DIX-HUITIÈME JOUR
ne plaie. MARIE ne put résister à cet affreux spectable, elle tomba évanouie.
Et vous qui traitez votre corps avec tant de délicatesse ! Et vous qui êtes rebuté au seul nom de pénitence ! Et tous qui en voyant ces plaies, cherchez avec tant d'ardeur les satisfactions des sens et de la concupiscence ! Il faut donc que MARIE voie encore son Jésus flagellé par tous vos péchés d'impureté ? A la fin les bourreaux se lassèrent de frapper Jésus. N'êtes-vous pas encore lassé de couvrir son corps de plaies par vos criminelles saletés?
EXEMPt E.
Le frère da saint Pierre Damien nom mé Martin, eut le malheur de tomber dans une faute très-grave : rentrant en lui-même il alla se prosterner devant un autel de la sainte Vierge, et L», pleurant sa faut», il fit cette prière : '•O ma Patronne, miroir de chasteté, j'ai péché contre Dieu et contre vous. Misérable pécheur que je »uis, je n'ai plus d'autre ressource que de me rendre votre esclave, acceptez-moi en cette qualité. " Alors détachant sa ceinture, il la passa autour de son cou en signe d'esclavage,et déposa sur l'autel une certaine somme d'argent, tri-
62 M carnaval banctîtiI
but qu'il s'engagea de payer tous les ans à sa div^Maitrele' Peu de temps après Martin mourut; pendant sa m.Ui. d dit «n matin à ceux qui l'entouraient ; « Levez-vous ! levezvous 'saluez ma Maitresse. » Puis il ajouta : «DS0Ù me vieat ce bonheur, 6 Reine du ciel, que vous daigniez visiter votre esclave i Dans ce moment entra sou frère Pierre, auquelil mcouta la visite d. MARIE, et comme elle lui avait donné 8a bénédiction, se Plaignant que ceux qui l'assistaient fussnt demeurés assis, en présence de la Renie du Ciel , et peu après il rendit doucement son esprit au Seigneur.
PRATIQUE
Mortifiez trois fois la curiosité, quoiqu'innocente, de vos yeux, en l'honneur de MARIE clans les douleurs.
ORAISON JACULATOIRE
Faites, ma tendre Mère, que" je pleure avec vous.
LE CAKNAVAL SANCTIFIÊ1É.
(Vendredi.) Grande donleur de Marié quand elle vit Jésus montré an peuple par Pilate.
Contemplez, fcme chrétienne votre Jésu# tout défiguré, un haillon sur le dos, un diadème d'épines sur la tête, les yeux fixés enterre. Pilate le montre au peuple, et s'écrie : Voilà l'homme. Qu'il soit crucifié, répondent les Juifs, Quelle douleur pour le Cœur de MARIE, d'entendre ces paroles et d'être témoin de l'obstination et de Ja cruauté de ses persécuteurs !
C'est votre Dieu, disait MARIE dans son cœur, et vous voulez le crucifier ! C'est votre Père, et vous voulez qu'il meure ! C'est mon Fils, et vous voulez me l'enlever ! C'est un homme qui n'a plus figure d'homme, l'opprobre des hommes, le jouet de la populace, un ver de terre. Vous l'avez réduit à cet affreux état, et vons n'en êtes pas encore satisfaits !
Voilà Phomme, dit MARIE aux Chrétiens en ces jours, en leur montrant son Jésus
64 LE CARNAVAL SANCTlPlÈ.
tout défiguré par leurs iniquités-
Vos néchés,pendant ce carnaval, lont rettmt aie îtat. Voilà votre Père, et vous ne le respectez pas : Voilà votre Frère, et vou n en Lez pis compassion : voila votre Juge, et vous ne le craignez pas •. vo.la mon Fils, et vous voulez le faire mourir ! Ah ! si vous n a vez pas compassion de Jésus, »££«£ nioins de M AÏUE, dont vous avez fait 1 Me re d'un crucifié et une martyre de douleur.
