‹ Le cardinal RichelieuChapitre 19 sur 41 · l'eUl-lils du ijùiard de Ik'uri IV · texte numérisé non relu

l'eUl-lils du ijùiard de Ik'uri IV

-Jll LOUIS XIV

diessc naliirollo, qui se loiinia dopui:; vn aiidaco la plus cnVénéc ; beaucoup di' conuaissauce du monde, de la cour, des personnaiies successils, et sous une apparente incurie un soin et une adresse continuels à eu proliter en tout yeurc; surtout adiiiil'aMe courtisan , et qui sut tirer avantage jliscpie de ses plus grands vices, à l'alni du laiMe du loi pour sa naissance; i)oli i)ar art, mais avec un choix et une mesure avare; insolent à Tcxcès dès qu'il crut le pouvoir oser impunément, et en même tenq)S familier et populaire avec le comnuui, i)ar une afTectalion (pii voilait sa vanité et le Taisait ain.er du vulgaii-e; au lond, l'orgueil même, et lui orgueil qui voulait tout, (jui dévorait tout. A mesure que son l'ang s'él(>va et que sa laveur augnuMita, sa liauleur, son i)eu de ménagement, son opiniAlreté jus(pi'à renlètcnicnl, tout cela ciiil à proportion, juscju'à se l'eiulre inutile loule e^p^(•e d*avis, et se rcndi-c inaccessible ([u'à un nombic Irês-petit de lamilicis et à ses v<dets. I.a louange, puis Tadmiration , enfin l'adoration lurent h; canal unique |)ar lequel on pu! approcliei* c(; demi-dieu, qui soutenait des thèses ine[)les sans (pie personne 08ÛI, non pas contredire, mais ne pas approuver. Sa paresse était à im |)omt ipii ne se peut concevoir. Il a |»ensé être enlevé plus d'une Ibis poms'être opiniAtré dans un logement plus conunode, mais trop éloigné, et a liscpié les succès de ses

campagnes, donné même des avantages considérables à l'ennemi , pour ne se pouvoir résoudre à quitter un camp où il se trouvait logé à son aise. Il voyait peu à l'armée par lui-même , il s'en fiait à ses familiers que très-souvent encore il n'en croyait pas. Sa journée, dont il no pouvait troubler l'ordinaire, ne lui permettait guère de faire autrement. Sa saleté était extrême , il en tu*ait a anité; les sots le trouvaient un liomme simple. Il était plein de cliiens et de cbiennes dans son lit qui y faisaient leurs petits à ses côtés. Lui-même ne s'y contraignait de rien. Une de ses thèses était que tout le monde en usait de même , mais n'avait pas la bonne foi d'en convenir comme lui. 11 le soutint un jour à Mme la princesse de Conti, la plus propre personne du monde et la plus recherchée dans sa propreté.

Il se levait assez tard à l'armée, se mettait sur sa chaise percée, y faisait ses lettres, et y donnait ses ordres du matin. Qui avait à faire à lui, c'està-dire pour les officiers généraux et les gens distingués, c'était le temps de lui parler. Il avait accoutumé l'armée à cette infamie. Là, il déjeunait à fond, et souvent avec deux ou trois familiers, rendait d'autant, soit en mangeant, soit en écoutant ou en donnant ses ordres , et toujours force spectateurs debout; il faut passer ces honteux détails ])our le bien connaître. Il rendait Ijeaucouj); quand

iîin rons xiv

\o bassin riail ])\nu à ivpaiidro, on 1(^ lii'ail ol on \o passait sous le ne/ de lonlc la coini)aj:;nio pour raller vidci-, ci souvcnl [)lus d'une fois. Los jours de l)arl)o, le même ])assin dans lequel il venait de se soulap:er servait à lui l'aire la barbe. C'cMait une simplirité de monu's, selon lui, di<i;ne des premiers Romains, et cpii eondamnait tout le faste et le superlUi i\cs autres. Tout cela Uni, il s'iiabillait, jjuis jouait gros jeu au j)ifpiet ou à l'ombre , ou s'il fallait absolument monlei- h ebeval pour quelque chose, c'en était le Icinps. L'oi^lre donné au retour, tout rlail Uni clic/ lui. Il soupait avec ses familiers larjïcnicnl; il clail «-rand mangeui', d'une i^dui'mandise extraordinaire, ne se connaissait à aucun inels, aimait fort ]it ])oiss()n , et mieux le passé et souvent le puant (jue le bon. La table se prolonfjeait en tbèses, en (lis[)utes, et pai-dessus loni, lonan^'^es, élo;5^es, bonnnagcs toute la journée et de tontes pai'ts.

