‹ Le cardinal WisemanChapitre 75 sur 106 · Lettre à M. Philipps, d'Oscctt. 17 janvier Î · texte numérisé non relu

Lettre à M. Philipps, d'Oscctt. 17 janvier Î

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mande des prétendues lumières spirituelles qu^aurait reçues Newman m'inquiéterait plutôt. Je puis concevoir que la divine Sagesse leur permette de demeurer dans le schisme pour qu'il en résulte un bien ; mais un avertissement ou une inspiration positive de rester dans cette situation me paraît inconcevable... Le grand danger à présent me semble résider dans leur facilité à se persuader que la Providence se déclareen leur faveur... Ils espèrent contre toute espérance, d'une façon qui me fait trembler qu'un attachement humain à TEglise d'Angleterre ne contrebalance en eux les impulsions de la grâce et ne les fasse que trop efficacement résister aux vues de la Providence... Notre devoir est donc de prier et de conjurer le ciel pour eux, de les exciter de la main et de les encourager dans leur marche, de les aider à arriver au port... J'espère encore que de nouvelles lumières kur seront accordées, et que le prochain carême, par ses supplications multipliées et ses austérités, procurera à notre cause plus de bénédictions que nous n'en avons encore méritées... »

En octobre 4843, Sibthorpe revint à l'anglicanisme. Wiseman, aussi prompt à se décourager qu'à s'enflammer d'enthousiasme, en passa toute une journée au lit. Les anciens catholiques anglais, comme on pouvait s'y attendre, prirent prétexte de cette défection pour faire le procès des conversions hâtives. Newman s'en autorisa pour mettre en garde plus fortement que jamais contre un mouvement prématuré. Ward partageait son opinion et il écrivit énergiquement dans ce sens à M. Philipps, qui montra sa lettre à Wiseman. Sur ces entrefaites, M. Seager, le savant orientaliste et l'un des membres de l'École d'Oxford, fut reçu dans l'Église

et Wiseman reprit espoir et courage. Il adressa alors, d'Oscott, le 25 octobre 1843, cette lettre à M. Philipps : « J'avais commencé une lettre pour vous samedi dernier à Derby, mais je n'ai pu Fachever. Depuis, je suis allé à Manchester et j'ai prêché deux fois dimanche. Je ne me sens nullement disposé à me décourager autant que vous de la lettre de M. Ward. Ce n'est évidemment pas une de ces lettres qu'on aime à recevoir ; mais elle ne fait qu'exprimer ce que nous savons de leurs dispositions actuelles, à savoir que la Providence leur a indiqué une façon d'agir extraordinaire et irrégulière, ou peut-être un peu anormale, qu'ils doivent suivre de préférence aux voies et aux règles ordinaires. M. Seager, avant de venir à nous, nous l'a exposée en détail et nous a montré sur quelles raisons spécieuses et bien déduites elle repose. Bien que lui et les autres n'eussent pas foi dans les Ordres anglicans, etc., ils croyaient que Dieu communiquerait la grâce par des canaux spéciaux et extraordinaires, directement ou par des sacrements, non réels, mais apparents. Se sentant avancer dans la grâce, ils l'espèrent du moins, et voyant leurs efforts vers l'unité, pour aussi loin qu'ils vont, couronnés de succès, ils découvrent en cela une intimation de la Providence de n'avoir pas à bouger. Tout en respectant leurs sentiments et en espérant que Dieu les dirigera suivant son bon plaisir, aucun catholique ne peut se permettre d'agir d'après eux, et je ne puis concevoir comment une personne aussi éclairée que votre correspondant peut s'attendre à nous voir agir de cette sorte ou admettre leurs sentiments comme mobiles de notre conduite. Le catholique a pour règles les commandements de Dieu et de l'Eglise, et rien d'autre. Si un

