FOUINARD, BLAIREAU
ÔLAIREAU, près de la porte. Louloute !.. mets l'édredon sur tes pieds!... (Soupirant.) Ah! pauvre chérie! (Allant se mettre au comptoir, à à gauche, pendant que Fouinard va écouter à la porte.) Tiens, je vais prendre la place de ta femme... dicte!
FOUINARD, écoutant. Les voilà au premier... elles ferment les portes... (Se frottant les mains, et se mettant à danser.) Tra déri déra la la!
BLAIREAU, le regardant avec surprise. Hein? Gomment, tu danses?
FOUINARD. Tradéri... déra...
BLAIREAU, venant à lui. Ah çà! es-tu fou?
FOUINARD. Jobardinos!.. crétines!., cornichonos!..
BLAIREAU. Pourquoi ce torrent d'injures... espagnoles?
FOUINARD. Comment, naïf drapier, tu as pris pour argent comptant ma voix de commerçant
vertueux, et ce ton d'oraison funèbre que tu t'es cru forcé d'imiter, et qui a si bien endormi son femmes !
BLAiBEAU.Danie! dans les circonstances graves, le ton doit être grave... et j'avoue que... {Fouinard le pousse par la (^fe.)Fouinard!.. tu es malade, c'est évident!..
FOuiNARD. Allons, tais-toi, et mets ton paletot.
BLAIREAU, étonné. Mon paletot?... {Voyant Fouinard qui met le sien.) Tu vas sortir?
FOUiNARD. Et je t'emmène.
FooiNARD.Moi!.. où ça?
FOUINARD, se rapprochant de lui, et baissant la voîcc. Blaireau! te souviens-tu d'avoir été garçon?
BLAIREAU. Il n'y a pas si longtemps; trois ans à peine, comm« toi!
FOUINARD. Te souviens-tu de ces nuits charmantes que nous passions à courir les aventures?
BLAIREAU, Chut ! si ma femme...
FOUINARD. Te rappelles-tu nos polkas échevelées, nos joyeux soupers, nos éclats de rire au bruit des chansons et du Champagne pétillant dans les verres?
BLAIREAU, regardant la porte avec effroi. Fouinard... tu as juré ma perte!..
FOUINARD. Eh! non, imbécile!., mais je veux goûter une fois encore avec toi ces plaisirs de la vie de garçon, dont deux ans de ménage et de pôt-au-feu nous ont sevrés...
BLAIREAU. Est-il possible?..
FOUINARD. Pendant que nos commis ronflent, que nos femmes reposent tranquillement, je veux nous esquiver sans bruit et jusqu'au point du jour courir la ville, les bals, faire notre carnaval, enfin !
BLAIREAU. Tu aurais enfanté un pareil projet?
FOUINARD. Comprends-tu maintenant pourquoi j'ai refusé cette soirée où il aurait fallu traîner nos femmes; pourquoi j'ai tenu à faire mon inventaire aujourd'hui même, pourquoi j'ai éloigné mes commis, envoyé nos femmes... coucher?..
BLAIREAU. C'est monstrueux!
Air du Premier Prix.
Tromper nos femmes de la sorte !,
FOCINARD.
Le mal est dans le bruit qu'on fait.
BLAIREAU
C'est en vain que ta voix m'exhorte, Je résiste et refuse net!
FOUINARD
Quoi!., d'un plaisir pris en silence, Sotl.. tu refuses les appâts?
BLAIREAU, avec dignité.
Mon cher, on a sa conscience...
(Baissant la voix.) Et puis, vrai, je n'oserais pas !
FOUINARD. Voilà le grand mot, farceur, tu n'oses pas! mais j'oserai pour toi!.. {H lui met son chapeau sur la tête.)
BLAIREAU. Fouinard... mon ami!..
FOUINARD, Tais-toi douc !.. j'ai le passe-partout, nous serons ici avant le jour, et en laissant brûler les lumières, rien ne nous trahira! [Il force Blaireau à mettre son paletot.)