11 n'aurait pardonné le moindre blAme à personne. Il V(»ulait passer pour le pi'emici' eapilaine (le son siècle, et parlait indécemmenl du prince Knjrène et de tous les auti'es. La mnindic conlra- (liclion ei'it été un crime. Le soldai el le bas oflicier l'adoraient poui* sa familiaiilé avec en\, cl la licence rp.i'il toléi'ait pour s'en pi^Mier les c<ems, dont il se dé(lonnna;,'eail par une bauteur sans mesiin* avec tout ce (pii était élevé en ^nade ou en

naissance. Il traitait à peu près de môme ce qu'il y avait de plus grand en Italie, qui avait si souvent affaire à lui. C'est ce qui fit la fortune du fameux Albéroni.

Le duc de Parme eut à traiter avec M. de Vendôme; il lui envoya l'évèque de Parme, qui se trouva bien surpris d'être reçu par M. de Vendôme sur sa chaise percée , et plus encore de le voir se lever au milieu de la conférence et se torcher le cul devant lui. Il en fut si indigné que , toutefois sans mot dire, il s'en retourna à Parme sans finir ce qui l'avait amené, et déclara à son maître qu'il n'y retournerait de sa vie après ce qui lui était arrivé. Albéroni était lîls d'un jardinier, qui, se sei:tant de l'esprit, avait pris un petit collet pour, sous une figure d'abbé, aborder où son sarreau de toile eût été sans accès. Il était bouffon; il plut à M. de Parme comme un bas valet dont on s'amuse; on s'en amusant il lui trouva de l'esprit, et qu'il pouvait n'être pas incapable d'affaires. Il ne crut pas que la chaise percée de M. de Vendôme demandait un autre envoyé, il le chargea d'aller continuer cl finir ce que l'évoque de Parme avait laissé à achever.

Albéroni, qui n'avait point de morgue à g-ardei', et qui savait très-bien quel était Vendôme, résolut de lui plaire à quelque prix que ce fût, pour venir à bout de sa commission au gré de son maître et, s'avancer par là auprès de lui. Il ti'aita donc avec

M. (]o Vondnino sur sa chaise^ porcéo, éf^aya son alTaiir par des plaisanteries (pii firent d'autant mieux lire le j^énéral rpi'il l'avait préparé par force louan|j:es et Iioininajics. Vendnuie eu usa avec lui roiume il «avait fait av(M' l'évéque : il se toieha le eul (leNant lui. A celte vue Alhéroni s'éeric» : « O culo d'ajujclo I » et courut le baiser. Rien n'avança plus ses alla ires (pie cette iulVinie bouflbnncrie.

Vendùuje, qui Huit par mourir dans la disgrâce cl dans l'oubli, fut reçu à la cour connue un béros, après sa campagne d'Italie. Il arriva droit à Marly où nous étions, le 12 février. Ce fut une rumeui' épouvantable; les galopins, les porfeui's de cbaiscs, tous les valets de la cour quittèi'cnt tout pour environner sa cbaisc de poste. A peine monté dans sa cbandiie, tout y courut. Les princes du sang, si i>i(piés de sa préférence sur eux à servir, et de bien d'îmtrcs cboses, y arrivèrent tous les premins. Ou peut juger si les (]ni\ bâtards s'n lirent attendre, i^es niiuisli'es accouruicut , el Icllcment tfmt le courtisan, (pi'il ne l'esl.i dans le s.'d(»n que 1rs dames. M. de llcauvillier était à Vaucresson ; (.'t pour moi, je demeur.ii speel.iicm', el n'allai point adorer l'idole.

Le roi, Monseigneur, renvoyèrcnl < In iclirr. Dès rpTil put ètn* babillé parmi cette foule, il ;di.i .ni Sillon, porté par elle plutôt (pi'euNirouué. (le n'est point trop dire «pie tout disparut devjmt lui, prin-

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ces du sang, ministres elles plus grands seigneurs, ou ne parut que pour le faire éclater bien loin au-dessus d'eux, et que le roi ne sembla demeurer roi que pour l'élever davantage.

Le peuple s'y joignit à Versailles et à Paris, où il voulut jouir d'un entbousiasme si étrange, sous prétexte d'aller à l'Opéra. Il y fut couru par les rues avec des acclamations; il fut afficbé; tout fut retenu à l'Opéra d'avance; on s'y étouffait partout, et les places y furent doublées comme aux premières représentations.

Villars.

