Souvenirs sur les quatre derniers Papes, ch. v, p
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ÉTUDES ORIENTALES î)7
auxquelles il se livra à cette époque. Mais de fréquentes indispositions et des accès de profonde mélancolie vinrent troubler, par intervalles, les vives jouissances que lui procuraient Rome et ses alentours. Il fit quelques excursions dans certaines localités intéressantes des environs. Un fragment de journal, tenu en mars 1826, au cours d'un voyage d'Ostie à Albano, en compagnie d'un ami, nous donne d'amusants détails sur les incommodités d'un voyage à cette époque dans les parties les moins fréquentées de Tltalie. A Fiumicino, où ils arrivèrent le 15 mars, ils ne purent se procurer ni lit, ni déjeuner. A Ostie, on fut extrêmement mal ; aussi les voyageurs se hâtèrent-ils de gagner Ardea dès le lendemain. Voici quelques notes du journal:
« Pris comme guide, un effronté jeune Calabrais, pour nous conduire à Ardea dans une osteria où nous trouverions de meilleurs lits qu'à Ostie. Apercevons qu'il va couper au plus court à travers un troupeau de buffles fort dangereux d'après lui et qui courent souvent sur les gens. Mais, speriamo, dit-il, que les plus méchants seront un peu à l'écart, quand nous passerons. L'obligeons à prendre le plus long chemin; mais dans la forêt d' Ardea toujours des buffles. Traversé le Numicus sur une étroite passerelle inachevée. Enfilons enfin la grande route d'Ardea, passons le pont et grimpons la colline sur laquelle le village est bâti. Restons stupéfaits de voir, en franchissant la porte, un groupement d'une dizaine de huttes sordides, renfermant de trente à cinquante habitants. Entrés dans une osteria^ et repoussés. Nouvelle tentative dans une autre et nouveau rebut. Commençons à avoir une sérieuse appréhension de ne pouvoir trouver de lits. Enfin on nous adresse à Y os te-
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ria du forgeron, qui nous offre une chambre et un lit, comme ils sont. Mais essendo in campagnUy hisogiia addattarsi; à la campagne, on fait comme on peut... Après qu'on nous eût bien reluqués, nous commençons à nous inquiéter du dîner, tandis que la femme du forgeron et les jeunes vulcains balayent la chambre, etc. Discussion à propos d'une gallina pour notre repas ; on en veut huit pauls ; le forgeron lance une hachette à la tête d'un des volatiles pour le tuer ; tombé d'accord à cinq pauls, y compris le bouillon. Commandé de l'eau chaude et de Vaqua vitae pour un punch. Grimpons à notre chambre par une échelle noire. Après en avoir franchi une autre, entrés dans la nôtre, vaste appartement carré, voûté, et noir comme une cheminée. Pas de serrure à la porte, la maintenons avec une pelle de bois. Une moitié de fenêtre qui n'a pas la moitié de ses vitres. Table de deux pieds et demi de haut. Pavés à moitié enlevés et entassés dans un coin avec des morceaux de marbre. Deux demi-chaises, dont une dans la cheminée. Deux poules couvant dans un panier et gloussant. Des bardes en velours, une bassinoire et des paquets de crin çà et là dans la pièce. Deux lits, un pour nous, l'autre pour le forgeron. On apporte l'eau chaude dans un pot à peinture ; la poule tuée, dans laquelle on trouve dixsept œufs, y est aussitôt plongée. Le pot est alors mis sur le feu de la forge, où il mijote; enfin le tout est apporté sur la table pour le dîner. »
Après quelques autres détails réalistes sur la malpropreté et l'incommodité du logis, le journal conclut : « Nous nous consultons et nous changeons nos plans» De peur d'être trop mal hébergés, nous décidons de nousrendre à Albano, au lieu de Porto d'Anzio. »
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Les années de 1823 à 1827 furent consacrées à la pré^ paration immédiate d'une œuvre, qui, pour n'être pas une étude de grande étendue, fit néanmoins à Wiseman uneréputation européenne. M. Scrivener, à qui la carrière d'un grand ecclésiastique offre peut-être beaucoup moins^ . d'intérêt que celle d'un grand savant orientaliste, se lamente sur les «précoces, mais décevantes » promesses de la jeunesse de Wiseman^ ; et il est certain que l'excellent livre intitulé par lui, Horde Syriacse^ que seul un connaisseur consommé des manuscrits Syriaques pouvait mener à bien, et dans lequel Wiseman fit preuve incidemment d'un profond sens critique, fut considéré par les savants d'alors, à quelque religion ou nationalité qu'ils appartinssent, comme l'œuvre d'un écrivain destiné à devenir un grand orientaliste.
