C. I ■ I- . , , (i(\(iiii (iiK (rorlcaiis a la niorl de son
P^rc \1 , sou.-) la niiiioiilc du Louis XV,
sang- (le même trempe , à commencer par le grand Condc , devenu la frayeur et la bassesse môme , jus({ue devant les ministres , depuis son retour à la paix des Pyrénées; M. le Prince son fils, le plus vil et le plus prostitué de tous les courtisans , M. le Duc , avec un courage plus élevé , mais farouche , féroce , par cela môme le plus hors de mesure de pouvoir se faire craindre, et avec ce caractère, aussi timide que pas un des siens, à l'égard du roi et du gouvernement ; des deux princes de Conti si aimal)les, l'aîné mort sitôt, l'autre avec tout son esprit, sa valeur, ses grâces, son savoir, le cri public en sa faveur jusqu'au milieu de la cour, mourant de peur, et de tout accablé sous la haine du roi, dont les dégoûts lui coulèrent enfin la vie.
Les plus grands seigneurs lassés et ruinés des longs trou])les, et assujettis par nécessité. Leurs • successeurs séparés, désunis, livrés à l'ignorance, au- frivole , aux plaisirs , aux folles dépenses , et pour ceux qui pensaient le moins mal, à la fortune, et dès lors à la servitude et à l'unique aml)ilion de la cour. Des parlements su])jugués à coups redouljlés, appauvris, peu à peu l'ancienne magistrature éteinte avec la doctrine et la sévérité des mœurs , farcis en la place d'enfants de gens d'affaires, de sots du bel air, ou d'ignorants pédants, avares, usuriers, aimant le sac, souvent vendeurs de la justice, et de quch^ues chefs glo-
rioux iii>(|iùi l'insolence, d'iiilleurs \i(les de toul. Nul tor|)s ensemble, et par laps de temps, i)resqnc pei-sonne qnl osât niùme à i)art soi avoir aucun dessein, beaucou}) moins s'en ouvrir à qui que ce soit. Kniin jusqu'à la division des familles les plus proches parmi les considérables, l'entière méconnaissiince des parents el des parentes, si ce n'est à porter les deuils les plus éloignés, peu à peu tous les devoirs absorbés par un seul que la nécessité lit, (jui l'ut de craindre et de lâcher à idaire. De là celte intérieure tramiuillilé jamais troublée que par la folie momentanée du cbevaliei' de Rohan', IVèie du père de M. de Soubise, (pii la paya incontinent de sii tète, et })ar ce mouvement des fanali(iues des Cévennes ' (pii in(iuiéta plus (lu'il ne valut, dura peu, et tut sans aucune suite, (juoiipie arrivé en pleine et fâcheuse puerre conln; toute l'Europe.
De là ceU(î autoi'ilé sans bornes (]iii piil tout ce (pi'elle vouhil , el (]ui Iroj) souvcut voulut tout ce (pi'elit; put, et (|iii ne iKuna jamais la plus lef;ère n'*sislancc, si nu exeeple des apparences |»lulnl (|ue des réalités sur des matières de Home, et eu deinier lieu sur la constitution. C'est là ce (jui s'appelJc vivre el ré;:uei-. Il laiil convenir eu même
1. Uminh- lîijiiiii , complicf; tic i.alrcauiuunl, cxcculé i la lîas- Ullc en 16: 1
2. l4i Riicriu tJ«;!» O^vciirn-s, conséquence de la révocation de r^dil de >juiU:s, dura de 1080 a i:<U.
temps qu'en glissant sur la conduite du cabinet et des armées, jamais prince ne posséda l'art de régner à un si haut point. L'ancienne cour de la reine sa mère, qui excellait à la savoir tenir, lui avait imprimé une politesse distinguée , une gravité jusque dans l'air de galanterie , une dignité , une majesté partout qu'il sut maintenir toute sa vie , et lors même que vers sa fin il abandonna la cour à ses propres débris.
Mais cette dignité , il ne la voulait que pour lui , et que par rapport à lui ; et celle-là môme relative, il la sapa presque toute pour mieux achever de ruiner toute autre, et de la mettre peu à peu, comme il fit , à l'unisson , en retranchant tant qu'il put toutes les cérémonies et les distinctions , dont il ne retint que l'ombre, et certaines trop marquées pour les détruire , en semant même dans celles-là des zizanies qui les rendaient en partie à charge et en partie ridicules. Cette conduite lui servit encore à séparer, à diviser, à affermir la dépendance en la muUipliant par des occasions sans nombre, et très-intéressantes, qui, sans cette adresse, seraient demeurées dans les règles, et sans produire de disputes, et de recours à lui. Sa maxime encore n'était que de les prévenir, hors des choses bien marquées , et de ne les point juger ; il s'en savait bien garder pour ne pas diminuer ces occasions qu'il
:\o Loris \iv
|)(Mir h's provinces : loiil \ dcNiiil sous lui lilipoux «'t m usurpations, cl par là il en lira l(*s iucur's avantages.
Pi'u à [U'U il réduisil loul le monde à servir el à g:rossir sa eour, een\-là même dont il laisail le moins de ras. Ui'i ^'l^dl d'à^e à servir n'osait dillérer d'enlrer dans le sei'Nice. Ce l'ut eneore une autre adresse pour ruiner les seigneurs, et les accoutumer à régalilé, et à rouler pèle -môle avec tout le monde.
Celte invention l'ut du(^ à lui et à Louvois, qui voulait ré«:ner aussi sur toute seigneurie, et la rendre dépendante de lui , en sorte que les p:ens nés |>our commander aux autres demeurèrent dans les idées el ne se trouvèrent jjIus dans aucune réalité.
Sous prétexte que tout service nnlilaiie esl honorable, cl (pi'il es! laisonnable d'apprendre à obéir av.'uil (pic (U' (oimuander, il assujellil loul, s(uis autre exceptinn (pic des seuls jjrinces du sauf?, à iléJMilcr par être cadets dans ses ganhîs du corps, cl à faire loul le même sci\icc des sinqdes gardes du corps, dans les salles des gardes, et dehors, hiver cl élé, cl à l'arméi'. Il changea dej)uis cette prétendue école en celle des mous(pictaires, (juand la fanlaisie ih* ce corps hu prit , école (pii ir(''lail pas phis réelle (pie Tautre, cl où, connue dans la première, il n'y avait dans la véi-ité rien du loul à ipprcndi-c (pi'â se gâter et à perdre du temps;
mais aussi on s'y ployait par force à y cire coiifoiidii avec toutes sortes de gens et de toutes les espèces, et c'était là tout ce que le roi prétendait en effet (Je ce noviciat , où il fallait demeurer une année entière dans la plus exacte régularité de tout cet inutile et pédantesque service, après laquelle il fallait essuyer encore une seconde école , laquelle au moins en pouvait être une. C'était une compagnie de cavalerie pour ceux qui voulaient servir dans la cavalerie , et pour ceux qui se destinaient à l'infanterie, une lieutenance dans le régiment du roi, duquel le roi se mêlait immédiatement, comme un colonel, et qu'il avait exprès fort distingué de tous les autres.
Au moyen de cette règle , excepté des occasions rares et singulières, connue d'action distingiiée, de porter une grande nouvelle de guerre, etc., il fut établi que quel qu'on put être, tout ce qui servait demeurait, quant au service et aux grades, dans une égalité entière.
