‹ Le carnaval des marisChapitre 35 sur 45 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SYLVESTRE, LE GARÇON, puis FOUINARD.

SYLVESTRE. PI US soijvent que je vas m'échiner à courir après des femmes que je ne connais pas !.. Mettons-nous à notre aise... (// ôte son paletot qu'il pose sur une chaise ainsi que son turban, puis prend la carte qu'il ouvre.) J'ai besoin de me refaire avec quelque chose de chaud. (Appelant.) Garçon ?

LE GARÇON. Monsieur?

SYLVESTRE. Une douzaine d'huttres !

LE GARÇON. Quel vin, Monsieur?..

SYLVESTBE. Du meilleur... et du moins cher! allez, dépêchez-vous! (Il s'assied à la table de droite.)

LE GARÇON. Bien, Monsieur!.. (Il remonte.)

FOUINARD, entrant d'un air effaré et se rencontrant avec le garçon. Ah I garçon!., vite, votre tablier, votre serviette...

LE GARÇON, étonué. Mon tablier?..

FOUINARD. J'ai besoin de me travestir.

LE GARÇON. Mais, Monsieur, comment voulezvous que je vous donne?.,

FOUINARD, lui donnant de l'argent. Tenez, voilà pour vous...

LE GARÇON. Cinq francs!., oh! alors, à votre service ! (Il lui donne son tablier, sa serviette.)

FOUINARD. Dépêchez-vous^ garçon, dépêchezvous!

LE GARÇON. Voilà, Monsiour, voilg ! ( // sort en criant :) Une douzaine !..

FOUINARD, à part retirant son paletot et son chapeau et s' affublant de la serviette du garçon. Saperlotte !.. quelle venette!.. j'ai cru que j'allais être pincé une seconde fois... obligé de décliner de nouveau mes noms, prénoms et qualités... et par suite d'un quiproquo! parce que l'on m'a pris pour un autre!.. Je me promenais tranquillement au bal de l'Opéra... lorsque des surveillants se jettent sur moi... m'entraînent hors de la salle en m'accusant d'avoir dansé le cancan... dansé le cancan !.. moi qui n'ai pas dansé un seul quadrille!..

SYLVESTRE. Garçon !

FOUINARD, continuant, sans l'enteiidre. Heureusement, sous le vestibule, je leur ai échappé... mais ils m'ont poursuivi jusqu'ici... je n'ai eu que

le temps de me jeter daps cette maison, et je crains...

sYLVESipE. Garçon!..

FOUINARD, de même. Et Blaireau? qu'est-ce qu'il sera devenu dans tout ça?..

SYLVESTRE, criant. Garçon ! est-ce que vous êtes sourd?

FOuiNAi^D, à part. Quelqu'un!..

SYLVESTRE. Voyons donc, que diable! cette douzaine!..,

LE GARÇON, revenant. Voilà, Monsieur, voilà !

FOUINARD, bas, lui prenant ce qu'il tient. Donpez !.. je servirai moi-même.

LE GARÇON. Bien, Monsieur, à part, sortant. C'est une farce de carnaval!.. {On entend sonner du dehors.) Voilà, Monsieur, voilà !

SYLVESTRE- Eh bien ?

FOUINARD, se dirigeant vers la table et prenant l'accent du garçon. Voilà, Monsieur, voil... (Le reconnaissant. ) Sylvestre !.. mon commis!.. (lise détourne et rerfionte en remportant les huîtres et Iq, bouteille.)

SYLVESTRE. Ah çà ! quo faites-vous doncP.. vous vous en allez sans me servir?..

FOUINARD, déguisant sa voix. Pardon, Monsieur... c'est que... (A part.) Lui, ici!., quand je le croyais couché !..

SYLVESTRE. C'cst quo... quoi?..

FOUINARD. C'est que j'ai... j'ai oublié le citron!

SYLVESTRE. Je m'en passerai... Donnez-moi ça...

FOUINARD, à part. S'il me reconnaît, il bavardera!., il dira tout à ma femme... et les alguazils qui sont peut-être en bas... quelle position! ''

SYLVESTRE, i?n/3a<ien(. Finirez-vous!

FOUINARD, se rapprochant, évitant d'être vu et passant les objets le dos tourné. Voilà, Monsieur... voilà ! (Il s'éloigne.)

SYLVESTRE. Et uDO fourchétto?.. vous voyez bien que je n'ai pas de fourchette!..

FOUINARD. Une fourchette?.. {Il cherche de tous les côtés, en trouve une sur l'autre table qui n'a pas été desservie et la tend à Sylvestre.) Voici une fourchette?.. {A part.) Drôle!

SYLVESTRE. Comment? une fourchette salel.. une fourchette d'occasion!

FOUINARD, à part. C'est assez bon pour toi, paltoquet!

SYLVESTRE. Veux-tu bien me nettoyer ça ! FOUINARD, à part. Il me tutoie !

SYLVESTRE. Et vivoment!..

FOUINARD, à part. Et être forcé de ronger mon frein !

SYLVESTRE, Itti tendant la fourchette.

Air : Ahl si Madame me voyait.

Allons, dépêchez-vous, garçon!

Je meurs de faim !.. le diable vous emporte-'

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