C'était un assez grand bomme, brun, bien fait, devenu gros en vieillissant, sans en être appesanti, avec une pbysionomie vive, ouverte, sortante et véritablement un peu folle, à quoi la contenance et les gestes répondaient. Une and)ition démesurée qui ne s'arrêtait pas pour les moyens; une grande opinion de soi, qu'il n'a jamais guère comnuuiiquée qu'au roi; une galanterie dont l'écorce élail toujours romanesque; grande bassesse et gi'ande souplesse auprès de qui le pomait servir, étant lui-même incapable d'aimer ni de servir personne, ni d'aucune sorte de reconnaissance. Une valeur brillante, une grande activité, une audace sans pareille, une effronterie qui soutenait tout et ne s'arrêtait pour rien, avec une fanfaronnerie poussée

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iiiix (l(M*nirrs oxcis c\ (|ni ik' !(* (|iilll.iil janmis. Assoz (ros})rit pour iinpostT aux sots par sa propio coulianro; de la racilito à parler, mais avec uuc abondance et une continuité d'autant plus rel)utante, (pie c'était toujours avec l'art de i'(»venir à soi, de se vanter, de se louei-, d'aNoir tout prévu, tout conseillé, tout lait, sans jamais, tant (pi'il put, en laisser de part à personne. Sous une magiiilicence de gascon, une avarice extrême, une avidité de liarpie, (pii lui a valu des monts d'or pillés à la guerre, el ipiaiid il \int à la tète des armées, ])illés li;nil à la main el en faisant lui-même des plaisanteries, sans pudeur d'y employer des délacliemenis e\I)rès, el d(! dii'iiiei' k cette (in les mouvemenis de son armée. Incapjd)le d'aucun détail de subsistances, de coiiNdi, de Courra^»', de marclie, (pi'il abandonnait à (pii de ses olïiciers généraux en voulail i)i(Mi(lr(' l;i peine, mais s'en doimant Ionjours riiniimiir. Sou ;idress(; consislait h l'aii'c valoir les moindres choses et tous les hasards. Les com|»rmients sup|)léaieul (lie/ lui à lont. ïM.iis il n'en fallait rien alleiidic de plus solide. Lui-mém(^ n'était rien moins. Toujours occupé de futilités cpiarid il n'en était pas ai'i'aebé par la nécessilé inuninenle des alTaires. C'était mi répertoire de romans, de comédies et d'opéras dont il citait à tout pn)f)os des bribes, même ;iu\ coulV-icuces les plus sérieu.sc's. 11 ne bou;.;ea l.uit (pril put (\r> s|)ecla( les

avec une iiKÎécencc de filles de ces lieux et du coiumerce de leur vie et de leurs galants, qu'il jioussa publiquement jusqu'à sa dernière vieillesse, déshonorée publiquement par ses honteux proi)Os.

Son ignorance, et, s'il en faut dire le mot, son ineptie en affaires était inconcevable dans un homme qui y fut si grandement et si longtemps employé; il s'égarait et ne se retrouvait plus; la conception manquait, il y disait tout le contraire de ce qu'on voyait qu'il voulait dire. J'en suis demeuré souvent dans le plus profond étonnement, et obligé à le i-emettre ou parler pour lui plusieurs fois, dejjuis que je fus avec lui dans les affaires pendant la régence; aucune, tant qu'il lui était possible, ne le détournait du jeu, qu'il aimait, parce qu'il y avait toujours été heureux, et y avait gagné très-gros, ni des spectacles. Il n'était occupé que de se maintenir en autorité et laisser faire tout ce qu'il am-ait dû faire ou voir lui-même. Un tel homme n'était guère aimable, aussi n'eut-il jamais ni amis ni créatures, et jamais honune ne séjourna dans de si grands emplois avec moins de cousidéi'ation.

Le nom qu'un infatigable bonheur lui a acquis pour des tenq»s à venir m'a souvent dégoûté de l'histoire, et j'ai trouvé une infinité de gens dans cette même réfiexion. Les siens ont eu l'imprudence de laisser paraître fort UA après lui des 3[émoires qu'on ne peut méconnaître de lui ; il n\ a

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(jirà voir sa h'Wvc ;in roi sur sa balaillo de Fi'iodlinjiuc. Tu ivt'il courus, eiuljarrassé, jual ôcril, sans cxactiludc, saus pi'i'cisiou, oxpressruuMit conlus, M)ile tant qu'il i)OUt le désordre qui pcusa perdre sou inlaulerie, et son ignorance de ce (jue lit sa cavaleri(\ ue peint ni la situation, ni les mouvements, ni l'action, encore moins ce (]ui en lit l;i décision et la lin, et ses louanges générali^s et universelles, (pii ne loueiil personne en ne marquant rien de particulier de personne, données au besoin (pTil se sentail de tous, n'en peuvent llatter aucun. Ses Mémoires ont la même confusion, et s'ils ont j)ius de détails, c'est poui* faii-e i)lus de mensong;es, dont il se donne sans cesse pour le liéros.

