Discours sur les rapports, etc., p
RECTORAT DU COLLÈGE ANGLAIS l'44
basées que sur d'insuffisantes études. La foi se trouve ainsi en définitive justifiée par la science elle-même.
Il décrit par exemple la consternation jetée parmi les croyants par le graduel abandon, sur de concluants arguments, de Tancienne théorie que Thébreu était le langage primitif de la race humaine, et par les triomphantes conclusions qu'on en tirait contre la descendance du gen're humain d'une souche unique, telle qu'ellv est supposée par la Bible. De telles conclusions ébranlaient tout le système chrétien. Quelques modifications que la subtilité scolastique puisse introduire dans la doctrine du péché originel, le fait que la race humaine a hérité des fatales conséquences posées par un acte de ses deux premiers représentants ne peut être en effet rejeté san s ébranler des doctrines fondamentales du christianisme, le dogme de l'expiation et en général toute la conception d'une nature humaine déchue. Ainsi l'unité de l'origine du genre humain a toujours été une croyance sacrée; or l'opinion que le langage primitif était l'hébreu s'était si étroitement associée à cette croyance que le renversement de cette opinion sembla un moment fatal au christianisme. Mais le temps a apporté sa revanche. Une étude plus méthodique des affinités des langues a fait découvrir bien des similitudes entre les idiomes les plus disparates en apparence, et la pensée s>§t fait jour dans l'esprit des chercheurs que la croyance en la communauté d'origine n'avait rien à voir avec l'opinion que notre premier père était Hébreu. Wiseman indique sous une forme frappante quelques-unes de ces affinités de langage qui sautent aux yeux. Ainsi, dit-il, « lorsque je prononce les mots suivants : pader^ mader^ sunu^ dokter, brader^ mand vidhava ou jiivan^ vous
Googk
U2 LE CARDINAL WISEMÂN
pourriez aisément supposer que je répète des mots d'un langage européen ; or chacun de ces termes est ou sanscrit ou persan ». Puis retraçant les récents développements donnés à Tétude de ces affinités nouvellement découvertes, il indique les diverses voies suivies, grâce auxquelles Tunité originelle de toutes les langues a repris une fois de plus la situation d'hypothèse satisfaisante aux yeux de savants comme Humboldt, Klaproth, Frédéric Schlégel, Herder, Abel Rémusat, Niebuhr et Balbi. En réalité, les plus irréligieuses conclusions de la science provenaient de Tabandon de la vraie méthode inductive : « On a commencé, dit Abel de Rémusat, par bâtir des systèmes au lieu de se borner à l'observation des faits. »
Un exemple bien connu est donné par Wiseman de ce complet écroulement des hypothèses aniichrétiennes. On sait que les jésuites et les missionnaires avaient la coutume d'instruire les chrétientés indiennes en utilisant les éléments chrétiens que renfermaient leurs croyances et en les développant dans un sens chrétien. Or voici ce qu'il raconte dans la dernière de ses conférences :
« Avant de quitter les écrits philosophiques des Indiens, je vous donnerai un exemple de la facilité avec laquelle des hommes, qui tiraient vanité du nom d'incrédules, s'accommodaient de n'importe quelle assertion en apparence hostile au christianisme. Dans le dernier siècle, un ouvrage indien, dont les doctrines étaient essentiellement chrétiennes, fut publié par Sainte-Croix sous le nom à'Ezour-Vedam ^ Voltaire s'en saisit