‹ Le carnaval des enfants; pièce en trois actesChapitre 3 sur 115 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Chez une lingère, sur la rue.

S'il ne faisait pas nuit au début de l'acte, on serait frappé du dénuement de cet intérieur. Il y a un extrême désordre. Les deux vieux fauteuils qui ont envahi le magasin n'étaient évidemment pas destinée à se trouver là. Dans un coin, il y a une couchette d'enfant. Une commode, sur laquelle il reste encore quelques vagues vestiges d'un repas misérable, contribuera également à l'aspect de catastrophe que doit posséder le décor, et dont, avec le proche lever du jour, on se rendra compte. Cependant, tout le devant de la scène se trouve d'abord occupé par des ténèbres qui s'évaporeront peu à peu.

Un judas qui fait un trou pale dans la porte de la rue permet de voir au dehors. Au fond seulement, derrière les vitres de l'arrière-boutique, on voit de la lumière briller. On aperçoit une petite table avec une lampe; sur un pauvre lit recouvert de bleu, une femme dort, malade, jeune, dans toute la beauté meurtrie de

la trentième année, la tête baignée d'une admirable chevelure d'or. Dans sa détresse elle respire encore quelque chose de splendide. A côté d'elle, une très jeune fille se tient accoudée et veille en silence. Son visage exprime une grande douceur ; elle ne fait presque pas de mouvements.

Au moment où le rideau se lève, on entend des voix qui viennent de l'ombre, c'est un très léger chuchotement. Un vieil homme à barbe blanche et une petite fille : Fonde Anthime et Petite Lie — tous deux dans la partie obscure de la pièce — s'entretiennent tout bas.

Petite Lie est en chemise, elle vient de sortir de la couchette, elle se pelotonne dans les bras de son oncle.

Dehors, une musique de bal qui cessera bientôt.

Il y a une impression de mystère et de mélancolique poésie intime.

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