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LES MAITRESSES DU ROI

Premières années. — Mme de La Vallière.

S'il faut parler ainsi truii roi de vingt-trois ans, sa i)remière entrée dans le monde fut heureuse en esprits distingués de toute espèce. Ses ministres au dedans et au dehors étaient alors les plus forts de l'Europe, ses généraux les plus grands, leurs seconds les meilleurs, et qui sont devenus des capitaines en leur école, et leurs noms aux uns et aux autres ont passé comme tels à la postérité d'un consentement unanime. Les mouvements , dont l'État avait été si furieusement agité au dedans et au dehors, depuis la mort de Louis Xlil, avaient formé quantité d'hommes qui composaient une cour d'hahiles et d'illustres personnages et de courtisans raflinés.

La maison de la comtesse de Soissons \ qui, comme surintendante de la maison de la reine, logeait à Paris, aux Tuileries, où était la cour, et

1. Olympe Mancini , iiiùce deMazarin, femme du comte de Soissons (Eugène-Maurice de Savoie) , et mère du fameux prince Eugène; surintendanle de la maison de la reine, femme de Louis XIV; compromise dans le procès de la Voisin; morte à Bruxelles, en 1708.

r.(i Luiis \i\

(|iii \ ivfiiiail par iiii reste de la spiciulcui' du (eu l'anliiial Mazarin, son oncle, et pins oncoi'c par son cspi'il et par son adresse, en était devenue le centre , mais fort choisi. C'était où se rendait tons les jours ce (pi'il \ a\ail de pins distingué en lionimes et en iennnes, (jiii rendaient cette maison le centre de la galanterie de la cour et des intrigues et des menées de rand)ition, parmi lesquelles la parenté influait beaucoup, autant comptée, prisée et respectée alors qu'elle est maintenant oubliée. Ce l'ut dans cet inq)ortant et brillant tourbillon que le roi se jeta d'abord, et où il prit cet air de |)()litessc et de galanterie qu'il a toujoui's conservé toute sa \ie, et (pi'il a si bien su allier avec la décence et la majesté. On |)eul dire (pi'il était lait pour elle, et (pi'au milieu de tons les autres hon> mes, sii tiiille, son i)ort, ses gi-àces, sa beauté et sa grande mine, jusijn'an son de sa voix et à l'adresse et la grâce naturelle et majestueuse de toute 8ii pei*sonne, le faisaient distinguer jusqu'à sa mort connue le roi des abeilles, et que, s'il ne lût né que particulier, il auiail eu égalenieiil le talent i\('y^ fêtes, (les plaisirs, de la galaïUerie, et d(; faire les plus grands désordres d'amour. I

I>a niarécbale de (iuebriani , nonnné(; dame d'iiomienr de la reine à son mariage, étant moite en allant j(»indre la cour à Bordeaux, Mme de Natailles, qui était dans ses terres, lut mise en sa

place, où personne ne convenait plus qu'elle au cardinal Mazarin et à la reine mère. C'était une femme d'esprit et qui avait conservé beaucoup de monde, malgré ses longs séjours en province, et d'autant de vertu que son mari. La reine eut des lilles d'honneur; et les fdles d'honneur, avec leurs gouvernante et sous-gouvernante, sont dans l'entière dépendance de la dame d'honneur. Le roi était jeune et galant. Tant qu'il n'en voulut point à la chambre des filles, Mme de Navailles ne s'en mit pas en peine; mais elle avait l'œil ouvert sur ce qui la regardait. Elle s'aperçut que le roi commençait à s'y amuser , et bientôt après elle apprit qu'on avait secrètement percé une porte dans leur chambre, qui donnait sur un petit degré par lequel le roi y montait la nuit, et que le jour cette porte était cachée par le dossier d'un Ut. Elle tint sur cela conseil avec son mari. Ils mirent la vertu et l'honneur d'un côté; la colère du roi, la disgrâce, le dépouillement, l'exil, de Tautre; ils ne balancèrent pas. Mme de 'Navailles prit si bien son temps, pendant le jeu et le souper de la reine , que la porte fut exactement murée , et qu'il n'y parut pas. La nuit, le roi, pensant entrer par ce petit degré, fut bien étonné de ne trouver plus de poi-te. Il tàte, il cherche, il ne comprend pas connnenl il s*est mépris, et découvre eniin qu'elle est devenue inuraille. La colère le saisit; il ne doute point que