Cela rendit l'avancement ou le retardement d'avoir im régiment bien plus sensiljle, parce que de là dépendait tout le reste des autres avancements (pii ne se firent plus que par promotions suivant l'ancienneté , ce qu'on appela V ordre du tableau : do là tous les seigneurs dans la foule de tous les officiers de toute espèce; de là cette coufusion que le roi désirait; de là peu à peu cet oubli de tous et
32 LOriS XIV
dans Idus, ilo tonic (litlV'nMUv porsonnollo ot d'oriii'\m\ \n)uv lu' plus exister que dans eet élal de ser\iee niilitaiie devenu populaire, tout entier sous la main du roi, l)eaueoup plus sous celle de son ministre, et même de ses eommis, lequel ministre avait des occasions continuelles de préférer el de mortitier ipii il voulait, dans le courant, et qui ne mampiait pas d'en préparer avec adresse les moyens d'avancer ses protégés, malgré l'ordre du tableau, et d'en reculer d(^ même C(Uix que hou lui senihlail.
Si d'cmuM , de dé[)it, ou par quelcpie dégoût on (piitlail le ser\iee, la disgrâce était certaine; c'était merveille si après des années redoublées de rebuts on parvenait à revenir sur l'eau. A l'égard ric ce qui n'était point de l.i cour, et môme du conuuun, outre (pie le roi y tenait I'omI lui-même, le ministre de la i^iiciie en Taisait son étude paiiicuiièrc , el de cciix-lii , (pii (piillait, était assuré lui cl sa l'amilhî d'essuyer dans sa province ou dans sa ville toutes les morliliealions, et souvent les persécutions dont oFi pouvait s'jiviser, doiil on reudait les iiitondanls des provinces responsables, et (pii Irès-ordinairemenl iidluaienl sur les terres et sur les biens.
(«rands et petits, coimus et obscurs, lurent donc forcés d'entrer et de persévérer dans le service, d'y ('\ro tm vil peuple en toute é;:alilé, el dans la plus
soumise dépendance du ministre de la guerre , et même de ses commis.
La cour fut un autre manège de la politique du despotisme. On vient de voir colle qui divisa, qui humilia, qui confondit les plus grands, celle qui éleva les ministres au-dessus de tous, en autorité et en puissance par-dessus les princes du sang, en grandeur môme par-dessus les gens de la première qualité, après avoir totalement cliaugé leur état. Il faut montrer les progrès en tout genre de la même conduite dressée sur le môme point de vue.
Plusieurs choses contrihuèrent à tirer i)our toujours la cour hors de Paris, et la tenir sans interruption à la campagne. Les trouhles de la minorité, dont cette vUle fut le grand théâtre, avaient imprimé au roi de l'aversion pour elle , et la persuasion encore que son séjour y était dangereux, et que la résidence de la cour ailleurs rendrait à Paris les cahales moins aisées par la distance des Heux, quelque peu éloignés qu'ils fussent, et en môme temps plus difficiles ù cacher par les ahsences si aisées à remarquer. Il ne pouvait pardonner à Paris sa sortie fugitive de cette ville la veille des Uois, ni de l'avoir rendue , malgré lui, témoin de ses larmes, à la première retraite de Mme de La Vallière. L'emharras des maîtresses, et le danger de pousser de grands scandales au milieu d'une capitiile si mcuhléc, et si remplie de tant de différeuts 34 e
3i LOUIS \IV
rsprils, n'eut pas pcui (le part à l'en éloi^noi'. 11 s'v lioiiNail importuné de la loule du peuple à chaciue lois (ju'il sortait, (pTil rentrait, (pTil i)araissait dans hs rues; 11 ne l'était pas moins d'une autre sorte de toute de i;ens de la ville, et qui n'était pas pour l'aller chercher assidûment plus loin. Des impiiétudes aussi, qui ne furent pas ])lutôl aperçues que les plus familiers de ceux ([ui étaicMit connuis à sa f;arde, le vieux ÎS^oailles, M. de Lauzuu, et ([uehpies suhalternes, firent leur cour de leur vi;^ilanee, et furent accusés de multiplier e\l)rès de faux avis qu'ils se faisaient donner, pour avoir occasion de se faire valoir et d'avoir ])lus souvent des particuliers avec le roi; le goût de la promenade et de la chasse, hien plus conunodes à la canq)ajjfn(î (juà Paris, éloigné des forêts et stérile en lieux de iiioiuenades; celui des bâtiments (jui \iiit après, et (pii, i)eu à peu toujours croissant, ne lui en permettait pas l'amusement dans une ville où il n'aurait |)U é\iler d'y être continuellement en spectacle; euliii l'idée de se rendre plus vénérable en se déiobanl aux yeux de la multitude, et à l'habitude d'en élie vu Ions les jouis, toutes CCS considérations lixèrent ht loi à Sainl-Cermuin bienlôl après la nioit de la reine sa mère.
U's fêtes fréciuenles , les [iromenades parliculièn*s à Versailles, les voyages fui-ent des moyens (juc le roi saisit pour distini^uer cl i»our moiLilier
en nommant les pei'sonnes qui à chaque fois en devaient être, et pour tenir cliacun assidu et attentif à lui plaire. 11 sentait qu'il n'avait pas à beaucoup près assez de grâces à répandre pour faire un effet continuel. Il en substitua donc aux véritables d'idéales , par la jalousie , les petites préférences qui se trouvaient tous les jours, et pour ainsi dire, à tous moments , par son art à éveiller les espérances que ces petites préférences et ces distinctions faisaient naître, et par la considération qui s'en tirait; personne ne fut plus ingénieux que lui à inventer sans cesse ces sortes de choses. Marly, dans la suite, lui fut en cela d'un plus grand usage, et Trianon où tout le monde, à la vérité, pouvait lui aller faire sa cour, mais où les dames avaient riionneur de manger avec lui, et où à chaque repas elles étaient choisies; le bougeoir qu'il faisait tenir tous les soirs à son coucher par un courtisan qu'il voulait distinguer, et toujours entre les plus qualifiés de ceux qui s'y trouvaient, qu'il nonunait tout haut au sortir de sa prière.
Quoique le lieu où il se déshabillait fût fort éclairé , l'aumônier de jour, qui tenait , à sa prière du soir, un bougeoir allumé, le rendait après au premier valet de chambre , qui le portait devant le roi venant à son fauteuil. Il jetait un coup d'œil tout autour, et nommait tout haut un de ceux qui y étaient, à qui le premier valet de chambre donnait
le boiigooii-. (Vi'lait inir dislinction ot une faveur (jui se coniplail, tant le i-oi avait l'art de donner l'i^fre à des riens. Il ne le donnait qu'à ce qui était 1.1 de i)lus distingué en diiiuité et en naissance, cxlréinenienl rarement à des gens moindres, en qui IWge et les emplois sui)i)léaient. Souvent il me le donnait, rarement à des and)assadeurs, si ce n'est au nonce, et dans les derniers temps à l'ambassadeur d'Espa^^nie. On (Mail son gant, on s'avançait, on tenait ce bougeoir pendant le coucber, qui était fort courl , puis on le rendait au i)remicr valet de cband)re, (pii, à son clioix , le rendait à (piel([u'uii du petit coucber.
