‹ Le cardinal WisemanChapitre 54 sur 106 · Loc. cit„ p · texte numérisé non relu

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témoigne de son respect pour plus d'un catholique qu'il connaît; mais, pour lui, Tidée d'un réveil du catholicisme comme puissance véritable est une grotesque absurdité. « Quant aux énormes cierges et aux mômeries superstitieuses, aux vêtements bariolés des prêtres catholiques, je ne les redoute pas. Dites-moi... que Lord Howick et M. Grattan sont capables de commettre Tun et l'autre une action vile et déshonorante, que quiconque a entendu parler une fois Lord Redesdale s'exposerait sciemment et et bénévolement à l'entendre une seconde ; dites-moi que Lord Eldon a convenu "du fait que deux et deux font quatre sans verser des larmes ou sans exprimer quelque scrupule ou quelque doute, dites-moi toute autre chose absurde ou incroyable, mais, pour l'amour du bon sens, que je n'entende plus parler qu'il y ait jamais lieu d'appréhender le danger d'une diffusion générale du papisme. Cela est trop absurde pour qu'on s'en préoccupe désormais. Tous ceux qui l'entendent dire savent bien que c'est là une insanité, et celui-là même qui affirme cette crainte en pense tout autant. »

, Rien n'excite la verve satirique de Sydney Smith comme l'invocation de la sagesse des ancêtres pour justifier a pnon les lois pénales. Cet élastique motif de respect peut justifier toutes sortes d'absurdités. Supposons, dit-il, que, par caprice, nos ancêtres aient exclu du Parlement toute personne ayant les cheveux roux, je suis certain qu'en pareil cas des Anglais trouveraient toute sorte de sagesse occulte dans la loi qui nous aurait été transmise. On découvrirait qu'une chevelure rousse est inséparable de l'athéisme ou de la superstition ou de la tyrannie. « Lord Eldon en appellerait à la divinité, à ses propres vertus et aux cheveux de ses en-

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fants. » La prétendue sagesse de Tostracisme décrélé^ contre les catholiques ne se soutient pas, quand on examine, non avec une foi aveugle, mais les yeux grands ouverts, les motifs qui ont porté nos pères à le prononcer. Quelque raison qu'ils aient eue, cette raison n'existe plus et n'a jamais été une raison suffisante. Les vulgaires mots de guet antipapistes, quand on les étudie de près, s'écroulent comme château de cartes. « Lesfolies d'un siècle sont à peine croyables dans le siècle qui suit, ajoute Sydney Smith, quedira-t-on des intolérables, absurdités proférées dans les réunions publiques antipapistes? Si le monde dure jusqu'en 1927, ces puériles, insanités seront descendues du salon à la cuisine, en passant par l'office. »

Les plaisanteries de Sydney Smith sur le péril imaginaire d'un retour offensif du papisme contribuèrent sansdoute à faire accueillir l'exposé trop véridique, hélas l qu'il fit des injustices subies dans le passé par les catholiques. Si le danger n'était qu'un épouvantail, et si l'histoire enregistrait autant de persécutions de la part desprotestants que de la part des catholiques, les lois pénales n'étaient que de brutales représailles. Et Sydney Smith n'hésitait pas à tirer cette conclusion, sans ambages de style. Il qualifiait ces lois de code barbare infligeant au « caractère anglais un opprobre indélébile » ; ailleurs, il les déclare «infâmes et pernicieuses»; plus loin, il s'approprie les termes dans lesquels Burke stigmatisait leur application en Hollande : « C'est vraiment un système barbare qui outrage en tous points les lois de l'humanité et les droits de la nature ; c'est le système le plus odieux qu'ait jamais imaginé Tingénieuse perversité des hommes pour opprimer, emprisonner, dégrader

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un peuple et avilir la nature humaine elle-même. » Sydney Smith dresse la liste complète des catholiques tués pour leur foi sous Henri VIII et Elisabeth et donne toute son approbation à l'apologie de Tattitude des catholiques présentée par Milner. Il étudie une à une les causes invoquées pour justifier les sentiments antipapistes, et aucune ne lui paraît véritablement fondée. 11 relève Tinjustice de Tostracisme social qui frappe les catholiques et qui autorise « tout douanier ou épicier protestant à traiter avec mépris un noble Irlandais catholique » . Enfin il formule une revendication sans réserve de la liberté de conscience, qui a donné le ton aux idées de liberté religieuse en notre siècle.

c Le catholique, dit-il d'un ton indigné, est traité comme un félon spirituel, parce qu'il obéit au plus noble des guides, à sa conscience. » Et, voulant donner Tattitude d'un homme véritablement éclairé, il dit, en soulignant chacun de cçs mots : Le véritable esprit est de soupirer après -Dieu et après une autre vie avec humilité de cœur; c'est de ne renverser les autels de personne et de ne punir la prière d'aucun homme; de n'infliger aucune pénalité^ aucun châtiment à ces solennelles supplications que les hommes adressent à Dieu^ en des langues diverses^ sous des formes variées^ dans des temples de tous les styles, mais avec le profond sentiment de la dépendance de r humanité ^

Ces citations reflètent bien le généreux enthousiasme qui régnait à cette époque, et qui donna aux boutades de Sydney Smith une influence plus sérieuse qu'elles n'eussent pu l'exercer par elles-mêmes. Si, dans sa pen-

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