Le cardinal Wiseman, dans ses dernières années, se reportait avec un souvenir ému aux nombreuses heures passées par lui dans la bibliothèque du Vatican sur les manuscrits syriaques. Ce furent des années d'intimité avec un savant hors ligne, le cardinal (alors Monsignor) Mai, dont le regard perçant dirigea le premier l'attention des critiques sur ces exemplaires presque effacés des anciens classiques, qu'on croyait à jamais disparus et que les hommes d'études connaissent maintenant sous le nom àepalim'psestesJïel livre, écrit parun moine du XIP siècle, était souvent copié sur un parchemin constituant luimême un exemplaire de quelque ouvrage ancien. Les vieux caractères avaient été grattés pour faire place à une nouvelle écriture, mais demeuraient cependant encore déchiffrables. C'est ainsi que Maï restitua au monde
1. A plain Introduction to tke cHticism of the New Testament y. 4- édit, p. 34.
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iittéraire le De Republica de Cicéron. « Je me reporte, écrivait Wiseman à un ami en 1856, avec une très tendre affection et une douce gratitude, aux heures paisibles que je passais seul dans la bibliothèque du Vatican, entouré de vieux manuscrits syriaques, et à mes petites causeries, de temps à autre, avec le cardinal Maï, quand il traversait la bibliothèque ; car j'étais la seule personne qu'il* autorisât à y rester pendant les vacances d'été, quand les sanptores même étaient absents. Quelquefois il m'apportait les traités syriaques qu'il a publiés dans sa collection pour les revoir et les corriger à sa place. Il me continua son amitié jusqu'à la fin. »
Dans ses Souvenirs^ Wiseman revient sur le temps qu'il passa ainsi parmi les diverses collections de manuscrits à Rome, et en particulier dans la bibliothèque Vaticane, avec Monsignor Maï. Nous retrouvons là, une fois de plus, son impressionnabilité éclairant son œuvre de savant d'un reflet semblable à celui qu'elle avait déjà jeté sur les cérémonies et les antiquités de Rome.
« Qui donc, dit-il, ayant séjourné à Rome pour y cultiver son esprit, ne se souvient pas des heures paisibles passées dans quelqu'une des grandes bibliothèques publiques, où des moines silencieux apportaient et déposaient près de lui les volumes qu'il avait demandés ; où, parmi des centaines de lecteurs, il se trouvait aussi tranquille que s'il eût été seul ?
« Mais il est, dans ce vaste édifice, une salle plus intime dont se souviendra avec un charme mêlé de regret quiconque fut admis à y pénétrer. Représentezle-vous, assis seul dans la seconde salle de la Bibliothèque Vaticane^ autour de laquelle sont rangés des pupitres inoccupés (car c'est le temps des vacances),
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tandis qu'au-dessus s'alignent les portraits des illustres bibliothécaires. Une porte, en face, s'ouvre sur la grande salle, séparée en deux par des colonnes. Les casiers qui les entourent et qui régnent le long des murs sont comme les reliquaires où se gardent les trésors du savoir; les vieux manuscrits qu'ils renferment sont tous des joyaux inestimables. Le plafond, au-dessus de ces richesses, d'un bleu d'azur relevé d'or, resplendit, aussi brillant, aussi aérien, que put le peindre le pinceau de Zuccari. Les volets à demi fermés et les rideaux tirés entretiennent, dans l'atmosphère un peu lourde, une délicieuse fraîcheur qui fait oublier les ardeurs du soleil dont est brûlée la place voisine*. Imaginez là, cependant, non un oisif, car l'oisiveté n'y obtiendrait pas accès en cette saison, mais un étudiant laborieux, à l'aspect peut-être morose, au visage émacié, entre les mains de qui craque le parchemin de quelque vieux volume poussiéreux, dont le tour est venu d'être enfin « coUationné », suivant le terme reçu... Peut-être à Tins-
1. Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici l'impression laissée dans l'esprit de Macaulay par la Bibliothèque Vaticane, où Wiseman passa tant d'heures laborieuses : « Je fis, dit-il, plus de cent pas dans la Bibliothèque, sans me douter le moins du monde que je m'y trouvais. On n'apercevait ni livres, ni rayons. Tout y était lumineux et brillant; rien que du blanc, du rouge et de l'or; sur les parois, d'étincelantes arabesques et des peintures. Et c'était là cette Bibliothèque Vaticane, que je m'étais imaginée comme quelque chose d'aussi sombre et d'aussi lugubre que la Bodléienne. Les livres et les manuscrits sont placés dans des cassettes de bois rangées autour des murs; ces cases sont peintes en couleurs claires, en harmonie avec le milieu de cette salle, on pourrait croire ■qu'elles renferment des instruments de musique, des costumes de mascarade, ou la porcelaine destinée aux dîners et aux soupers pour lesquels l'appartement semble fait. Elles portent toutefois des inscriptions mieux en rapport avec l'idée que je me faisais de l'endroit. » Life^ vol. II, p. 31.