Le justaucoips à brevet fut une autre de ces inventions. 11 était bleu doublé de rouge avec les parements et la veste rouge, brodé d'un dessin magnifîcpie or et un peu d'argent, particulier à ces bal)its. Il n'y en asait (pi'un nond)re, dont le roi, fax famille et les princes du sang étaient, mais ceux-ci, connue; b; reste; des courtisans , n'eu avaient qu'à mesure (ju'il eu vaquait. Les plus distingués de la cour par eux-mêmes ou par la faveur les demandaient au toi, el c'élait une grâce (pie d'en obtenir. Le secrétaire d'état avaul la maison (lu roi en son dé|iarlemenl eu expédiait un bre\et, el nul d'eux n'él;ut à portée; d'en avoir. Ils furent imaginés pour ceux, eu très-petil nondire, epii J avaient la lilM.Tlé de suivre lo roi aux promenades
de Sainl-Gcniiain à Versailles sans être nommés , et depuis que cela cessa , ces habits ont cessé aussi de donner aucun privilège, excepte celui d*ctre portés quoiqu'on fut en deuil de cour ou de famille, pourvu que le deuil ne fût pas grand où qu'il fut sur ses fins, et dans le temps encore où il était défendu de porter de l'or et de l'argent. Je ne l'ai jamais vu porter au roi, à Monseigneur ni à Monsieur; mais très-souvent aux trois fils de Monseigneur et à tous les autres princes; et jusqu'à la mort du roi, dès qu'il en vaquait un, c'était à qui l'aurait entre les gens de la cour les plus considérables, et si un jeune seigneur l'obtenait c'était une grande distinction. Les différentes adresses de cette nature qui se succédèrent les unes aux autres, à mesure que le roi avança en âge , et que les fêtes changeaient ou diminuaient, et les attentions qu'il marquait pour avoir toujours une cour nombreuse, on ne finirait point à les expliquer.
Non -seulement il était sensible à la présence continuelle de ce qu'il y avait de distingué, mais il l'était aussi aux étages inférieurs. Il regardait à droite et à gauche à son lever, à son coucher, à ses repas , en passant dans les appartements , dans les jardins de VcrsaiUes, où seulement les courtisans avaient la liberté de le suivre; il voyait et remarquait tout le monde, aucun ne lui écbappail, juscpi'à ceux qui n'espéraient pas môme éh'c vus.
38 LOns MV
Il (lisliiij;iiail tivs-hicii vu hii-iiirinc les ahscnci's de ceux (jiii iMaiciil toujours à la cour, celles des passa'xers qui y venaieul plus ou moins souvent, les causes générales ou particulières de ces absences; il les combinait, cl ne perdait pas la plus léj;ère occasion d'a^ii* à leur éiiard en consécpience. C'était un démérite aux uns, et à tout ce qu'il y avait de distin;;ué, de ne l'aire pas de la cour son séjour ordinaire, aux autres d'y venir rarement, et une disj^^ràce sùic pour (pii ii'\ venait jamais, ou comme jamais. Ouand il s'agissait de quehpie chose [umv eux : «* Je ne le connais point, » répondail-il lièrement. Sur vvu\ qui se présentaient rarement : «« Coi nu homme (pie je ne vois jamais; » et ces arréls-là étaient irrévocables. C'était un autre (rime de n'aller point à Fontainebleau, qu'il rciiardail eouuuc Vcisailles, et pour cerlainiîs gens de ne demander pas poui* Maily, les uns toujours, les antres souvent, cpioiciue sans dessein de les y menei*; nuiis si on était sur le pied d'y aller toujours, il lallail une excuse valable j)()Ui' s'en dispenser, bonuues et léiumes de nièuie, Surlonl il ne pou\ait soulbii* les gens (jui se plaisaient à Pans. 11 snpjiorlait assez aisément ceux qui ainiaii-nt liMir (;unpaj;ne, eue oie \ jallail-il ètie mesuré ou avoir pris ses précautions avant d'y ;iller pass^T un temps un peu long.
Cela ne se bornait pas aux personnes en cliaige,
ET SA COUK. 31)
OU raniilièrcs, ou bien traitées, ni à celles que leur âge ou leur représentation marquait plus que les autres. La destination seule suffisait dans les gens habitués à la cour.
Louis XIV s'étudiait avec grand soin à être bien informé de ce qui se passait partout, dans les lieux publics, dans les maisons particulières, dans le connnerce du monde, dans le secret des familles et des liaisons. Les espions et les rapporteurs étaient infinis. Il en avait de toute espèce : plusieurs qui ignoraient que leurs délations allassent jusqu'à lui, d'autres qui le savaient, quelques-uns qui lui écrivaient directement en faisant rendre leurs lettres par les voies qu'il leur avait prescrites, et ces lettres-là n'étaient vues que de lui , et toujours avant toute autre chose ; quelques autres enfin qui lui pariaient quelquefois secrètement dans ses cabinets, par les derrières. Ces voies inconnues rompirent le cou à une infinité de gens de tous états, sans qu'ils en aient jamais pu découvrir la cause, souvent très-injustement, et le roi une fois prévenu ne revenait jamais, ou si rarement que c'était presque sans exemple.
Il avait encore un défaut bien dangereux pour les autres , et souvent pour lui-même par la privation de bons sujets. C'est qu'encore qu'il eût la mémoire excellente et pour reconnaître un bonnne du commun qu'il avait vu une fois, au l)Out de
40 LOIIS MV
viii«il ans, cl pour les cliosos (lu'il avait sues , el (|u'il ne eonlo'ndail poinl , il n'était pourtant p;is possible qu'il se souvînt de tout, au nombre inlini de ce ([ui elKupie jour venait à sa connaissance. S'il lui était reveini (pielque chose de quehfu'un (pi'il eût oublié de la sorte, il hii restait imprimé (pi'il y avait (piebjue chose conti*e lui, et c'en était assez pour l'exclure;. Il ne cédait point aux représentations d'un ministre, d'un général, de son confesseur même, suivant l'espèce de chose ou de gens dont il s'ai;iss;»il. Il réi)ondait qu'il ne savait plus ce (lui lui en ('lait rcNciiu, mais qu'il était plus sûr d'en pivndie un autre dont il ne lui iVit rien revenu du (oui.
Ce fut à sa cuiiosité (|ue les dangereuses fonclions du liculenaiil de i)olice furent redevables de leur établissement. Klle allèrent depuis toujours croissant. Ces ofliciers onl tous été sous lui plus craints, plus mén.iLiés , aussi considéi'és (pie les ministres, juscpie par les ministres mêmes, el il n*y avait personne en France, sans excepter les princes du san;: , cpii n'eût intéi'ôt de les ménager, ■ el (pli ne le fil. Outie les i-a|)ports sérieux qui lui ■ revenaieni par eux, il se divertissait d'en appicnilre toutes les galanteries et toutes les sottises (h; Paris. Ponlchartrain (\u'\ a\;iit Pai'is el la cour dans son département, lui liii^.iil lellemenl sa eom- |iai" ' celle voie indigne, dont son pèie était outré,
qu'elle le soutint souvent auprès du roi, et de l'a- \^u du roi même, contre de rudes atteintes auxquelles sans cela il aurait succombe, et on l'a su plus d'une fois par Mme de Maintcnon, par Mme la duchesse de Bourgogne , par M. le comte de Toulouse, et par les valets intérieurs.
