Le vigneron de Monte Porzio
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I3i LE CÂRDIiNÂL WISEMÂN
SOUS prétexte de lui rendre une visite d'amis, mais plutôt, je pense, pour le surveiller et Tempêcher de fuir. »
Dans la même lettre Wiseman manifeste son intérêt pour les missions étrangères. « J'ai reçu, dit-il, d'intéressantes lettres de missionnaires en Syrie, me racontant leurs travaux jusqu'au mois d'août. Elles sont pleines d'anecdotes édifiantes et de très importants récits de conversions, non seulement parmi les schismatiques,. mais même parmi les mahométans et les protestants. » ,
L'année suivante, 1834, Wiseman mentionne dans sod journal la disparition définitive de cet état de sécheresse spirituelle décrit dans un chapitre précédent. Cette note est à retenir, car ce changement fut l'inauguration de ce qu'il regarda comme « un nouvel état d'âme », dont il ne sortira à peu près plus à l'avenir.
Voici ce qu'il en dit à la date du 15 mars 1834 :
« Je me suis senti depuis quelques mois passer graduellement à un nouvel état d'âme et de cœur que je puis à peine décrire ; mais j'ai la confiance que c'est la dernière phase d'une amélioration spirituelle qui, je l'ose croire^ se développera encore, mais d'où j'espère ne jamais plus, sortir. Je puis à peine exprimer la douceur et le calme de la disposition d'esprit dans laquelle j'ai vécu; j'ai presque entièrement fui la compagnie et la société, ou je ne m'y suis trouvé que comme un étranger. A peine une pensée troublante, à peine une sensation discordante ont traversé mon existence, dont un grand sentiment d'amour seml)le avoir été le principe. Où tout cela aboutira-t-il? suis-je tenté de me demander. D'où cela provient-il ? Je pense que je pourrais faire une intéressante histoire du progrès religieux de mon âme, s'il m'est permis de me servir d'une expression si odieusement détournée de son
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TraiH3erDs par les fanatiques modernes, depuis les jours de durs et arides combats que j'eus à soutenir, lorsque je •commençai à étudier pour mon propre compte, jusqu'au moment où je me suis senti d'abord établi dans un état d'austère conviction, puis, quelques années plus tard, amolli et touché par des preuves plus hautes et plus •consolantes fournies à mon cœur par les grandes harofnonies et les magnificences de la religion considérée, soit dans ses points de contact avec de moins nobles objets, soit dans le miroir de sa propre splendeur. 11 me parait •curieux aussi et intéressant de constater l'influence de ces sentiments divers sur mes relations avec le monde •extérieur. Il me souvient que pendant des années les ^glorieuses cérémonies de l'Église perdirent pour moi tout attrait. Je ne donnai plus d'attention aux vénérables monuments et aux souvenirs sacrés semés à profusion dans Rome ; ou bien je ne les étudiai plus qu'avec le regard sec d'un antiquaire, les considérant, non plus pour en jouir, mais pour en tirer des témoignages, car je recueillais alors, avec une fiévreuse activité, les preuves et les démonstrations de la vérité religieuse. Mais désormais ce temps de probation, je l'espère, est passé; je sens revivre en moi la fraîcheur de mes pensées d'enfant; mon cœur se dilate avec une jouissance nouvelle et éprouve un charme délicieux au spectacle des pieux objets et des saints usages qui m'environnent, je pourrais presque dire que je mène une vie d'épicuréisme spirituel, ouvrant tous mes sens pour les abreuver surabondamment de jouissances religieuses. »
C'est à cette heure d'énergie renaissante que Wiseman conçut l'idée de retourner en Angleterre avec le projet de travailler plus activement pour la religion, par-
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mi ses compatriotes. Il proposait de fonder une Université catholique et d'éditer une revue catholique, convaincu que ces deux créations permettraient, à lui et à ses amis, de prendre part avec autorité et succès au mouvement religieux qui se dessinait alors. Le D*" Baines, vicaire apostolique du district de TOuest, était entré pleinement dans ses vues. Des lettres de cette époque indiquent que le recteur du Collège anglais considérait ce projet comme une chose définitivement arrêtée. Le Pape avait promis des lettres d'établissement pour TUniversité, et, bien que le projet de nommer Wiseman évêque coadjuteur du D' Baines eût été ajourné, celui-ci n'en décida pas moins en principe son voyage en Angleterre pour organiser la nouvelle institution.