os LOUIS \1\

Cl' lie soil un (rail de Mmi* do Navaillcs , ri (iircllc ne l'a pas lail sans la [jarlicipalion de son mari. Du diM'nior, il ur \)i\{ l'éclaiicii* que par la connaissance (pi'il avail d\'ii\; mais, pour la porte, il s'en inlnrma si bien qu'il sul positivement (jue c'était .Mme de Navailles (jui l'aNait l'ail mui'er. Aussit(M d lem* envoie demander la démission do toutes leurs charges, et oidre de s'en aller chez eux eu (iuNonne, c'était en 1G61, et (mi va faire ses plaintes à la reine mère, dont il les savait tort protéji:és. La reine mère, qui avait un grand crédit sur le roi, renq)l()\a tout entier pour i)aror ce coup. Tout ce {pfelle put obtenii', ce tut de leui* sauver le gou- \ernenïent de la Kociiolle et du pavs d'Aulnis, et de les y faire envoyer; mais tout le reste sauta. M. do Saint-Aignan acheta le Havre, M. do Chauliies, les cliovau -légers de la gai'de, et Mme do .Montausier fut dame d'honneur, sans (juittei" sa place (le gouvei'nanto de M;^i' le Dauphin. Les suites «Mil lail voir «pie le loi s(! coimaissait bien en gens, et (|u'il n'rn pou\ail choisir une j)lus commode, nial^'ré toute la morale cl la vertu de l'hôlel do Hand)()nillet et l'ausléiilc de M. de Montausier'. lA'xil ne bit pas lon^. La reine mourut loul au cofiiMiencenient de nKj(>, cl eu mourant elle do marida au roi son lils le reloui- et le pai'dou do

I. Miii'* (ir MonlaiiHicr (^lail Julie (l'AnKciiiK.'S, filin (lu tnaniuis •le Kaiiil>ouillci, cl pour (|tii fui failc la Guirlande de Julie.

3J. et de Mme de Navailles, qui ne put la refuser. Le mari est devenu neuf ans depuis anaréchal de France, et, quoique simple duc à brevet, n'a jamais porté le titre de maréchal, ni sa femme de maréchale. Elle parut le reste de sa vie fort rarement et des moments à la cour. jMme de Maintenon ne pouvait lui refuser des distinctions et dos privances, mais rares et momentanées. Le roi se souvenait toujours de sa porte.

Heureux, s'il n'eût eu que des maîtresses semblables à Mme de La Yallière, arrachée à ellemême par ses propres yeux, honteuse de l'être, encore plus des fruits de son amour, reconnus et élevés malgré elle, modeste, désintéressée, douce, bonne au dernier point, combattant sans cesse contre elle-même, victorieuse enfin de son désordi'c par les plus cruels efforts de l'amour et de la jalousie, qui furent tout à la fois son tourment et sa ressource, qu'elle sut embrasser enlin assez au milieu de ses douleurs pour s'y arracher, et se consacrer à la plus dure et à la plus sainte pénitence !

Elle mourut aux carinélites de la rue Saint- Jacques, où elle avait fait profession le 3 juin 1675, sous le nom de sœur Marie de la Miséricorde, à tiente et mi ans. Sa fortune et la honte, la modestie, la bonté dont elle en usa, la bonne foi de son cœur, sans aucun autre mélange, tout ce (pi'elh» employa ])oiu" empèchei* W roi (rélcniiscr la mé-

moire (1(^ sa rail)losso et do son péclié on roconnaissanl ni léj^ilinianl los onfanls qu'il ont d'ollo, 00 qu'ollo soiillril du roi ci de iMnic do ^lonlospaii, SOS doux fuitos do la oour, la prouiière aux bénodiotinos de Saint-Cloud, où lo roi alla en personne se la faiiv rendre, prùl à eoniniandcr do hrùioi- le eouNoiil, l'auli-o aux /illos de Sainte-3Iario de Cliaillot, où lo loi envoya 31. de Lauzun, son oapilaino dos pudos, avec main-forte pour enfoncer le couvent, qui la ramena; cet adieu public si loucbant à la reine, qu'elle avait toujours respectée et ménagée, et ce pardon si bumble (pi'olle lui demanda i)rosternoe à ses pieds devant tonte la cour, rn parlant pour les cai-molitos, la ])émtence si soutcmio tous k's jours de sa vie, foi't au-dessus dos auslérilôs de sa rc'gle, cette fuite exacte dos emplois de la maison, ce souvouii- si ooidiuuol do son pécbô, cet ôloip:nemoul constant de tout comniorco et de se mricr de <|ii()i (pic ce (Vit, a» sont dos rlioses qui pour la plupail ne sou! pas de iiioti tonqis, ou qui sont peu de mou sujet, non plus que la foi, l.i force ci riuimilité (pi'ollo (il paraître à la mort du comte de Vormaudois, son fils.