Mme la duchesse de Bourgogne s'était acquis une telle familiarité avec le roi et avec Mme de Maintcnon, que tout en lem^ présence elle furetait leurs papiers, les lisait, et ouvrait jusqu'à leurs lettres. Cela s'était tourné en badinage et en habitude. Un jonr, étant chez Mme de Maintcnon , et le roi n'y étant pas, elle se mit à paperasser sur un bureau, debout et à quelques pas d'où Mme de 3Iaintenon était assise, qui lui cria plus sérieusement qu'à l'ordinaire de laisser là ses papiers. Cela même aiguisa la curiosité de la princesse qui , toujours bouffonnant mais allant son train, trouva une lettre ouverte, mais ployée, entre les papiers, où elle vit son nom. Surprise, elle lut une demi-ligne, tourna le feuillet, et vit la signature de Mme d'Espinoy. A cette demi-ligne, et plus encore à la signature, elle rougit et devint interdite. Mme de Maintcnon, qui la voyait faire, et qui apparemment ne l'en enq)èchait pas, comme elle l'aurait pu si absolument elle l'eût voulu, ne fut pas, apparemment, fâchée de la découverte. « Qu'avez-vous donc, mignonne ? lui ditelle, et comme vous voilà ! Qu'avez-vous donc vu ?»
Voilà la priiKTssc cMicorc plus einbariassée. Coninie rllc ne répoiulail poiiil, Mme cIoiMaintonoii se leva et s'approcha d'elle coiniiie j)oiir voir ce qu'elle avait Irouvé. Alors la princesse lui luoulrala signature. Mme de Maintenon lui dit: « Eh bien! c'est une lettre (lue Mme d'Espinoy m'écrit. Voilà ce que t'est (pie d'ùtre si curieuse ; on trouve quehiuei'ois ce (pi'on ne voudrait ])as ; » puis prenant un autre Ion: « Puiscpic vous l'avez vue, madame, ajoulal-ellc, voyez-la tout entière, et si vous êtes sage, prolitez-en; » et la força de la lire d'un bout à l'autre. C'était un comj)te que Mme d'Espinoy rendait à Mme de Mainltiioii des quah'e ou niu{ dernières journées de Mme la duchesse de Bourgogne, mot à mot, lieu par lieu, heure par heure, aussi exactque si clic, (jui n'en .ii)prochait guère , ne reùl pas (piiltéc de vue; dans l('(|ii('l il él;»il fort (lueslion de Naiigis ' et de beaucoup de manèges <'t d'imprudences. Tout y était nommé, et ce qui est plus surprenant ((u'une telle instiuctioii même, c'était de sigm-r une lettre de cette nature, et pour Muje de Maintenon de ne l'avoir pas brûlée sur-le-cham|), ou du njoins enfermée. La pauvre princesse pensa »'cvanouir et devint (\v. toutes les coulems. Mme de 3lainteiion lui lit une forte vesperie, lui lit voir (pu;
I. .Nan({i<v f-l Mjiil<'\ri<r, tous dnix ain.ints do la Danpliino, f.l ainn** par elle, •surtout le premier; cl tous doux, dc|)uis, iiiarécliaut Uc France.
ET SA COUR. r^
ce qu'elle croyait cacher était vu jiar toute la cour , et lui en fit sentir les conséquences. Sans doute qu'elle lui en dit bien davantage, mais Mme de Maintenon lui avoua que lorsqu'elle lui avait parlé plusieurs fois, c'était par science, et qu'il était vrai que Mme d'Espinoy et d'autres encore étaient chargées par elle de suivre secrètement sa conduite, et de lui en rendre un compte exact et Iréquent.
Le roi, plus avide de savoir tout ce qui se passait, et plus curieux de rapports qu'on ne le pouvait croire, quoiqu'on le crût beaucoup, avait autorisé Bontemps, puis Bloin, gouverneur de VersaiUes, à prendre quantité de Suisses outre ceux des portes, des parcs et des jardins, et ceux de la galerie et du grand appartement de Versailles et dessalons de Marly et de Trianon, qui, avec une livrée du roi , ne dépendaient que d'eux. Ces derniers étaient secrètement chargés de rôder, les soirs , les nuits et tous les matins dans tous les degrés , les corridors , les passages , les privés , et quand il faisait beau, dans les cours et les jardins, de patrouiller, se cacher, s'embusquer, remarquer les gens , les suivre , les voir entrer et sortii* des lieux où ils allaient, de savoir qui y était, d'écouter tout ce qu'ils pouvaient entendre, de n'oubher pas combien de temps les gens étaient restés où ils étaient entrés, et de rendre compte de leurs dé-
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cuuMTlcs. Ce manège, dont d'anUes snballernes et (luehiues valets se nuMaient aussi, se faisait assidu nient à Versailles, i\ Marly, à Trianon, à Fontainc- Meau et dans tous les lieux où le roi était.
Mais la plus truelle de toutes les voies par la- (juelle le roi l'ut iusli-uit bien des années, avant «pi'on s'en lût apciru, et par hupiellc l'ignorance el l'iuiprudenee de beaucoup de gens continuèrent toujours encore de l'instiuire, fut celle de l'ouverture des lettres. C'est ce qui donna tant de crédit aux Pajot et aux Uoullier qui en avaient la ferme, (|u'on ne put jamais leur ôter, ni la leur faire j;uèrc augnnenter par cette raison si longtcm[)s inconnue, et (pii s'n emi(bii-ent si énormément tous, .iu\ déj)ens du |)id)lic el du roi même.
On ne sauiail couq)ren(h(* la promptitude et la dextérité de cette exéculion. Le roi voyait TcxtiMit de toutes les lettres où il y avait des articles (pic les chefs de l.i jjosic, puis le ministre qui la gouvernait, jugeaient devoir allcj- jusjpi'à lui, et les lelln s entières cpiaiid elles en valaient la peine par leur tissu, ou par la considération de ceux (pii élaii-nl en commerce. Par là les gens jirincipaux (le la poste, maîtres et conniiis, lurent eu état de sU|)poscr tout ce (pi'il leur piiU, et à cpii il leur phil; et comme peu de cliose perdait sans res- Wiurce, ils- n'avaient |)as besoin de forger ni de .suivre une intrigue. Un mot de mépris sur le roi
OU sur le gouvernement, une raillerie, en un mot un article de lettre spécieux et détaché , noyait sans ressource, sans perquisition aucune, et ce moyen était continuellement entre leurs mains. Aussi à vrai et à faux était-il incroyable comljien de gens de toutes les sortes en furent plus ou moins perdus. Le secret était impénétrable, et jamais rien ne coûta moins au roi que de se taire j)rofondémcnt , et de dissimuler de même.
Ce dernier talent, il le poussa souvent jusqu'à la fLUisseté, mais avec cela jamais de mensonge, et il se piquait de tenir parole. Aussi ne la donnait-il presque jamais. Pour le secret d'autrui, il le gardait aussi religieusement que le sien. Il était même flatté de certaines confessions et de certaines confidences et même conlîances, et il n'y avait maîtresses, ministre, ni favori qui pût y donner atteinte, quand le secret les aurait même regardés.