EXEMPLE
En 1703, dans le pays de Romagne (Sinùcalchi, p. 99.),uu sculpteur voulant entrep rendre un long voyage le second jour de > P&nues se fit inscrire auparavant dans la Con- B des sept douleurs, et en prit le scapuake ; S se mit en route, portant ses outils S dos. H arriva près d'un fieuve qu'i voulut passer a gué, ma, vers le J»^> fut entraîné par le courant. 11 ne cessa d m voauer Notre-Dame des douleurs, et récitant le E Pater et Ave, il fut exaucé. Il Se sentit sakir par les cheveux et élever hors de PeaTn leVa les yeux, et aperçutune Dame majestueuse qui, après l'avoir porte en 1 air à
l'autre rive avec tout son bagage, disparut aussitôt. Il est évident qu'il a été délivré par Notre-Dame des douleurs qu'il avait invoqué.
PRATIQUA
Récitez sept Pater devant votre crucifix, et baisez sept ibis ses plaies.
ORAISON JACULATOIRE
Faites, nia tendre Mère, que je pleure avec vous.
(Samedi.)
Evanouissement de Marie quand elle rencontra Jésus portant la croix.
Quand le Rédempteur fut condamné à mort, ks Juifs le firent aussitôt sortir du Prétoire avec la croix sur les épaules, et faisant retentir devant lui la trompette qui annonçait le supplice,ils s'achminèrent avec lui vers
le Calvaire. MARIE entendit ce son, et le cœur lui dit qu'il annonçait le départ de Jésus pour la mort. Elle y accourt, et suit Jésus sur les traces sanglantes qu'il laissait partout où il passait.
Quelle fut la douleur de MARIE, quand elle l'eut atteint et qu'elle le vit ! Elle le vit portant une énorme croix sur ses épaules au milieu d'une troupe de soldats qui le conduisaient au supplice. Les uns lui portent des coups de pied pour qu'il avance, d'autres le traînent par le cou avec des cordes, d'autres le frappent avec leurs armes, tous le chargent d'injures et d'outrages. A tout moment Jésus accablé du poids de la croix tombe la face contre terre, et au même moment MA- RIE tombe évanouie de douleur.
Voulez-vous suivre Jésus ? prenez le chemin qu'a tenue MARIE, c'est-à-dire, le chemin du Calvaire. Voulez- vous consoler Marie ? courez aider son Fils à porter sa croix. Voulez-vous imiter votre Capitaine ? renoncez à tous vos penchants, renoncez à vous-même, et soumettez vos épaules à la croix que Dieu vous a donnée. Comment seriez-vous effrayé du Calvaire, quand vous y allez en la compagnie de Jésus et de MARIE ?
EXEMPLE
Le B. Jean Angèle de Milan (Siniscalchi, p. 111.), eut beaucoup de dévotion pour la Passion de Jésus et pour les douleurs de MA- RIE. Pour les méditer plus tranquillement, et pour se livrer à ses soupir^ et à ses gémissemens, sans qu'on s'en aperçût, il avait coutume de se retirer dans \\n jardin ou dans une épaisse forêt, et là il s'abandonnait à' toute sa dévotion. Voici comment MARIE le récompensa. Au milieu de l'hiver, lorsque la terre était couverte de neige, un jour qu'il compatissait par ses larmes et ses gémisse mens aux douleurs de MARIE, tous les arbres et les champs qui l'environnaient se trouvèrent à l'instant chargés de roses toutes belles odoriférantes. Le Bienheureux fut saisi d'étonnement et comblé de joie, et il comprit clairement que les douleurs qui furent des épines pour le Cœur de MARIE, se changent pour ses serviteurs en roses qui doivent un jour leur servir de couronne en Paradis.
Privez-vous du mets qui vous plaira .1 plus.