Parmi tant et de tels défauts, il ne serait pas juste (\r lui nier des ])arties. Il en av;iit de ca|)itaine. Ses projets étaient liardis, \astes, presque toujours bons, et nul aulie itliis propre ù l'exécution el ;iux divers maniements des troiqjcs, de loin poui' cacliei' son dessein et les faire aniNcr juste, de près pour se poster el altarpier. J.e coup d'ceil, (pioiipie bon, n'avait pas toujours une é^ale justesse, et dans l'action la tète était nette, mais sujette à trop d'aitU'iïVy el par là même à s'embarrasser. I/inconvénienl de ses ordres était extrême, pres(|ue jamais par écrit, pres(pie toujours values, j;énérau\, 'l, .sous prélcxlc d'estime el de eonliante, avec des

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propos ampoulés, se réservant toujours des moyeus de s'attribuer tout le succès, et de jeter les mauvais sur les exécuteurs.

Parvenu au suprême honneur militaire, il craignait d'en abuser à son malheur; il en voyait des exemples. Il voulut conserver la verdeur des lauriers qu'il avait dérobés par la main de la fortune, et se réserver ainsi l'opinion de faire la ressource des malheurs, ou des fautes des autres généraux. Les intrigues ne lui étaient pas inconnues ; il savait l)rendre le roi par l'adoration, et se conserver Mme de 3Iain tenon, par un abandon à ses volontés, sans réserve et sans répugnance ; il sut se servir du cabinet dont elle lui avait ouvert la porte ; il y ménagea les valets les plus accrédités ; hardiesse auprès du roi, souplesse et bassesse avec cet intérieur, adresse avec les ministres; et porté par ChamiUart, dévoué à Mme de Maintenon, cette conduite suivie en présence, et suppléée par lettres, il se la crut l)lus utile que les hasards des événements de la guerre, comme aussi plus sûre. Il osa dès lors prétendre aux plus grands honneurs où les souterrains conduisent mieux qu'un autre chemin, quand on est arrivé à persuader les distiibuteurs (ju'on en est susceptible. Je ne puis mieux linir ce trop long portrait, où je crois pourtant n'avoir rien dit crimitile, et dans le(piel j'ai scrupuleusement resliecté le joug de la >érité; je ne puis, dis-je, l'a-

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chc'vor mieux que p;ii' tel apoplilliej^ine de la mère (le Villais, (jiii, clans réclat de sa nouvelle forluiie, lui disait toujours: ««Mon iils, parlez toujours de vous au roi, et n'en parle/ jamais à d'autres. « Il pi-olita utilement de la [iiemière partie de cette ;^rande leçon, mais non pas de l'autre, et il ne cessa jamais d'étourdir et de fatiguer tout le monde de soi.

LouVois.

La jiuerrc de 1688 eut une étrange origine, dont l'anecdote, également certiùne et curieuse, est si pro|)re à caractériseï' le roi el Louvois son ministre (|u'elle doit tenir place ici. Lousois, à la mort de Colljert, avait eu sa surintendance des hàlimenls. Le pelit Trianon de porcelaine, fait autrefois pour Mme d«' Monlespan , ennuNait le l'oi , (pii voulait partout «les palais. 11 s'anmsait fort uses bâtiments. H avait aussi le compas dans l'œil pour la justesse, les proportions, la symétrie, mais le goût ii'n répondail pas. Lecliùteau ne laisail presipie (pie sortir de terre, lors(pie le roi >'ap('rcnt d'im défaiil à une croisée (pii s'adiesait de foi'mii" , dans la longueur du rez-de-cliaussce. Louvois, ({ni naliin'Ilemenl élait brutal, et de j)lns gâlé jnscpi'à souilrir difficilement d'être repris par son niaitre, clihpiila fort et leiine, et maintint (|nr la croisée était liien. Le roi tourna le dos, et s'alla proiinni i ailleurs d.ins le iMlinienl.