On a su , entre beaucoup d'autres , l'aventure fameuse d'une femme de nom, laquelle a toujours été pleinement ignorée et jusqu'au soupçon même, qui, séparée de lieu depuis un an d'avec son mari, se trouvant grosse et sur le point de le voir arriver de l'armée, à bout enfin de tous moyens, fit demander en grâce au roi une audience secrète, dont (jui que ce soit ne pût s'apercevoir, pour l'affaire du monde la plus importante. Elle l'obtint. Elle se confia au roi dans cet extrême besoin , et lui
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(lit (jiK^ ('('lail roininc au plus houni'to Iioinmo (h» son royaume. Le roi lui conseilla de proliter d'une si irrande détresse ponr vivre plus saj^einent à l'avenir, et lui proniil de retenir sur-le-champ son niaii sni- la IVonlière, sous prétexte de son service, lant et si longtemps (juil ne pût avoir aucun soupçon, et (le ne le laisser revenir sous aucun prétexte. Kn elïet , il en donna l'ordre le jour même à Louvois, el lui (léléndit non-seulement tout con«ré , mais de soullVir (ju'il s'absentât un seul jour du poste (pi'il lui assii^iiait pour y commander tout l'hiver. L'oflicier ([ui était distingué, et (pii n'av.iit rien moins (pie souh;nté, encore moins demandé d'être em|)l()yé l'hiver sui* la frontière, et Louvois qui y avait aussi peu pensé, furent (''gaiement sur|)i-is et fùchés. Il n'en fallut |)as moins ohéir à la lettre, et sans demander pourrpioi, et le loi n'en a fait l'histoire que hien des armées après, et lorsqu'il hit hien sûr ([ue les f,Tns que cela regardait ne se pouvaient plus démêler, comme en elfet ils n'ont jamais pu l'être, pas même du sou|)(;on le plus vague ni le plus incertain.
Janiîiis personne lu) donna d<^ meilleure grûce, el n'au;;menla tant par là le prix de ses ])ienfails. Jamais personne ne vendit mieux ses paroles, son sourire nuMiic , juscpi'à s(?s regards. Il icudil tout précieux par h* choix et l.i majesté, à (pioi la lii-
roté et la brièveté de ses paroles ajoutaient beaucoup. S'il les adressait à quelqu'un , ou de question, ou de choses indifférentes, toute l'assistance le regardait; c'était une distinction dont on s'entretenait et qui rendait toujours une sorte de considération. Il en était de même de toutes les attentions, et des distinctions et des préférences qu'il donnait, dans leurs proportions. Jamais il ne lui échappa de dire rien de désobligeant à personne; et s'il a\'ait à reprendre , à réprimander, ou à corriger, ce qui était fort rare, c'était toujours avec un air plus ou moins de bonté, presque jamais avec sécheresse, jamais avec colère, quelquefois a\ec un air de sévérité.
Louis XIV et la religion,
Brissac , peu d'années avant sa retraite , fit un étrange tour aux dames. C'était un homme droit qui ne pouvait souffrir le faux. Il voyait avec inq^alience toutes les tribunes bordées de dames l'hiver au salut, les jeudis et les dimanches, où le roi ne manquait guère d'assister, et presque aucune ne s'y trouvait quand on savait de bonne heure qu'il n'y viendrait pas ; et , sous prétexte de lire dans leurs heures, elles avaient toutes de petites bougies devant elles pour les faire connaître et remarquer. Un soir que le roi devait aller au salut , et qu'on
48 Loris \IV
faisiiil à la rliapolh^ la j)! iric i\c tons les soirs (|ni était suivit» du salut, (juand il y en avait, tous les gardes postés cl toutes les dames })lacées, arrive le niajnr vers la lin de la piirrc*, (pii, paraissant à la tribune Nidc du roi, lève son bâton et erie loul liant: « (iardes du loi, rclii-ez-vous , rentrez dans vos salles, le roi ne viendra i)as. » Aussitôt les gardes obéissent, inunnures tout bas entre les iennnes, les petites bouj^^ies s'éteignent , et les voilà toutes jKirtics, exeepté la duebesse de Guiebc , 'Mme de Dangcau cl une ou {\vu\ autres (jui demeurèrent. Hrissac avait posté des biigadiers aux débouebés de la cbapclle pour ai'iètei' les gardes, et (jui les lirent reprendre leurs i)Osles, sitôt que les dames furent assez loin pour ne pouvoir pas s'en douter. Là-dessus arri\e le roi, (pii, bien étonné de ne point voir de dames remplir les tribunes, demande par cpielle aventure il n'\ a\ait personn(\ Au soi'tir du salut, Hrissiie lui eonta ce qu'il avait fait, non sans s'espacer sur la piété des dames d(; la coui'. L(^ loi en rit heauccMip et tout ee (|ui raee()in|)agnait. L'bistoirc s'en répandit ineonlincnl .ipiès; toutes les lènuncs ,j auraient voulu l'étrangler.
Lorsque M. le due d'Orléans partit poui' aller en Ks|)agn(î rejoindre lter\\i(k, k roi lui demanda (pii il jucnait eu Espagne; >f. h; due d'Orléans lui nomma parmi eux Fontpertuis. <c Conuuent! mon noeu, reprit le roi avec émotion, le lils de celte
folle qui a coiu'ii M. Arnaiild partout ! un janséniste ! Je ne veux point de cela avec vous. — Ma foi, sire, lui répondit M. d'Orléans , je ne sais pas ce qu'a fait la mère, mais pour le fils, être janséniste ! il ne croit pas en Dieu. — Est-il possible ! reprit le roi , et m'en assurez-vous? Si cela est, d n'y a point de mal; vous pouvez l'emmener. » L'après-dînée même , M. le duc d'Orléans me le coula en pâmant de rire. Et voilà jusqu'où le roi avait été conduit, de ne trouver point de comparaison entre n'avoir point de religion, et le préférer, à être janséniste ou ce qu'on lui donnait pour tel. M. le duc d'Orléans le trouva si plaisant, qu'il ne s'en put taire. On en rit fort à la cour et à la ville, et les plus libertins admirèrent jusqu'à quel aveuglement les jésuites et Saint-Sulpice pouvaient pousser. Le rare fut que le roi n'en sut nul mauvais gré à M. le duc d'Orléans, qu'il ne lui en a jamais ni parlé ni rien témoigné, et que Fontpertuis le suivit en toutes ses deuxcaml)agnes en EspagTie.
Le roi tenait sa famille dans une cruelle gène pour la confession. Monseigneur n'a jamais eu un autre confesseur que celui du roi. Il n'était pas permis à ses enfants d'en prendre ailleurs que ceux qu'il leur donnait parmi les jésuites, et il fallait conununier en public au moins cinq fois par an : Pâques, la Pentecôte, l'Assomption, la Toussaint et Noël, couunc il faisait lui-même; et 31me la du- 34 d
bl» LOLIS \1\
L'iicssc do l{()iii|4i)j^iR' u'amail pas eu jjuiiiic {^ràcc de ne coiniimnicr pas i)liis souvent.
duehjues jours avant la mort de eette i)riiicesse, le roi entra à neuf heures du malin chez la Dauphine, d'où Mme de Maintenon ne sortait presque point, excepté les temps où le roi était chez elle. La princesse étîiit si mal qu'on résolut de lui [)arler de recevoir les sacrements. Quehpie accahlée qu elle fût , elle s'en trouva surprise ; elle lit des questions sur son état, on lui lit les réponses les moins elïrayanlcs (ju'on put, mais S'.nis se départir de la proposition, et peu à peu des raisons de ne pas diflérer. F^lle remercia de la sincérité de l'avis, et dit (pi'elle allait s(; disposer.
