;neur, partout encore l'auleur de Tclémuque. Januiis un mot sur la coui', sur les afïaii'es, (pioi cpie ce soit (jui jjùt être repris, ni (pii senlîl b; moins du monde bassesse, rej;rets, llatlerie; jamais rien ipii pût laisser seulement soupçonner ni ce (lu'il avait été, ni ce qu'il pouvait encore être. Parmi tant de j:randcs |)arties un ^laiid ordre dans ses aliaires <lomesti(pies, et une grande règle dans son diocèse; mais siins |)ctitcsse, sans pédanleiie , sans avoir jamais importuné personne (raucun élat sui" la doctrine.
Les jansénistes élaieiil en |iai\ profond*! dans le diocèse de Cambrai, d il > eu avait grand nombir; ils s'y liiisiiient, et I'.ik li(\è(pic aussi à leur égard. Il aurait été à désirer pour lui (pi'il eùl laissé ceux
du dehors dans le même repos ; mais il tenait trop intimement aux jésuites , et il espérait trop d'eux, pour ne leur pas donner ce qui ne troublait pas le sien. Il était aussi trop attentif à son petit troupeau choisi , dont il était le cœur , l'ànic , la vie et l'oracle, pour ne pas lui donner de temps en temps la pâture de quelques ouvrages qui couraient entre leurs maius avec la dernière avidité, et dont les éloges retentissaient. Il fut rudement réfuté par les jansénistes , et il est vrai de plus que le silence en matière de doctrines aurait convenu à l'auteur si solennellement condamné du livre des Maximes des saints; mais l'amhition n'était rien moins que morte : les coups qu'il recevait des réponses des jansénistes lui devenaient de nouveaux mérites auprès de ses amis , et de nouvelles raisons aux jésuites de tout faire et de tout entreprendre pour lui procurer le rang et les places d'autorité dans l'Éghse et dans l'État. A mesure que les temps orageux s'éloignaient , que ceux de son Dauphin s'approchaient, cette amhition se réveillait fortement, quoiciue cachée sous uric mesure qui, certainement, lui devait coûter. Le célèbre Bossuet, évoque de Meaux , n'était plus , ni Godet , évêque de Chartres. La conslihition avait perdu le cardinal de Noailles ; le père Tellier était devenu tout-puissant. Ce confesseur du roi était totalement à lui, ainsi que l'élixir du gouvernement des jésuites princi-
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paii\ ; et kl société entiértî faisait profession de lui élro attachée depuis la luoiL du père Bourdaloue, du père Gaillard et de qiiehiues autres principaux <pii lui étaient op[)osés, cpii en retenaient d'autres, et (pie la poliliciue des supérieurs laissait agir, pour ne pas clio(iuer le roi ni Mme de Maintenon contre tout le cor|)s; mais ces temps étaient passés, et tout ce formidable corps lui était enlln réuni. Le roi, en deux ou trois occasions depuis peu, n'avait pu s'empêcher de le louer. 11 avait ouvert ses greniers aux troupes dans un lem[)s de cherté, et où les munitiomiaires étaient à bout, et il s'était bien gardé iVcn rien l'ccevoii', (luoiqu'il eût pu en tirer de grosses sonnnes en le vendant à l'ordinaire. On peut juger que ce service ne demeura pas enfoui, et ce fut aussi ce qui lit hasarder poui' la pi'emière lois de nonnner son nom au joi. Le duc de Che- >reuse avait cnlin osé l'aller voii', et le recevoir une autre fois à (ihaidncs : cl on peut juger (pie rc ne fut pas sans s'être assuré (pic le roi le trouvait bon.
Féiielon, rendu cnlin aux j)lus llatleuses et aux. plus hautes espérances, laissa gei'hier cette semence d'elle -même; mais elle iiv put \enii' à maturité. La mort si peu attendue* du Dauphin raccablii, et celle du duc i\r, (Ihcvi'cuse, (pii ne lanla guère après, ai^jiil cette profond»; plaie; la mort du duc de Ueauvilliei' la rendit incurable et
l'atterm. Ils n'étaient qu'im cœur et qu'une âme ; et, quoiqu'ils ne se fussent jamais vus depuis l'exil, Fénelon le dirigeait de Cambrai jusque dans les plus petits détails. Malgré sa profonde douleur de la mort du Dauphin , il n'avait pas laissé d'embrasser une planche dans ce naufrage. L'ambition surnageait à tout, se prenait à tout. Son esprit avait toujours plu à M. le duc d'Orléans. M. de Chcvrcuse avait cultivé et entetenu entre eux l'estime et l'amitié, et j'y avais aussi contribué par attachement pour le duc de Beauvillier, qui pouvait tout sur moi. Après tant de pertes et d'épreuves les plus dures, ce prélat était encore homme d'espérances, et ne les avait pas mal placées. Quoi qu'il en soit, sa faible complexion ne put résister à tant de soins et de traverses. La mort du duc de Beauvillier lui porta le dernier coup. 11 se soutint ([uelque temps par effort de courage, mais ses forces étaient à bout. Les eaux, ainsi qu'à Tantale, s'étaient trop persévéramment retirées du bord de ses lèvres toutes les fois qu'il croyait y toucher pour y éteindre l'ardeur de sa soif.
