SCÈNE X
Les mêmes, LES DEUX DOMINOS, SCIPION, SYLVESTRE, puis FIFINE, puis LE PORTIER, puis UN MONSIEUR, puis des passa7Us masqués et non masqués.
SYLVESTRE, affectant de parler haut. Ah ! quelle nuit charmante!
sciPio.N. Maintenant, à l'Opéra!
BLAIREAU. Avec notre loge!
SYLVESTRE, à Scipiou. Ah! mon ami, la mienne est ravissante !.. je n'ai pas vu seulement le bout de son nez, mais je suis sûr qu'elle est ravissante. Je crois que je lui plais... elle m'a flanqué un coup de fourchette sur les doigts !
scipioN. Silence, et offre ton bras!
SYLVESTRE, à Scipiou. Et les autres jobards qui droguent là-haut!., ils ont eu peur, les lâches!..
sciPioN. Partons!.. {Il prend le bras de Caroline, Sylvestre offre le bras à Valérie et ils s'éloignent par le fond.)
BLAIREAU, à Fouinard. Risque un œil, Fouinard, un coin d'ceil.
FOUINARD, regardant avec précaution. Ce sont elles... avec leurs maris... ils s'éloignent!..
BLAiBEAU. Vite!., appelons la bonne! {Il frappe à la fenêtre.)
FiFiNE, sous la porte, en Cauchoise. Allons ! père Gorenflot... dépêchez-vous... je pars devant, de peur des caquets. {Elle sort de la maison.)
GORENFLOT, en dehors. Me v'ià, mams'elle Fifine, le temps seulement de fermer ma loge.
FOUINARD, à Blaireau. Fifine!.. c'est le nom de la soubrette.
BLAIREAU. Mais oui!... c'est elle!.. Eh! la bonne!
FOUINARD. Mademoiselle Fifine?.. venez donc nous ouvrir!..
FIFINE. Oh! ouiche!.. j'ai bien le temps! {Elle sort par le fond à gauche.)
FOUINARD. Comment! elle s'en va!., elle nous laisse!..
BLAIREAU. Et je lui ai donné cinq francs pour elle!
FOUINARD, voyant le concierge qui ferme la porte de la maison. Ah! le concierge!., eh! l'ami!..
Goiu-NFLOT, à part. J'ai reçu dix francs pour élre sourd.
BL\!Ri:\r, appelant. Portier!., portier!
Foui.NABD. Il ne répond pas... portier!..
BLAIREAU. C'est peut-être un Suisse.. .meinher!..
GORENFLOT. Me v'Ià, mams'oUe Fifine, attendezmoi! (Il sort en courant par la gauche.)
BLAIREAU. Lui aussi!.. parti!.. (En ce montent, un monsieur fort bien mis arrive lentement par le fond et aperçoit Fouinard et Blaireau.)
FOUINARD. Mon cher, je ne veux pas coucher là... je me risque, j'enjambe... (Il passe une jambe pour descendre.)
LE MONSIEUR, S approchant et d'un ton très-poli. Pardon, Monsieur, vous risquez de vous faire mal tout seul...
FOUINARD. Ah! Monsieur, c'est le ciel qui vous envoie!., seriez-vous assez bon pour?.
LE MONSIEUR. Certainement... prenez-vous au balcon, mettez un pied dans l'assise... l'autre sur mon épaule... ne craignez rien... je suis solide!., sautez maintenant.
FouiNAnD, avec joie. Ah! m'y voilà... à toi... suis le même procédé... Monsieur est si obligeant...
LE MONSIEUR. Appuyez...
FOUINARD. Appuie... appuie... Monsieur est solide!
BLAIREAU, sautant. Ah! ah! ah! m'y voilà aussi.
TOUS DEUX. Ah! Monsieur... Monsieur, que de reconnaissance.
BLAIREAU. Vous êtes notro bon ange!
FOUINARD. Notre sauveur!.. {Le monsieur les prend au collet.)
TOUS Diîux. Eh bien! eh bien! quoi donc?
LE MONSIEUR, changeant de ton. On ne descend pas d'un balcon à pareille heure... au violon!..
TOUS DEUX. Au violon ! {Le monsieur est rejoint par un autre qui lui prêle main- forte. Des masques, des passants se sont attroupés pendant ce temps.)
CHŒUR
Air de l'Ambassadrice.
Point de résistance.
Sans plus de raison, Il faut eu silence Nous Les ^"'^'■^ ^° prison.
FOUINARD. Monsieur, Monsieur, permettez-nous de vous dire...
BLAIREAU. Nous ne sommes pas des malfaiteurs !
LE MONSIEUR. Vous VOUS expliquerez au poste. {Scipion, Sylvestre et les dominos ont reparu pendant le chœur.)
VALÉRIE, 6as, à Scipion. Au poste!..
SYLVESTRE, bas. Dicu !.. le patron... et M. Blaireau!., ce sont eux qui étaient sur le balcon!..
CAROLINE, bas, à Scipion. Ah! mon Dieu!., arrêtés ! {Elle fait un mouvement vers son mari.)
SCIPION, bas, et l'arrêtant. Bah!., pour une heure an poste... ils n'en mourront pas...