Au hout de peu de tem[)S on crai{^nil les accidents. Le père de La Une, son coidessem*, s'a[)procha d'elle pour l'exhorter à ne dillérer pas sa confession. Llle le rc'-arda, répondit (pi'elle l'en-tendait hien et en dniK ura là. La liuelui i)roposa de le faire à l'heure mémo et n'en tira aucune réponse. Lu homme d'esprit il sentit ce que c'était, et. en homme de hien, il tomna court à l'instant, il lui dit qu'elle avait pciil-éhc (pichjiie l'épu^nanc* de se confesser à lui, cpi'il la conjurait de ne s*en pas contiaindre, smloul de ne pas craindre (pioi (pie vc »oil lii-dessus; «pi'ii lui répondail de prendj'e loul siu' lui; qu'il la priait seulement de lui dire
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qui clic voulait, et que lui-mcmc Tirait chcrdicr et le lui amènerait. Alors elle lui témoigna qu'elle serait bien aise de se confesser à M. Bailly, pi-etjc de la mission de la paroisse de Versailles. C'était un homme estimé, qui confessait ce qui était de plus régulier à la cour, et qui, au langage du temps, n'était pas net du soupçon de jansénisme, quoique fort rare parmi ces barbiclicts. Il confessait Mmcs du Cliastelet et de Nogaret, dames du palais, à qui quelquefois la Daupliine en avait entendu parler. Bailly se trouva être allé à Paris. La princesse en parut peinée et avoir envie de l'attendre; mais, sur ce que lui remontra le père La Rue qu'il était bon 'de ne pas perdre un temps précieux qui, après qu'elle aurait reçu les sacrements, serait utilement employé par les médecins, elle demanda un récollet qui s'appelait le père Noël, que le père La Rue fut chercher luimême à l'instant, et le lui amena.
On peut imaginer l'éclat que fit ce changement de confesseur en un moment si critique et si re^ doutable, et tout ce qu'il fit penser.
L;i confession fut longue. L'extrème-onction fut administrée incontinent après, elle saint- viatique tout de suite, que le roi fut recevoir au pied du grand escaher» Une heure après, la Dau[)hine demanda qu'on lit les prières des agonisants....
Tn autre fait montrera encore mieux les cruelles
>uilos (le ct'llc iMMiiiiif du roi, cl de son abaiuloii- MciiU'iil iiu\ jésuites.
Di'SiiiarcIs , en (jiii , sur la lin du rè<iiie, \c l'oi avail élé l'oiré de niellri' loutcî sa eonlianee poui" les liuances, iiuai^iua d'éliihlir, en sus de l;nil d'iuipùls, une ilîuie roNide sur tous les bleus de elia- (|Uo couuuuuaulé, et de eluuiue particulier du loyaunie. Mais le roi, (luehjue accoutumé cprii lïd aux iuipôts les plus éuoi'uies, ue laissa |)as de s'épouvanter de celui-ci. Depuis longlenips il ncnlendail parlci- (pie des plus extrèuies misères; ce surcroit riu(puéta juscju'à l'attrister d'uue uianière si sensible, (pie ses valets intérieurs s'en aperçurent dans les cabinets plusieurs jours de suite, et assez pour en éli-e si en peine, (pie Mai"écbal, (pli m'a conté joule celle curieuse anecdole, se basarda de lui parler de cette tristesse (ju'il remar(iuait, cl (jiii el.iil telle depuis plusieurs joiH's, (pTil craignait pour sa santé. Le l'oi lui a\ou.i (pi'il sentait des peines infinies, et se jeta xa^'ueinenl sur la situation des allaires. Huit ou dix jours api'ès , et toujours la même mélancolie , le roi reprit son calme accoutumé. Il appela i>laréclial , et, seul avec lui, il lui dit (pie, mainlenanl «ju'il se srniait au lar^-^e, il voulail bien lui dire ce ^ (pii l'avail si vivement peiné , et ce (pii a\ait mis ^ lin à SCS p(*ines. I
Aloi*s il lui conta (jue rextrème besoin de ses
affaires l'avait forcé à de furieux impôts; que l'état où elles se trouvaient réduites le mettait dans la nécessité de les augmenter très-considérablement; que, outre la compassion, les scrupules de prendre ainsi les biens de tout le monde l'avaient fort tourmenté ; qu'à la fin il s'en était ouvert au père Tellier, qui lui avait demandé quelques jours à y penser, et qu'il était revenu avec une consultation des plus liabiles docteurs de Sorbonne , qui décidait nettement que tous les biens de ses sujets étaient à lui en propre , et que , quand il les prenait, il ne prenait que ce qui lui appartenait; qu'il avouait que cette décision l'avait mis fort au large, cMé tous ses scrupules , et lui avait rendu le calme et la tranquillité qu'il avait perdus. 31arécbal fut si étonné, si éperdu d'entendre ce récit, qu'il ne put proférer un seul mot. Heureusement pour lui le roi le quitta dès qu'il le lui eut fait, et Marécbal resta quelque temps seul en même place, ne sacbant presque où il en était. Cette anecdote, qu'il me conta peu de jours après, et dont il était presque encore dans le premier effroi , n'a pas besoin de commentaire ; elle montre, sans qu'on ait besoin de le dire, ce qu'est un roi livré à un pareil confesseur , et (jui ne parle qu'à lui , et ce que devient un État livré en de telles mains.