Mme la |)rinoosse de Couli lui rciidil loujoui's do f,Tands devoirs et de frrauds soins, (prolle ôloifrnail cl qu'elle abréf^^oait autant rpi'il lui était possible. Sii (b'iicatosso naturelle a\ail iidinimontsouf- / ferl il' la *;inc(Te Aprelé de sa pcnilencc fie corps

et d'esprit, et d'un cœur fort sensiljle, dont clic cachait tout ce qu'elle pouvait. 3Iais on découvrit qu'elle l'avait portée jusqu'à s'être entièrement abstenue de boire pendant toute une année, dont elle tomba malade à la dernière extrémité. Ses infirmités s'augmentèrent, elle mourut enfin d'une descente dans de grandes douleurs, avec toutes les marques d'une grande sainteté, au milieu des religieuses dont sa douleur et ses vertus l'avaient rendue les délices , et dont elle se croyait et se disait sans cesse être la dernière, indigne de vivre parmi des vierges. Mme la princesse deConti ne fut avertie de sa maladie, qui fut fort prompte, qu'à l'extrémité. Elle y courut et n'arriva que pour la voir mourir. Elle parut d'abord fort affligée, mais elle se consola bientôt. Elle reçut sur cette perte les visites de toute la cour. Elle s'attendait à celle du roi, et il fut fort remarqué qu'il n'alla point chez elle.

Il avait conservé pour Mme de La Vallière une estime et une considération sèche dont il s'expliquait même rarement et courtement. Il voulut pourtant que la reine et les deux daui)hines l'allasseiit voir et qu'elles la fissent asseoir, elle etMmed'Épernon, quoique religieuses, connue duchesses qu'elles avaient été. Il parut peu touché de sa mort, il eu dit même la raison: c'est qu'elle était morte pour lui (lu jour de son entrée aux carmélites. Les enfants (le Mmede Monlesi)au furent très-morliliés de ces

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visites i)iil)liquos.iTÇU('s à cv{U' orrnsion , ou\ qui 011 pareil cas n'en a\ai('iil osé ici'evuir de iiiar- (jiiées. Ils le l'urenl hieii auli'eiiieiil (|iiaiî(l ils vir(Mil Mme la i)rincesse deCoiili diaper, eoidi'e loul iisaiic, puiir une simple religieuse, (pioiquc sa mèi'e, eux qui n'en avaient point, et pour cette raison, n'avaient (jsé jusque sui* eux-inèmcs portei" la plus petite mar«pie de deuil à lii mort de Mme de MoiilespaiL Le roi ne put reluseï" cette grâce à Mme la princesse de Conli, (jni la lui demanda instamment, et ipii ne lut guère de son goût. Les autres bâtards essuyèrent ainsi cette sorte d'insulte (pie le siiiq)le adultère lit au double dont ils étaient soi'lis, et (pu rendit S('n>ibl(' à la vue de loul le monde la monstrueuse boiieur de leur plus (pie ténébreuse naissance, dont ils lurent cruellement picpiés.

Mme de Monlcspan.

Mme (le Montespan lut celle doid la raie bcaulé toncba le roi après Mme de La VairK'i'c, el même pendant le règne de Mme dt; La Valliei'c. Klle s'en aperçut bient(*)t, elle pressa vainement son mari de remmener en (fUyenne ; mie lollc conliance ne voulut pas récoulci'. Klle lui parlait alors de bomie foi. A la tin le roi en lut écouté, et l'enleva à son mari, avec cet épouvantable Cracas qui retentit avec liorreur clie/ toutes les nations, cl (pii doima au inoiiclr h* S|>ectacle nouveau de deiiv maîtresses à

la fois. Il les promena aux frontières, aux camps, des moments aux armées, toutes deux dans le cari'osse de la reine. Les peuples accourant de toutes parts se montraient les trois reines , et se demandaient avec simplicité les uns aux autres s'ils les avaient vues.

A la iln Mme de Montespan triompha, et disposa seule du maître et de sa cour, avec un éclat qui n'eut i)lus de voile ; et pour qu'il ne manquât rien à la licence publique de cette vie, M. deMontes[)an, ])Our en avoir voidu prendre , fut mis à la Bastille, ])uis relégué en Guyenne, et sa femme eut de la comtesse de Soissons, forcée par sa disgrâce, la démission de la charge créée pour elle de surintendante de la maison de la reine , à laquelle c»n supposa le tabouret attaché, parce qu'ayant un mari elle ne pouvait être faite duchesse.

On vit après sortir de son cloître de Fontevraull la reine des abbesses, qui, chargée de son voile et de ses vœux , avec plus d'esprit et de l)eauté encore que Mme de Montespan sa sœur, vint jouir de la gloire de cette j\iquée \ et être de tous les ])ai'ticuliers du roi les plus charmants, par res()rit et par les fêtes, avec Mme de Thianges , son auti'c; sœur, et l'élixir le plus trié de toutes les dames de la coui".

Les grossesses et les couches furent publiques.

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