V. Apologie, p
C'était donc bien une étude sérieuse et non une mise en scène. Après sa conversion, M. Smith avoua ses soupçons et le rude habitant du Nord lui répliqua avec une indignation mêlée de bonne humeur: « Si j'avais cru possible pareille chose, je vous aurai lancé le livre à la tête. »
L'évéque de Lincoln, étant venu à Leadenham, visita Téglise, y compris la voûte de Pugin, assista au service et déclara le tout « incontestablement romain ». Il interdit le pain azyme, les cierges à Tautel et tout le reste. M. Smith sentait que l'anglicanisme le rejetait, alors que Rome Tinvitait. Le livre de Tévéque Milner, Le but dune controverse^ acheva de Téclairer en lui prouvant que la solution catholique était logique, tandis que sa situation était hérissée de difficultés. La doctrine de saint Alphonse de Liguori qu'il n'est pas permis, en matière de grave importance, de suivre une opinion douteuse, quand on a devant soi une voie d'une sécurité absolue, le décida à agir. S'il était certain de la validité des Ordres et du caractère catholique de l'Eglise romaine, il était pour le moins incertain en ce qui concernait l'anglicanisme.
M^'Wiseman devant prêcher au mois de décembre 1842 dans l'église de Saint-Barnabe à Nottingham, M. Smith vint l'entendre. Après la messe, l'évêque reçut publiquement dans r Église catholique un juif et un socinien. M. Smith sollicita de lui une entrevue et revint avec lui à Oscott. Le premier visage qu'il y rencontra fut celui du bon et saint f\ Spencer. Après une retraite, il fut admis dans l'Église, Cette abjuration souleva tant de colère, car la conversion d'un ministre anglican au catholicisme était jusque-là un fait très rare, que
révêque de Lincoln s'efforça de trouver des raisons qui permissent de jeter M. Smith en prison pour avoir laissé sans pasteur Téglise de Leadenham. Mais l'archevêque de Cantorbéry prit la chose avec plus de douceur, et on en resta là ^ .
Cette abjuration eut une influence directe sur Newman. Il avait écrit à M. Smith pour le dissuader d'entrer dans l'Eglise romaine, et il lui avait demandé de venir le trouver à Littlemore pour discuter cette affaire. M. Smith déclina son invitation. Les lettres de Newman ne faisaient que le confirmer dans sa résolution. Newman n'avait plus une parole contre Rome ; il lui rappelait simplement le devoir de rester où l'avait placé la Providence et de se soustraire aux angoisses du raisonnement. Après l'abjuration de M. Smith, l'évêque de Lincoln accusa Newman d'entretenir une étroite correspondance avec le nouveau converti et de lui avoir conseillé de garder son bénéfice après « s'être fait romaniste » . Newman s'en défendit énergiquement ; mais dans la correspondance échangée en cette occasion avec Tévêque, il en vint à cette conclusion significative : « Pour qu'il ne s'élève aucun malentendu, écrit-il,... je prends laliberté
1. «Ma conversion sembla un saut dans rinconnu, dit M. Smitti, d'autant plus que jusque-là, avant de prendre un parti définitif, il ne me paraissait pas absolument certain que ma manière de voir dans l'anglicanisme ne fût pas soutenable. Mais je fus dirigé par l'enseignement de saint Alphonse de Liguori qu'en matière de nécessité de salut, on ne peut suivre une opinion douteuse. Or j'étais absolument incertain que l'anglicanisme pût être défendu. Une fois ma détermination prise, il se fit en moi un changement si grand que l'Église anglicane, en tant qu'Église^ me sembla purement et simplement ne pas exister, et ce sentiment ne m'a pas quitté depuis cinquante-deux ans. » Tel était également le sentiment de Newman. « Elle me semblait la plus complète des nullités.»
d'ajouter que je ne vois aucun mal à ce qu'une personne professant des opinions catholiques romaines continue à avoir des relations avec nous, pourvu qu'elle ne détienne aucun bénéfice ou aucune charge, qu'elle s'abstienne de toute ingérence en matière ecclésiastique, et qu'elle ne soit liée à nos doctrines par aucun engagement écrit ni par serment. » — « Cela, ajoute-t-il dans VApologia^ je l'écrivais en prévision de ma propre retraite dans la communion laïque. »
Cependant M*' Wiseman et M. Philipps ne cessaient pas d'essayer de gagner aux tractariens la bienveillance des catholiques anglais et irlandais. Le ton de l'Or^odox Journal^ organe catholique hebdomadaire, et celui du Tablet^ laissaient beaucoup à désirer sous ce rapport. Leur correspondance de cette époque nous les montre préoccupés de modifier le ton de ces journaux. Mais en dehors de cette action générale par la presse, Wiseman ne se désintéressait pas d'une action plus personnelle sur les âmes ébranlées. On en jugera par ces quelques extraits de ses lettres de ce temps-là :
« J'ai reçu une lettre de l'auteur de La Doctrine de V Église catholique en Angleterre sur V Eucharistie, Je l'avais invité à venir passer les fêtes de Noël avec nous; mais il était parti pour Guernesey, où Dalgairns lui transmit ma lettre. Voici quelques lignes de sa réponse : « Je ne doute pas que mes sentiments religieux n'eussent été édifiés d'un séjour à Oscott, pendant les fêtes de la
1. Wiseman ne réussit pas à convertir à ses idées le Tablet, alors dirigé par M. Lucas. 11 écrit, le 11 mars 1848 : « Pour le moment, le Tablet est rédigé de manière à ruiner n'importe quelle cause; j'espère que les catholiques secoueront sa tyrannie et cesseront de se commettre avec lui. »
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Nativité de Notre-Seigneur. Je le regrette d^autant plus que, dans un récent voyage en France, j'ai pu assister chaque jour, pendant deux semaines, au saint sacrifice de la messe. Tout me parait insipide en comparaison. De jour en jour, je sens le lien qui m'attache à TEglise d'Angleterre devenir de plus en plus faible, et, si j'en crois mes amis oxoniens, ma visite à Oscott menace de n'être pas seulement momentanée. Je me propose, avec la grâce de Dieu, de suivre la vérité, où qu'elle me conduise, sans calculer les conséquences ^w
Dans une autre lettre du 8 décembre 1842, Wiseman entretient son ami des espérances qui lui viennent de l'Irlande, des nouvelles conversions qui se préparent et des inquiétudes que lui donne Newman, un instant raffermi dans sa foi aux Ordres et aux sacrements anglicans :
« J'espère que vous pourrez recevoir M. B. Smith. Une lettre de lui à M. Hardmanétait pleine de promesses; sa décision semble maintenant arrêtée, et il sera, je crois, bientôt des nôtres... Vous serez heureux d'apprendre d'O'Connell l'état des esprits en Irlande. Les évèques sont avec nous et se sont prononcés contre le Rappel. Néanmoins il nous faut nous tenir à l'écart de la politi(|ue irlandaise. Mais ce qui est plus important, c'est que les évoques d'Irlande ont ordonné des prières pour l'Angleterre à leur clergé.
« Bloxam et d'autres semblent dans un grand malaise d'esprit, et rien moins qu'heureux. J'ai confiance que la grâce de Dieu ne cessera pas d'agir que le grand résultat en perspective ne soit atteint. Ce que Ward me