Je me souviens que Marécbîd nous conta , à Mme de Saint-Simon et à moi, uue aventure rpii
lui arrivn ci qui mri'ito (Vcïvo rapportée. l\foins (riiii au depuis (pfil lui pivuTuM' chirurgien ot déjà en laniiliarilé et «mi laveur, mais voyant, comme il a toujours l'ait, tous les malades de toute esi)èce qui avaient ])esoin de sa main dans Versailles et aulDur, il lut prié par le cliirurgien de Port-KoNal des Champs d'y aller voir une religieuse à qui il croyait devoir couper la jand)e. Maréchal s'y engafrea pom* le lendemain. Ce môme lendemain, on lui projjosa, au sortir du lever du roi, d'aller à une opération qu'on devait faire; il s'en excusa sur l'engagement qu'il avait pris i)()ur Port-liONal. A ce noui, (piehju'un de la Faculté le tira à ])arl, et lui deuiand.i s'il savait hieii e(* (pi'il faisait d'aller à I*orl-Ko\al. Maréchal, Iniil nui, el fort ignorant de toutes les atfjiires (pu, sous ce nom, avaient fait tant de hruit, hit surpris de la (piestion, et encore j)lus ipiaiid on lui dit (pi'il ne jouait pas à moins (pi'à se laire chasser; il ne pouvait couq)ren(lre (pie le roi trouvât mauvais qu'il allât voir si on ) couperait r)U non la jamhe à nue religieuse. I*ar composition, il prouiit de h; dire au roi avant d'y aller. Kn cITct, il s<î trouva au retoui" du loi de sa messe, et comme ce n'était pas une heure où il eût accoutumé de s(î présenter, le roi, suipiis, lui deuianda ce qu'il voulait. Maréchal lui iMcoula avec siuqilicit^! ce qui l'amenait, et la surprise on il en él.iit lui-même. A er nom «le Porl-lloval , le roi se ic-
ET SA COUR. r>5
dressa comme il avait accoutumé aux clioses qui lui déplaisaient, et demeura deux ou trois Paler sans répondre, sérieux et réfléchissant, puis dit à Maréchal : « Je veux hien que vous y alliez, mais à condition que vous y alliez tout à l'heure pour avoir du temps devant vous; que, sous prétexte de curiosité, vous voyiez toute la maison, et les religieuses au chœur et partout où vous les poiUTcz voir; que vous les fassiez causer et que vous examiniez hien tout de très-près , et que ce soir vous m'en rendiez compte. »> Maréchal, encore plus étonné, fit son voyage, vit tout, et ne manqua à rien de tout ce qui lui était prescrit. Il fut attendu avec iinpatien(;e ; le roi le demanda plusieurs fois , et le tint, à son arrivée, près d'une heure en questions et en récits. Maréchal fit un éloge conlinuel de Port-Royal; il dit au roi que le premier mot qui lui fut dit fut pour lui demander des nouvelles de la santé du roi et à plusieurs reprises ; qu'il n'y avait lieu où on i)ricU tant pour lui , dont il avait été témoin aux offices du chœur. Il admira la charité, la patience et la pénitence qu'il y avait remarquées; il ajouta qu'il n'avait jamais été en aucune ;naison dont la piété et la sainteté lui eussent fait autant d'impression. La fin de ce compte fut im soupir du roi, qui dit que c'étaient des saintes qu'on avait trop pressées, dont on n'avait pas assez ménagé l'ignorance des f\^its et l'entètemeul, et à
IVjrnnl (Irsqiiollos on avait c\c hoanmiip trop loin. Voilà le S(Mis (Iroil et iialiircl pi'odiiil par un ivcil sans laril (l'ini lionmic iicul" cl n(*uti"c qui dit co (pi'il a \n, cl dont le l'oi ne se pouvait drlicr, et ipn eut par là toute liberté de parler ; mais le roi, vendu à la contre-partie, ne donnait d'accès qu'à elle, aussi cette impression l'ortuite du vrai lut-elle bientôt anéantie. 11 ne s'en souviiU plus (pielques années après, lorsque le père Tellier lui lit détiuire justpraux pierres et aux l'ondements matériels {\c Porl-Koyal, et y passer partout la cliarrue.
L'ij,^norancc la plus grossière en tous genres, dans la(|uelle on avait eu soin d'élever le roi, et pai- divers intéicts de l'entretenir ensuite, et de lui incubpicr (\i' bonne liciu'c la défiance générale et l'exacte clùture dans les(pielles il s'est barricadé sous la clef de ses nunistres, cl, à d'autres égards, sous celb* de son coidèsscur et de ceux qu'il a eu intérêt de lu: pi'oduii'e, lui avait lait prendre de bonne bcure la ])ernicieus(i babitude (h; pi'cndre partie sur parole dans les (piestions de tliéologie, cl entre les dilTérentes écoles catboli(pies, jusjpi'à en faire sa propre alTaire à Kome.
J^ reine mère, cl le roi bien plus (pi'cllc dans les suites, séduits par les jésuites, s'étaient laissés persuiider par eux b- conti'adictoire exact cl précis (Je la vérité : savoir (pu- ton le autre écob.' (pic la
loiir en voulait à rautoiilé royale, ci n'avait qu'un esprit d'indépendance et républicain. Le roi là-dessus, ni sur Lien d'autres choses, n'en savait pas plus qu'un enfant. Les jésuites n'ignoraient pas à qui ils avaient affaire. Ils étaient en possession d'être les confesseurs du roi , et les distributeurs des bénétîces dont ils avaient la feuille ; l'ambition des courtisans et la crainte que ces religieux inspiraient aux ministres leur donnait une entière liberté. L'attention si vigilante du roi à se tenir toute sa vie barricadé contre tout le monde , en affaires, leur était un rempart assuré, et leur donnait la facilité de lui parler, et la sécurité d'y être seuls reçus sur les choses qui regardaient la religion, et d'être seuls écoutés. Il leur fut donc aisé de le préoccuper, jusqu'à l'infatuation la plus coml)lète, que quiconque parlait autrement qu'eux était janséniste, et que janséniste était être ennemi du roi et de son autorité , laquelle était la partie faible et sensible du roi , jusqu'à l'incroyable. Ils parvinrent donc à disposer en plein de lui à leur gré, et par conscience et par jalousie de son autorité sur tout ce qui regardait cette affaire, et encore sur tout ce qui y avait le moindre trait, c'est-à-dire sur toutes choses et gens qu'il leur convenait de lui montrer par ce côté.
C'est par où ils dissipèrent ces saints solitaires illustres que l'étude et la péuilenccavaienl assemblés
58 I ouïs \IV
à Port-Uoyal, ci qui lircnl de si lii'.iiids disciples, ol à qui les cliréticMis seroul à j.nnais redevables de ces ouvrajres l'aineiiv (pii oui iéi)aiiilu iiiie si vive et si solide lumière pour discerner la vérité des apparences, le nécessaire de Técorce, en faire toucher au doi";t l'élendue si peu coiiiuie, si obscurcie, et d'ailleurs si déguisée, éclaiicila loi, alluiuei'la charité, (lévelo|)per le cQ'ur de l'honnne , régler ses mœurs, lui présentei' un iniioir lidèle, et le guider entre la juste crainte et l'espérance raisonnable. Celait donc à en poursuivre juscpi'anx dcniiei-s restes, et partout, (pie la dévotion du roi s'exerçait, et celle de Mme de Maintenon confoiinée sur la sienne, lorsfpi'un auli'e chainj) pai'ul plus jjidpre à présenter à ce jjrince.
Le jansénisme coniinençait à j)araîli"e usé; il ne send)lait plus bon aux jésuites (pi'à faute de mieux, et au besoin ils étaient bien suis d'y reti'ouver lon;^l(Mn|)s de (juoi f^laner, lorsipie après (piehpie inleivalle ils lui pourraient irndi'e (piel(|ues grices de nouveauté. Avec de (elles a\ances pour se croire en droit de connnandei' aux eousciences, il restait |)eu à faire pour exciter le zèle du roi coiilic une icligion soleimellemeiit frappée des jjlus éclatants aiiallièmespar i'Kglise univeiselle, et (pii s'en élail ellemême frappée la première en se séparant i\v. toute rantirpiité sur des |K)ints de (ni (ondameutaux.
ÏAi roi élail devenu nn dévot, e( dé\(»( dans la
ET SA COUR. Jj9
dernière ignorance. A la dévotion ?c joignit la politique. On voulut lui plaire par les endroits qui le touchaient le plus sensiblement, la dévotion et l'autorité. On lui peignit les huguenots avec les plus noires couleurs; un État dans un État, parvenu à ce point de licence à force de désordres, de révoltes, de guerres civiles , d'alliances étrangères , de résistance à force ouverte contre les rois ses prédécesseurs, et jusqu'à lui-même réduit à vivre en traité avec eux. Mais on se garda bien de lui apprendre la source de tant de maux, les origines de leurs divers degrés et de leurs progrès, pourquoi et par qui les liugiienots furent premièrement armés, puis soutenus, et surtout de lui dire un seul mot des projets de si longue main pourpensés , des horreurs et des attentats de la Ligue contre sa couronne, contre sa maison , contre son père , son aïeul et tous les siens.