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catholique, ayant l'occasion de ramener une âme à Tunité, négligeait de le faire sous prétexte que la Providence semble agir par des moyens exceptionnels en 1 état de choses actuel, il commettrait certainement un péché, car il violerait un devoir évident et positif pour suivre des idées et un jugement personnels que n'autorisent ni la révélation ni la tradition. Ceci, entre parenthèse, serait très anticatholique et très coupable ; notre devoir bien tracé est de ramener isolément ou ensemble nos frères égarés dans le sein de l'Église, suivant que l'occasion s'en présente, et, quand il ne plaît pas à Dieu de bénir nos efforts, d'adorer ses desseins et de le prier de continuer l'œuvre pour sa gloire et le salut des âmes. Mais nous devons marcher suivant ses voies ordipaires, et malheur à nous si nous les abandonnions pour suivre quelque théorie spéculative. La lettre de M. Ward ne me semble rien de plus que l'énergique expression des idées connues de son parti que consolidera temporairement, ce me semble, la rechute lamentable de M. Sibthorpe. Mais cette chute n'affaiblit et ne doit pas affaiblir nos principes et nos actes plus que la chute d'un apôtre ou d'un des premiers diacres n'affaiblit nos convictions relativement à l'autorité de l'Église. Mais tandis que vous receviez cette impression de tristesse de la lettre de M. Ward, je vous confie que je voyais et entendais bien des choses propres à me réconforter. La première lettre que j'ouvris après la vôtre ranima plus que jamais mes espérances et m'encouragea à plus de zèle encore. L'accession de M. Seager venait juste à point pour compenser notre dernière perte et en quelque sorte la contrebalancer.

<c Parlons maintenant de l'Irlande. Savez-vous

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qu'O'Conneli a taxé votre jugement sur Jacques II d'antilibéral, etc. et qu'il a accusé tous les catholiques anglais de n'être point libéraux à l'égard des dissidents? C'était à l'Association du Rappel... Je ne vois rien de catholique dans l'agitation du Rappel, je crains qu'elle ne soit qu'une agitation purement profane. En conséquence, je n'éprouve aucune alarme au sujet de la situation en l'Irlande, ce qui ne m'empêche pas de déplorer profondément la détresse, le mauvais gouvernement et le malheureux état de choses actuels. Je crains que les meetings du dimanche n'aient conduit à une grande profanation de ce jour, ou tout au moins à la négligence de sa sanctification, et que le sentiment en faveur du Rappel n'ait presque absorbé le sentiment religieux. Tout cela, je vous le dis en confidence, car nous vivons dans un temps où presque tout exposé d'opinions qui ne va pas aux extrêmes est sûr d'être mal interprété.

« M^^ Walsh vous a écrit sans doute à propos des arrangements projetés pour la Grâce-Dieu ; je compte voir ici Sa Grandeur dans un jour ou deux. M. Frédéric Smith, très charmant jeune homme, converti de bonne famille, est entré dans notre classe de théologie, de sorte que nous avons maintenant une élite de théologiens. Que Dieu nous donne de croître et nous pourrons espérer de voir s'accomplir de grandes choses.

« Je vais essayer d'obtenir du duc de Bordeaux l'honneur d'une visite. Je dois le voir à Alton après la Tous^ saint... »

Le duc de Bordeaux, mieux connu de la génération suivante sous le nom de Comte de Chambord, accepta l'invitation de M»' Wiseman à laquelle il est fait allusion dans la lettre ci-dessus. 11 vint à Oscotten novembre 1843

et fut pendant quelques jours l'hôte du collège. Ms^ Wir seman composa en son honneur un compliment en vers que lut un des jeunes élèves, aujourd'hui le chanoine Bagshawe . L'épisode du drapeau hlanc, trente années plus tard, lorsque le comte de Chambord eut à choisir entre la couronne de France et les vrais principes que représentait à ses yeux sa bannière, donne un intérêt particulier à une allusion faite par Wiseman à la « blanche bannière » du prince, symbole d'une vie sans tache que couronnera au ciel un diadème plus beau que le diadème de la terre ^ .