ORAISON JACULATOIRE
Faites, ma tendre Mère, que je pleure avec vous.
[Dimanche de la Sexagésime.]
Crucifiement du cœur de Marie, pendant le crucifiement de Jésus.
La douleur de MARIE n'a été jusqu'ici qu'une préparation à son martyre. Jusqu ici on disposait tout pour le crucifiement de son Jésus, maintenant on en vient à l'hornhje exécution. Jésus s'avance de lui-même se couche sur la Croix, étend les mains et les présente aux clous. MARIE l'imite et s'étend sur la croix de sa douleur.
Sis dans quel état fut MARIE lorsque ces barbares clouèrent les pieds et les mains de Jésus, lorsqu'ils élevèrent tout ense.nWe la Croix et celui qu'ils avaient crucifie I U cruel marteau, en frappant ces clous, tu brises au 'si le Cœur de MARIE. O terribles coups, vous percez en même temps les mains du Fils et l'âme de la Mère*
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O divin Crucifié^ quand vous fûtes élevé sur le Calvaire, vous gravâtes votre image dans l'esprit attendrie de cette Mère désolée. Les clous tiennent Jésus immobile sur la Croix, l'affliction fixe MARIE au pied de la Croix.
Qui me donnera, ô Cœur martyrisé de MARIE, un sentiment de compassion pour vous ? L'excès de la douleur ne vous permet pas de pleurer, la dureté de mon cœur empêche que je ne pleure. Vierge désolée faites jaillir de mes yeux deux sources de larmes as>ez abondantes pour laver les plaies de votre Fils ensanglanté. Si vous avez ^tant de douleur devoir un innocent crucifié, combien dois-je être affligé, moi qui l'ai crucifié par mes péchés et qui ne les ai pas encore pleures.
EXEMPLE
CJn grad pécheur se convertit (Siniscalchi, p. 282. ), se prosterna au pied d'un Cruficix, et demanda au Seigneur, avec beaucoup de larmes,de lui pardonner et de lui donner quelque signe sensible de son pirdon. Cornuie il ne vit pas que le Seigneur lui donnât ee signe, il s'adressa avec une foi vive a Notre-Dame des douleurs, envers laquelle il
avait eu de la dévotion, et la supplia de lui obtenir cette grâce. MARIE se montra à lui, prit quelques-nnes de ses larmes dans ses mains, et les présenta à son divin Fils, en disant ; Ces larmes seraient-elles inutiles et perdues 1 A ces mots de MARIE, le Rédemteur accorda au pécheur pénitent le pardon de ses fautes, et la grâce efficace de vivre saintement comme il le fit dans la suite.
PRATIQUE
* Souffrez en silence les déplaisirs qui vous viennent du prochain, surtout de ceux qui vivent avec vous.
ORAISON JACULATOIRE
Faites ma teadre Mère, que je pleure avec vous.
VINGT-DEUXTEME JOUR.
(Lundj.) Douleurs de Marie, quand elle vit les soldats se partage!' les vêtements de Jésus.
Les soldats se partagent les vêtements de Jésus, et ils divisent par-là le Cœur de Matue. Elle les voit se jeter avec joie sur les pauvres dépouilles d'un innocent. Elle voit son Fils réduit avant la mort à un tel état de misère, qu'il n'a plus de vêtements pour se couvrir. Quel est le pauvre qui n'a pas du moins un haillon sur le corps ] Mais Jésus ne l'a même plus.
Les soldats jouent la robe sans couture de Jésus, que Marie avait travaillée avec tant de soins. A qui d'entr'eux appartiendra le vêtement du plus pur, du plus saint des enfants des hommes ? elle échoira à un blasphémateur, à un ivrogne, à un libertin.
Vrous êtes aussi fils de Marie. CeUe bonne Mère vous a aussi travaillé par sa protection un beau vêtement, celui de la grâce. Mais peut être dans ce carnaval a-t-il été tiré au sort en-