SCENE VIII
SCIPION, SYLVESTRE, puis FIFINE.
SCIPION. Allons, mon cher, tâihedonc de te réveiller, je n'ai jamais vu un endormi comme loi.
SYLVESTRE. Mais aussi tu me prends dans mon premier sommeil... lu me forces à m'atTubler rie ce costume de Turc... lu me flanques un turban sur la tête... tu me jettes mon paletot sur les épaules... et tu m'entraînes sans me dire oîi...je veux savoir où ?
SCIPION. Voyons, au lieu de passer ta nuit à dormir comme un déplorable loir, serais-tu fâché de t'aiiiuser un peu?
SYLVESTRE, bâilUmt. Moi!., je n'y ai pas la tête. va... Il s'est passé des choses depuis toi... dans le magasin du patron.
SCIPION. Quoi?., des affaires de ménage, ça ne me regarde pas... je déteste les cancans.
SYLVESTRE, bâillant. Et puis, vois-tu, j'ai l'amour, qui me tourne sur le coeur...
SCIPION. Uui, l'amour et lesonmieil.
sYLViiSTRE. J'ai des peines morales.
SCIPION. Je te guérirai., j'ai un moyen.
SYLVESTRE, avec mélancolie. Non... non... il y a des peines dont on ne guérit pas...
SCIPION. Et si je te faisais souper avec deux femmes charnianles qui nous attendent?
SYLViiSTRE, passant à la joie. Ah! bah! vraiment... où ça?., est-ce loin?..
4fr
sciPiON, montre la maison. Là... au premier.
SYLVESTRE. Où il y a de la lumière?
SCIPION. Précisément.
SYLVESTRE. Et tu dis qu'elles sont...
SCIPION. Délirantes.
SYLVESTRE, le poussunt en riant. Farceur de Scipion, va!..
SCIPION, Ah! ah! ça te réveille!
SYLVESTRE. Monlons vite, Scipion, je brûle de les voir... de les admirer.
SCIPION. Uh ! minute... mets d'abord ce faux nez. {Il lui donne un faux nez.)
SYLVESTRE. Un faux nez!
scipioN. J'en mettrai un moi-même... Il est essenlie! que nous soyons parfaitement déguisés...
sylvi'STRE. Permets donc!., ça va nuire aux grâces de ma physionomie... m'ôter tous mes moyens de séduction.
SCIPION. Ah! fais ce que je le dis... ou je ne t'emmène pas!
SYLVESTRE. Allons, je me résigne... {Mettant le faux nez.) Me voilà avec mon nouveau nezl Je dois être hideux comme ça!
SCIPION. El surtout, du respect, de la retenue! ce sont des dames très comme il faut... Je te préviens même qu'elles seront masquées.
SYLVESTRE. Masquées!
scipio.N. Comme dans la Tour de Nesle.
SYLVESTRE. Ça me va!., j'adore les aventures mystérieuses!
SCIPION. Masquées jusqu'au moment où par nos égards, notre esprit, nous aurons su mériter...
SYLVESTRE, C'cst dit!... {A part.) Je change sur mes vers le nom de l'ingrate Caroline, et j'y substitue celui de ma délirante inconnue.
FiFiNE, sortant de la maison, à Scipion qu'elle aperçoit. Ahl Monsieur, en voilà bien d'une autre!
sciPioN. Quoi donc?
FIFINE. Ces deux dames... vous savez?..
SCIPION. Eh bien!., est-ce qu'elles ne sont pas venues?
FIFINE. Si, Monsieur, mais à peine arrivées, elles ont ouvert à deux messieurs que je ne connais pas et qui apportaient à souper.
SCIPION, jouant la surprise. Vraiment?..
SYLVESTRE, inçm'ei. Comment, des rivaux?
SCIPION. A ce qu'il paraît! (.4 Fifine.) Et ces messieurs, qu'ont-ils fait?
FIFINE. D'abord, ils ont fourré un tas de bois dans le feu et puis ils m'ont donné cent sous pour aller chercher une bouteille de Champagne, en disant qu'ils n'en avaient pas assez d'une.
SCIPION. Ah! ah!.... C'est bien fais ce
quon l'a dit... va chercher ta bouteille de cent sous...
FIFINE. Oui, M'sieu! [A pari.) Je vas en prendre une de deux francs cinquante... c'est toujours du même. (Elle entre chez le marchand de co^ mestibles.)
siLVESTRE. Ahçà' mon chrr, ces messieurs qui sont là-haut?., si c'étaient des amanls...
SCIPION. Après? nous les jetterons par la fenêtre...
SYi.vrsTRE. Ah! diable!., mais c'est que... je n'aime pas jeter les gens par la fenêtre.
SCIPION. .\urais-tu peur?
SYLVKSTRE. Moi, pcur?.. Un Turc !.. mais j'ai une petite commission à faire dans le quartier.
SCIPION. Tu m'abandonnerais au moment du danger! Toi?., un ami !
SYLVESTRE, Continuant. Une facture à recevoir.
SCIPION. Si tu t'en avisais!., je te couperais les oreilles... lu me connais!..
SYLVKSTRE, à part. Crisli! je suis fâché d'êlre venu.
FIFINE, revenant. Monsieur, v'ià l'autre bouteille.
SCIPION. C'est bien... écoute!., [Il lui parle bas.)
SYLVESTRE, à part. Qu'est-ce qu'il dit à la bonne?... Je suis inquiet.
FiFi.VE, r ant, et à Scipion. Comment, Monsieur, c'était ça?,. Je comprends!,, soyez tranquille!., ah! ah!.. {Elle rentre dans la maison.)
PCIPICN, arrêtant Sylvestre, qui cherche à s esquiver. )Eh bien !.. eh bien l..où vas-lu donc?
SYLVESTRE, embarrassé. }iloï... j'allais... (/i se penche à son oreille.)
SCIPION. Poltron!
ENSEMBLE
Air (les Diamants.
SCIPION
A nos rivaux viens a l'instant.
Viens nous montrer avec audace!
S'ils disputent la place.
Jetons-les dehors poliment!
SYLVESTRE, à part.
Des rivaux, c'est inquiétant! Je crains qu" pour prix de notre audace, Ce n' soit nous qu'à leur place Us jettent dehors polimentl
{Ils entrent dans la maison; la musique continue à l'orchestre. Bientôt on voit l'ombre de Fifine derrière les rideaux de la croisée du premier étage.)
FIFINE, dans Vintérieur. Messieurs, cachezvous vite... voilà les maris de ces dames qui montent... je les ai vus dans la rue... {Violent coup de sonnette.) Ce sont eux qui sonnent !.. {La fenêtre s'ouvre, Blaireau et Fouinard se précipitent sur le halcon poussés par Fifine.) Restez là! ne bougez pas!.. Ils vous tueraient!., {Elle leur jette leurs paletots, leurs chapeaux, puis elle referme la fenêtre sur eux, et on l'entend crier dans l'intérieur.) On y va ! . mon Dieu, ou