L'année suivante, Wiseman visita l'Espagne, son pays natal, et éprouva une grande joie de ses relations avec les évêques espagnols, particulièrement avec l'évêque de Cadix, M»"" Domingo Silos de Moreno. A Cadix, il descendit chez une de ses parentes, M"*® Stanley, et dit chaque jour la messe à l'église de Saint-François. La lettre suivante, adressée de Séville, le 24 juin 4844, au D"" Russel, donne ses impressions générales sur l'Es-

Prince, itis well that in thine exile hours

Thou seekest Knowledge, solace of the good,

And addest to the grâce of kingly blood

That which ail earthly royalty o'ertowers.

Welcome to good Saint Mary's holy bowers,

Where learning loves her company who stood

A faithful scholar underneath the Rood,

And let thy heart be high in hoj.e, as ours.

Let thy a white banner » be a spotless life,

And let the « lily » flourish in thy heart;

Religion be thy watchword when at rest,

Become thine « Oriflamme » in time of strife,

And I, allthough unskilled in prophef s art,

Foretell thee a crown, where Heaven shailknow it best.

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pagne de cette époque : « Me voilà dans ma ville natale^ après une absence de plus de quarante ans, et ce laps de temps, bien que j'aie quitté Séville trop jeune pour me souvenir de rien ici, ne semble pas avoir fait de moi un étranger. Partout je rencontre des personnes, ecclésiastiques ou laïques, qui m'accueillent comme un concitoyen et qui se rappellent parfaitement ma famille. Elles m'accablent d'amabilités et font tout pour rendre mon court séjour ici agréable et intéressant. Il en fut de même à Cadix, où j'ai retrouvé plusieurs anciens amis, qui rivalisèrent d'amabilité pour moi...

« J'ai passé une semaine délicieuse et j'ai pris beaucoup d'exercice ; par le fait, j'étais en mouvement toute la journée... Je ne puis songer à vous raconter dans une lettre tout ce que j'ai vu ; mais, d'une façon générale, jepuis vous dire que j'ai été vraiment ravi de tout, si j'excepte les abominables traitements subis par l'Église de la part de tous les gouvernements qui se sont succédés en Espagne, depuis 1821. Outre l'attention pour tout ce qui est objet d'intérêt, œuvres d'art, etc., je me suis surtout et naturellement attaché aux institutions et aux choses ecclésiastiques et religieuses, recueillant pour la Revue de Dublin les données d'un ou deux articles qui seront, je crois, intéressants et de nature à modifier les idées de bien des gens — catholiques, j'entends, — sur le caractère de l'Église d'Espagne en ce temps et sur les agissements d'un gouvernement libéral à l'endroit de la religion. Je ne trouve pas que le clergé de ce pays le cède à aucun autre, soit en Angleterre, soit ailleurs, en piété, en zèle et en savoir. Je crois, au contraire, que nous aurions beaucoup à apprendre de lui, en fait de vertus ecclésiastiques et spécialement en patience à supporter les pesantes

croix que la Providence leur envoie. Les couvents' de religieuses m'ont tout particulièrement édifié et consolé. La cathédrale (de Séville) dépasse en magnificence tout ce que j'avais imaginé, et, chose bien remarquable, grâce à la fermeté de son clergé, ses somptueux trésors ont échappé à la rapacité des Français et à la cupidité de tous les gouvernements révolutionnaires qui se sont succédé. La profusion de l'or et des bijoux dépasse toute croyance ; quant à l'argent, il semble qu'ici on n'en fait pas plus de cas que du fer chez nous. De même pour les ornements, etc., qui sont d'une richesse inonie^sed de hoc alias. D'ici j'irai à'Ecija, où demeure un de mes parents que je n'ai pas vu depuis des années; cela me met sur le chemin de Cordoue, de Grenade et de Malaga ; après quelques jours passés dans chacune de ces villes, je reviendrai à Cadix m'embarquer pour l'Angleterre. Je n'ai pas besoin de vous dire que je jouis ici d'une température délicieuse, ressemblant plutôt au printemps ou à Tautomne qu'à rhiver, au milieu de plantations d'orangers en pleine fleur...

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