SCIPION. SYLVESTRE, LE GARÇON
SCIPION, qui a regardé sortir les masques, à part. Pas plus dans ce salon que dans les autres!., où sont-elles!., qu'ont-elles pu devenir?., je suis d'une inquiétude... {Au garçon qui est en train de desservir.) Garçon?
LK GARÇON. Monsieur appelle?
SCIPION. Oui, dites-moi, n'auriez-voas pas vu deux dames ?
LE GARÇON, étonné. Deux dames?., ne serait-ce pas deux polichinelles?..
SYLVESTRE, sans lui répondre. Oui deux dames que nous avons égarées au bal.
SCIPION. Deux dames seules... en pierrettes.
LE GARÇON, à part. Tiens! eux aussi!..
SCIPION. Tailles sveltes... élancées...
SYLVESTRE. Des jupes blanches...
LE GARÇON. Et des revers bleus?
SCIPION, vivement. C'est cela!., elles sont ici?., vous les avez vues?
LE GARÇON. Non, MonsieuF... mais on est déjà venu les demander.
SCIPION, étonné. Comment?
LE GARÇON. Ou cst à Icur rechercho.
SYLVESTRE. Ah bah !
SCIPION. Et qui donc?
LE GARÇON. Deux messicurs à moustaches... dont l'un à l'air joliment mauvaise tête, allez!
SYLVESTRE. Diable!
SCIPION. Deux messieurs?..
LE GARÇON. A qui elles avaient donné rendezvous à l'Opéra pour souper.
SCIPION. Elles!., c'est impossible !
LE GARÇON. Même qu'elles les ont fait droguer pendant plus de deux heures sous l'horloge, et qu'ils disaient comme ça que s'ils les trouvaient avec d'autres particuliers, ceux-ci n'avaient qu'à prendre garde à leurs oreilles.
SYLVESTRE. Ah! bien!., encore une mauvaise affaire!..
SCIPION. Allons donc! tu crois ce que nous dit cet imbécile !
LE GARÇON. Mais, Monsieur...
SCIPION. Il est clair qu'il y a quelque méprise.
SYLVESTRE. Tu crois?
SCIPION. Il ne peut être question ici de celles que nous cherchons.
SYLVESTRE. Pourtant, ce signalement...
SCIPION, sans l'écouter, à part avec agitation. Ma sœur!., madame Blaireau! donner des rendez ■ vous!., est-ce que c'est croyable? (A Sylvestre.^ Eh bien, voyons, quand tu me regarderas d'un air étonné il faut retourner au bal... m'aider à les chercher... à les retrouver.
SYLVESTRE. Moi, t' aider... plus souvent. SCIPION. Comment?
SYLVESTRE. Merci! je n'en joue plus! j'ai assez trimé comme ça!., quelle nuit!
SCIPION. De quoi te plains-tu ?
SYLVESTRE. De quoi je me plains? d'abord, en sortant de souper, au lieu d'aller à l'Opéra avec nos conquêtes, comme c'était convenu, tu me fais piétiner, vingt minutes, au froid, dans la rue.
SCIPION. Mon beau-frère était arrêté... je devais m'inquiéter de ce qu'il deviendrait.
SYLVESTRE. Soit!.. je passe la-dessus... mais ensuite?
SCIPION. Eh bien! quoi, ensuite?., nous nous sommes rendus au bal en compagnie de nos dominos...
SYLVESTRE. Oui, et peu d'instants après, quand j'espérais me dédommager, quand j'allais glisser ma déclaration, crac!., tu disparais avec ces dames... en me disant que tu ne tarderas pas à me rejoindre... j'attends, je peste pendant une demi-heure... et au bout de ce temps, je le vois revenir seul...
SCIPION, à part. Ce pauvre Sylvestre!., il me fait rire malgré moi.
SYLVESTRE. Puis, saos même daigner me donner une explication, tu me montres deux petites pierrettes... tu me forces à les suivre...
SCIPION. Eh bien! oui, j'avais résolu de faire leur conquête. ..
SYLVESTRE. En silence donc?., car tu ne m'as pas même permis de leur adresser une syllabe.
SCIPION. C'était plus respectueux. Par malheur, la foule nous a séparés tout à coup.
SYLVESTRE. Alors, ç'a été une autre histoire!.. Il a fallu courir après, visiter la salle, le foyer, les loges... pousser, monter, descendre.
Air du Petit Courrier.
Dans chaque coin, chaqu' corridor, A leur recherche tu m'entraînes; Puis, sans respirer, tu m'amènes Tout courant à la Maison-d'Or.
Aux pierrettes, moi, je refuse De chasser comme un épagneul...
Et si ce beau métier t'amuse, Ma foi, mon cher, fais-le tout seul.
Oui, tu peux le faire tout seul.
SCIPION. Eh bien! et toi?
SYLVESTRE. Moi, je suis sur les dents... je ne bouge plus d'ici.
SCIPION. Allons, soit! reste, puisque tu le veux... D'ailleurs, si elles venaient, tu pourrais les retenir... leur dire d'attendre mon retour.
sYLvrsTRE. Oh ! quant à ça, c'est convenu !
SCIPION. Moi, je cours les chercher au bal.
Air des Èehos de Musard, Je compte ici sur toi. Et cours après nos belles , Si tu les vois, près d'elles Eu ces lieux attends-moi.
LE CARNAVAL pES MARIS,
ENSEMBLE
Je compte, etc.