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tant de Theureuse découverte que le poudreux document renferme, quelque part, une proposition ou même une lettre différente de celle de trois autres parchemins semblables, entre, silencieux, et vient s'asseoir derrière le solitaire travailleur, un homme d'âge moyen, au front élevé, aux yeux profonds, à Taise dans une vaste robe de chambre d'été, — car il est chez lui parmi ces livres. De bonnes et encourageantes paroles, un avis pratique et utile, peut-être une discussion sur quelque point intéressant, font, pendant un quart d'heure, diversion au poids du jour et de la chaleur. Mais, de la part de celui qui découvrit Cicéron et Fronton, Isocrate et Denys, un tel échange de pensées va peut-être devenir le germe d'une amitié inappréciable et longtemps goûtée. Des heures comme celle-là souvent vécues ne laissent pas dans la mémoire des traces légères. Écoulées à l'ombre du grand dôme, elles rendent Rome chère par le souvenir du solide profit ainsi acquis et mis en réserve pour les jours mauvais d'une vie plus accablée. »
Les Hordd ^S^r/aca? parurent en 1827. Elles consistaient en trois dissertations. La première, en partie théologique, développait un argument en faveur du sens littéral du texte : Hoc est corpus meum. Les deux autres étaient intitulées : Contributions .philologiques à l'histoire des versions syriaques de l'Ancien Testament. Ce sont elles qui révélèrent au monde savant leur jeune auteur de vingt-quatre ans, et qui firent de lui, après plus de soixante ans écoulés, une des autorités encore classiques sur ce sujet. Cet ouvrage, outre qu'il témoi gnait d'une exacte connaissance de toutes les autorités dont on pouvait s'appuyer en ce temps-là, contenait le premier compte rendu d'une version manuscrite de
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rAncien Testament, jusque-là non examinée et connue sous le nom de Codex Karkaphensien. « On le connaissait seulement de nom, écrit Trégelles, avant les investigations de Wiseman. Il consiste en deux manuscrits •de la bibliothèque Vaticane et était à l'usage des Monophy«ites. » — « L'exacte description qu'en fît Wiseman et l'analyse de ses principaux caractères, dit un autre écrivain^, révèlent en Tauteur une haute faculté critique et une experte familiarité avec les manuscrits syriaques. » Ce Codex est en substance identique à la version PesMlo, mais renferme quelques variantes dans la ponctuation.
En ce qui concerne l'Ancien Testatnent (et Wiseman ne s'est occupé que de lui), « la conclusion de sa discussion sur l'antiquité de la Peshito^ continue l'écrivain cité plus haut, n'a jamais été sérieusement attaquée par la critique moderne ». Même de nos jours, des auteurs tels que M. Scrivener, l'évéque Westcott et Trégelles, ^ussi bien que les savants Italiens et Allemands, ont fait de larges emprunts à ses arguments et à ses recherches. Un autre service rendu à la science par Wiseman fut le supplément qu'il fît ajouter aux lexiques syriaques alors en usage et qui contient plus -de vingt nouveaux vocables et nouvelles significations. Son jugement a été presque de tous points sanctionné depuis par Payne Smith dans son Thésaurus S y riacus^ .
La publication des Horœ Syriacœ eut un effet immé-