On lui voila avec autant de soin ce que l'Évangile , et d'après cette divine loi , les apôtres et tous les Pères et leur suite enseignent sur la manière de prêcher Jésus-Christ , de convertir les infidèles et les hérétiques, et de se conduire en ce qui regarde la religion. On toucha un dévot de la douceur de faire aux dépens d'autriii une pénitence facile , qu'on lui persuada sùrc pour l'autre monde. On saisit l'orgueil d'un roi en lui montrant une action qui ])nssMit le ijonvoir de tous ses prédécesseurs,
r.o Loiis \iv
(Il lui (li'lcnirnaiit 1(S y( n\ diMaiil <lr j^rnndsoxploils jUM'soiiMcls, cl (le lanl de liauls (ails d'aiMUcs })cMisi''s r[ résolus pai* sou liti()ï(|iic jiriv, et i)ar liii-mèmo ('\(''ciil(''s à la lèlc de ses Iroiipcs avec* nnc vaillance (lui leur en donnait, cl (|ni les iil vaincre souvent contre toute apparence dans les plus grands périls, en l'y voyant à leur tète aussi exposé qu'eux.
On le détei'niina, lui (|iii se piipiait si principalement de ^^ouverner par lui-inèine, d'un clicf-d'œuvre tout à la lois de religion et de polirupii^ (pii faisait trioinplier l;i vérilahle par la ruine de toute aiilre, et (pii rendait le roi absolu en brisani lotîtes ses chaînes avec h^s liu^zuenots, et en déliiiisant à jamais ces re))elles, toujours prêts à j)i'oliter de tout, jioui' l'élever leur |)arli, et donner la loi à Inirs rois.
La révocation de l'édit de Nantes sans le moindre jirétexte et sans aucun besoin, et les dixcrses proscn|)tions plutôt que déclarations (pii la sui\ircnl, lurent li's li'iils de ce complot anVeiix «pii dépeupla un (piart du rovaiime, (|ui ruina son coiiinierce, (|ui l'alTaiblil dans toutes ses i)arties, (pii le mit si longtemps, au pilla^(> public et avoué des drajfons, (jui autoi'isa les loininents et les sii|)plices dans lescpiejs ils firent réelleiiiciit nioiiiir tant d'innocents de tout se\(; par milliers, (pii ruina un |ieu|)lc si nombreux , cpii décbira lui monde de t'amilles, «pii arma les jiarents contre les
parents pour avoir leurs biens et les laisser mourir de faim; qui fit passer nos manufactures aux étrangers, fit fleurir et regorger leurs États aux dépens du notre et leur Ht bâtir de nouvelles villes , (jui leur donna le spectacle d'un si prodigieux peuple proscrit, nu, fugitif, errant sans crime, cliercli;uit asile loin de sa patrie; qui mit nobles, riches, vieillards, gens souvent très-estimés pour leiu* piété, leur savoir, leur vertu, des gens aisés, faibles, délicats, à la rame, et sous le nerf trèseffectif du couiité, pour cause unique de religion; enfin qui, pour comble de toutes horreurs, remplit toutes les provinces du royaume de parjures et de sacrilèges, où tout retentissait de hurlements de ces infortunées victimes de l'erreur , pendant que tant d'autres sacrifiaient lefir conscience à leurs biens et à leur rcjjos, et achetaient l'un et l'autre l)ar des abjurations simulées, d'où sans intervalle on les traînait à adorer ce qu'ils ne croyaient point, et à recevoir réellement le divin corps du Saint des saints , tandis qu'ils demeuraient persuadés qu'ils ne mangeaient que du pain qu'ils devaient encore aljhorrer. Telle fut l'abomination générale enfantée par la fiatterie et par la cruauté. De la torture à l'abjuration, et de celle-ci à la communion, il n'y avait pas souvent vingt-quatre heures de distance, et leurs l)0urreaux étaient leurs conducteurs et leurs témoins. Ceux qui, par la
tii LOUIS MV
suilr, riiiriil l'air (VcUc chaiii^ôs a\i'c plus de loisir, ne lanlcrcnl pas pai- leur Tuile ou parleur toiuluite à (léiuenlir leur prétendu relour.
IMvscjue tous les évùcpies se prùtèrciit à celle praliipie subite et iuijjie. Beaucoup y forcèrent, la [ilupail aiiinièrent les bourreaux, Ibrcèrcnt les conversions, cl ces étranges convertis à la participation des divins mystères, pour grossir le nombre de leurs couipiètes, dont ils envoyaient les états à la cour pour en être d'autant plus considérés et appiocbés des récompenses.
Les intendants des provinces se distinguèreut à Teuvi cl les seconder, eux et les dragons, et à se l'aire valoir aussi à la cour i)ar leurs listes. Le lrès-^)cude gouverneurs et de lieutenants généraux de provinces qui s'y trouvaient, et le petit nondjre de seigneurs résidant clicz eux, et qui purent trouver moNcn de se faiii- valoir à travers les évé- (|Ue8 et les intendants, n'y miuHpièrent pas.
ÏAi roi recevait de tous les côtés des nouvelles et des détails de ces pei'séculions et de toutes ces convei-sions. C'était par milliers (pi'on couq)lail ceux (pii avaient abjuré et communié : deux mille dans un lieu, six mille dans un anire, tout à la fois, cl dans un instant. Le roi s'ap]ilaudissait de sa puissance et de sa piété. 11 se croyait au Icmps lUt la prédication des apôtres, et il s'en attribuail tout riioiincur. Ix'» cvéques lui écrivaient des panég} •
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riqiics, les jésuites en faisaient retentir les chaires el les missions. Toute la France était remplie d'horreur et de confusion, et jamais tant de triomphes et de joie, jamais tant de profusions et de louanges. Le monarque ne doutait pas de la sincérité de cette foule de conversions; les convertisseurs avaient grand soin de l'en persuader et de le héatifier par avance. Il avalait ce poison à longs traits. Il ne s'était jamais cru si grand devant les hommes, ni si avancé devant Dieu dans la réparation de ses péchés, et du scandale de sa vie. Il n'entendait que des éloges, tandis que les hons et vrais catholiques et les saints évèques gémissaient de tout leur cœur de voir des orthodoxes imiter, contre les erreurs et les hérétiques, ce que les tyrans hérétiques et païens avaient fait contre la vérité, contre les confesseurs et contre les martyrs. Ils ne se pouvaient surtout consoler de cette immensité de parjures et de sacrilèges. Ils pleuraient amèrement l'odieux durahle et irrémédiahle que de détestahles moyens répandaient sur la vérilahle religion, tandis que nos voisins exultaient de nous voir ainsi nous affaihlir et nous détruire nous-mêmes, profitaient de notre folie, et bâtissaient des desseins sur la haine (pie nous nous atfirious de loutes les puissances piotestantes.
Mais à ces pailanles \érités le roi élail inaccessible. Lu conduite niCnie de Rome à son égard uc
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