Il fit un court voyage de visite épiscopale, il versa dans un endroit dangereux , personne ne fut lilessé, mais il vit tout le péril, et eut dans sa faible machine toute la conunotion de cet accident. H arriva incommodé à Cambrai, la fièvre survint, et les accidents tellement coup sur coup qu'il n'y
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iiit plus (Ir romôdes ; mais sa Ictc fut loujoms lilnv cl saino. 11 moiinil à Caml)rai le soptièinc jour de ranuce 1715, au milieu des rc^q-cls intérieurs, et iï la porte du comble de ses désirs. 11 savait l'état tombant du roi , il savait ce qui le regardait après lui. Il était déjà consulté du dedans et recourtisé du deliors, parce que le goût du soleil levant avait déjà percé. Que de puissants motifs de regretter la vie ! (;t que la mort est amèrc dans des circonstances si j)arfaites et si à souliait de tous côtés! Toutefois il n'y parut pas. Soit amour de la réputation , (jiii lut toujours un objet au(picl il donna toute préférence, soit grandeur d'Ame (pii mépi'isc ciiliii ce ([u'cllc \\c pciil atteindre, soit dégoût (lu monde si continuellement IrompiMU' pom* lui, et de sa figure (pii passe cl (pii allait lui écliaj)per, soil ])iclé ranimée par un long usag(\ et ranimée peut-être par ces tristes mais puissantes considérations, il i)arut insensible à tout ce qu'il (piiltait, et unicpicment occupé de ce cpi'il allait trouver, avec une trancpiillilé, uficpaix, (pii n'excluait (pic le iroidjle, cl (pii cnd)rassait la pénitenc(», le détacbemenl, le soin mii(pie des clioses spiriluelles de son diocèsi; , cniin a\cc ime ronliance (jui ne faisait que surnager à l'inutilité cl à la crainte.
Dans cet étal il (''criNJi .m loi hik; lettre, sur le spirituel de son di(jccse, «pii ne disait j)as un mol
sur lui-iiiùinc , qui n'avail rien que de louchant et qui ne convint au lit de la mort à un grand évèque. La sienne, à moins de soixante-cinq ans, munie des sacrements de l'Église, au milieu des siens et de son clergé , put passer pour une grande leçon à ceux qui survivaient, et pour laisser de grandes espérances de celui qui était appelé. La consternation dans tous les Pays-Bas fut extrême. Il y avait apprivoisé jusqu'aux années ennemies, qui avaient autant et même plus de soin de conserver ses biens que les nôtres. Leurs généraux et la cour de Bruxelles se piquaient de le combler d'honnêtetés et des plus grandes marques de considération , et les protestants pour le moins autant que les catholiques. Les regrets lurent donc sincères et universels dans toute l'étendue des Pays-Bas. Ses amis, surtout son petit troupeau, tombèrent dans l'abîme do raflHclion la plus amère. A tout prendre , c'était un bel esprit et un grand homme. L'humanité rougit pour lui de 3Ime Guyon, dans l'admiration de laquelle, vraie ou feinte, il a toujours vécu , sans que ses mœurs aient jamais été le moins du monde soupçonnées ; et il est mort après en avoir été le martyr, sans qu'il ait été jamais possible de l'en séparer. Malgré la fausseté notoire de toutes ses prophéties, elle fut toujours le centie où tout aboutit dans ce petit tioupeau, et l'oracle siiisant lequel Fénelon vécut et conduisit les autres.
nno LOUIS xiv et sa coir.
Si je me suis un \)cu (Hendu sur ce personnage, la singuJ;n-ilé de ses talents, de sa vie, de ses di- \ci-ses fortunes , la ligure et le bruit qu'il a faits dans le monde, m'ont entraîné, persuadé aussi que je ne devais pas monis au feu duc de Beauvillier poui- lin ami cl un maître ({ui liù fut si cher, et pour monti'er que ce n'était pas merveille qu'il en fût aussi enchanté, lui qui avec sa candeur n'y vit jamais que la piété la |)lus sublime, et (pii n'y soupçonn.i pas même l'ambition. Tout était si exactement compassé chez M. de Cambrai (pi'il moui ut sans devoir un sou et sans nul ai'genl.