Malgré sa joie de voir s'ouvrir à son zèle un champ plus vaste, il semble que la perspective de quitter Rome lui inspira quelques sentiments de regrets, quand, au mois de septembre, il se retrouva dans sa chère villégiature de Monte Porzio.
« Nous sommes ici à Monte Porzio, moi dans mon bon vieux coin, et Minna près de moi. On vient de chanter les litanies du soir, et les cigales ont commencé leur chanson sans fin. Mon regard s'est reposé avec un charme infini sur le splendide panorama qui se déroule devant ma petite terrasse, sur les verdures mélangées des oliviers, des blés et de la vigne, ces trois éléments de la multiplication du genre humain, sur les forêts de châtaigniers, les coteaux brumeux de Catone, les majestueux édifices de San Silvestro et de Rufïinella, sur la mer étincelante au-delà comme un miroir; et j'essaye d'imprimer chacune de ces images dans mon âme aussi profondément que je le puis, afin de garder un plus bril-
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RECTORAT DU COLLÈGE ANGLAIS 13ïï
lant souvenir de ces choses que je ne reverrai peut-être jamais plus. J'en puis à peine supporter la pensée, car se dire que Ton voit quelque chose pour la dernière fois, c'est un langage de mourant ; partir pour toujours est une espèce de mort. »
Plus tard cependant il écrit que rien n'est décidé encore au sujet de l'Université projetée, bien qu'un voyage d'étude préparatoire soit fixé à l'été de 1835. Avant d'arrêter ses dispositions pour ce voyage, Wiseman, cédant aux instances de plusieurs de ses amis de Rome, rassembla les résultats de ses recherches philologiques et scientifiques, dont quelques-uns avaient déjà été utilisés par lui dans ses conférences aux membre» du Collège anglais, et leur donna une forme appropriée à un moins jeune auditoire.
Telle fut l'origine de ses célèbres discours sur les Rap-ports de la science et de la religion révélée. Elles furent données dans les salons du cardinal Weld, au Palazzo Odescalchi, pendant le carême de 1835.
Rien, depuis la publication des Horœ Syriacœ en 1828, ne contribua plus à sa renommée que ces conférences, 11 paraîtrait même que l'effet immédiat produit à Rome fut plus considérable. Elles traitaient des sujets les plus propres à intéresser les hommes instruits, en particulier des théories et des discussions à l'ordre du jour dans les diverses sciences, et spécialement en philologie comparée. Si leur portée par rapport aux preuves du christianisme offrait moins d'intérêt à quelques-uns, en revanche, elle faisait naître un attrait de plus chez les autres.
Beaucoup de ces théories sont maintenant abandonnées, et bien que Wiseman, en quelques cas, ait eu l'intuition de découvertes faites plus tard, ces conférences,
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dans leur ensemble, et contrairement à ce qu'il est advenu de ses recherches bibliques, sont devenues une œuvre surannée. Mais Tintérét qu'elles avaient à cette époque les fît beaucoup remarquer, et elles attirèrent à leur auteur une grande considération en raison de l'étude approfondie et méthodique des documents originaux qu'elles révélaient sur chaque sujet abordé dans ces discours.