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Le lendemain il trouve Le Nôtre, bon architecte, mais fameux par le goût des jardins qu'il a commencé à introduire en France, et dont il a porté la perfection au plus haut point. Le roi lui demanda s'il avait été à Trianon. 11 répondit que non. Le roi lui expliqua ce qui l'avait choqué, et lui dit d'y aller. Le lendemain même question, même réponse; le jour d'après autant. Le roi vit bien qu'il n'osait s'exposer à trouver qu'il eût tort, ou à blâmer Louvois. Il se fâcha, et lui ordonna de se trouver le lendemain à Trianon lorsqu'il y irait, et où il ferait trouver Louvois aussi. Il n'y eut plus mo\en de reculer.

Le roi les trouva le lendemain tous deux à Trianon. Il fut d'abord question de la fenêtre. Louvois disputa, Le Nôtre ne disait mot. Enlin le roi lui ordonna d'aligner, de mesurer, et de dire après ce qu'il aurait trouvé. Tandis qu'il y travaillait , Louvois, en furie de cette vérification, grondait tout haut, et soutenait avec aigreur que cette fenêtre était en tout pareille aux autres. Le roi se taisait et attendait, mais il souffrait. Quand tout fut bien examiné, il demanda à Le Nôtre ce qui en était; et Le Nôtre à bal])utier. Le roi se mit en colère , et lui commanda de parler net. Alors Le Nôtre avoua quf' le roi avait raison, et dit ce qu'il avait trouvé de défaut. Il n'eut pas plutôt achevé que le roi, se touinanl à Louvois, lui dit (fu'on ne pousail tenir

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à srs oi)iniàtrelc's, ((iio sans la sienne à lui, on aurait bi\li de li'avers. et (ju'il aurait lallulout abattre aussitôt (jue le bAtirneiit aurait été aeljevé. En un mot, il lui lava l'ortenient la tôle.

Louvois, outré de la sortie, et de ce que courtisans, ouvriers et valets en avaient été témoins, arrive chez lui l'ui'ieux. Il y trouva Saint-Pouan;4(' , Villaeei-r, le elievalier de Notent, les deux Tilladet et (juelques autres féaux intimes, qui furent bien alarmés de le voir en cet état. « C'en est fait, leur dit-il, je suis perdu avec le roi, à la façon dont il \irnt de me traiter pour une fenêtre. Je n'ai de ressource (ju'une ^ueire (|ui le détourne de ses bâtiments et (pii me icnde nécessaire, et par.... il l'aura. « Kn cllct, peu tic mois ajii'ès il lin! parole, et mal'rré le roi et les autres i)uissances il la rendit générale. Elle iiiina la France au dedans, ne i'élendit [)oint an dcliors, malgré l;i pros})érité de ses ainies, et |>roduisit au contraire des événements honteux.

La fenêtre de Trianon a montre un éclianlillon de riinmeur de Louvois; à c(!tte bumcur (jn'il ne pouvait contraindre se joif^^nail im aident désii de la f;randeur et (\r la prospéi-lté du roi et de sa gloire, (jui était Ir londemenl et la plus assurée I>n)lcclion de sa piopre fortune, cl d(! son éiioinK* autorité, fi avait ga^'ué la ronliancj; d\i roi a tel point «luil eut la conlidcnce de l'étrange rcsoluli'ju

d'épouser Mme de Maiiitenon, et d'être l'un des deux témoins de la célébration de cet affreux mariage. Il eut aussi le courage de s'en montrer digne en représentant au roi quelle serait l'ignominie de le déclarer jamais , et tirer de lui sa parole royale qu'il ne le déclarerait en aucun temps de sa vie , et de faire donner en sa présence la même parole à Harlay , archevêque de Paris , qui, pour suppléer aux bans et aux formes ordinaires, devait aussi comme diocésain être présent à la célébration.

Plusieurs années après, Louvois, qui était toujours bien informé de l'intérieur le plus intime, et qui n'épargnait rien pour l'être fidèlement et prouq)temenl , sut les manèges de Mme de Maintenon pour se faire déclarer, que le roi avait eu la fail)lesse de le lui promettre , et que la chose allait éclater. Il mande à Versailles l'archevêque de Pjiris, et, au sortir de dîner, prend des papiers et s'en va chez le roi, et, connue il faisait toujours, entre droit dans les cabinets. Le roi, qui ahait se promener, sortait de sa chaise percée, et raccommodait encore ses chausses. Voyant Louvois à heure qu'il ne l'attendait pas, il lui demande ce qui l'amène. «« Quelque chose de pressé et d'import.mt, » lui répondit Louvois d'un air triste qui élomia le roi, et qui l'engagea à commander à ce (|ui était loujoui's là de \alets intérieurs de sortir. Ils sortirent en ell'cl; mais ils laissèrent le^- portes

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