Wiseman a noté lui-même au début de ces conférences qu'elles avaient pour objet de répondre aux difficultés résultant des découvertes scientifiques faites jusqu'à cette époque et que, par conséquent, elles ne sauraient être définitives ; aussi bien ne les donnait-il pas comme des preuves absolues du christianisme. Il y devançait Newman par l'emploi de la méthode dite en anglais cumulative, tant préconisée plus tard par celui-ci et qui consiste moins à relever tel argument spécial ou tel ordre particulier d'arguments en faveur de la révélation, qu'à faire valoir l'effet d'ensemble de tout l'appareil apologétique. « 11 est vrai, dit Wiseman, que la révélation chré-^ tienne repose sur des arguments généraux que des objections particulières ne peuvent facilement ébranler. 11 est vrai que ses preuves intrinsèques et extrinsèques consistent dans un nombre et une variété de considérations si fortement réunies ensemble qu'une attaque partielle sur un point est repoussée par tout le reste ; de manière que nous éprouvons plus de difficulté à supposer faux tout le système du christianisme par suite d'une objection particulière que nous n'en éprouvons à confesser notre incapacité à répondre, tout en restant attachés à la cause qu'on attaque ^ . »
1. Discours sur les rapports de la science et de la religion révélée. (Edit. Genoude, 1844, p. 4.)
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Mais il était évident que, malgré Fimportance capitale d'une telle méthode de raisonnement, la multiplication, au nom de la science du jour, des objections de détail, n'en aurait pas moins paru, alors comme aujourd'hui, saper peu à peu un grand nombre de preuves, et que i-appel à l'argument cumulatif aurait pu ressembler à un cercle vicieux. Des réponses détaillées à ces objections étaient donc indispensables.
Même à présent, ces conférences méritent d'être lues ; et Lord Acton rapporte ce propos tenu par feu le professeur Owen à Wiseman, vers 1860, qu'il serait facile de lés compléter et de les mettre au niveau de la science actuelle. Elles renferment de nombreuses et curieuses informations. Tout ce qui regarde F t>thno graphie en particulier dénote de consciencieuses et laborieuses recherches ; telles conséquences, que seuls des spécialistes pourraient complètement apprécier, sont souvent accompagnées de si lucides explications que leur véritable portée devient intelligible à la majorité des lecteurs.
Pour nous en tenir aux points qui ont encore une réelle valeur de nos jours, nous observerons que Wiseman sut éviter la faiblesse qu'ont certains apologistes, y compris les scolastiques, d'attacher trop d'importance à telle ou telle preuve de détail isolée des autres, pour les faits qui touchent à l'histoire chrétienne. Ses conférences ne prétendaient point établir la divinité du christianisme ; leur objet général était de démontrer que les innombrables hypothèses scientifiques successivement imaginées pour combattre la doctrine chrétienne se sont vues successivement anéanties par les investigations plus approfondies de la science. Dans quelques
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cas, les exemples qu'il en donne sont encore péremptoires. Presque toujours il dénonce, avec de fortes preuves à Tappui, la facilité hâlive de certains savants à formuler des théories prématurées, dans le premier enthousiasme d'une découverte nouvelle, et il traite de déraisonnable « Teffroi » qui se produit et se répand chaque fois que, de Copernic à Darwin, s*élève une hypothèse scientifique en opposition apparente avec la tradition chrétienne.
Comme Pascal, Wiseman fait reposer les plus puissantes preuves de la divinité des doctrines chrétiennes sur les expériences intimes, hors de la portée de ceux qui n'ont pu constater leur influence sur Tâme en les acceptant. « Quand nous avons une fois embrassé la véritable religion, nous n'avons plus besoin d'en rechercher les preuves ou les causes dans les raisonnements des livres ; ' elles s'identifient avec nos plus saintes affections; elles naissent du sentiment qui nous fait trouver nécessaires à notre bonheur les vérités qu'elles contiennent ; elles naissent de ce que ces vérités nous donnent la clé des secrets de la nature, la solution de tout problème mental, l'accord de toutes les contradictions de notre condition anormale et la réponse à toutes les questions solennelles d'une conscience inquiète ^ » -
La conclusion en était que celui qui se repose avec foi et confiance sur ce témoignage de ce qu'il y a de plus noble dans sa nature se rendra compte presque toujours que les prétendues réfutaitions scientifiques du christianisme, si préjudiciables à la religion aux regards de ceux qui n'ont point cette foi patiente, ne sont, en réalité