GLASGOW
Hœndel, le Gluck ; malheureusement, il arrête la musique à Mendelssohn, qui est pour lui le nec plus ultra., le dieu.
Il ne faut pas que je lui parle de notre école française, d'Hérold, d'Auber, de Meyerbeer, d'Halévy ; ces deux derniers ont le privilège de l'agacer, il les nie, il les trouve au-dessous de la critique. J'ai fait tous mes efforts pour lui inoculer mes admirations. Ah! bien oui, cela engendrait entre nous des discussions qui tournaient à l'aigre. Comme je suis persuadé qu'en musique aussi bien qu'en politique, les raisonnements n'amènentaucune conversion, attendu que les opinions sont une affaire de tempérament, je m'abstiens de soulever ces questions, pour conserver la paix et ne point troubler de nos rugissements les échos d'alentour.
Le voyage s'est fait en deux heures ; il est peu intéressant, excepté à un endroit oii l'on traverse des mines de fer, à ce que je crois. Je dis, à ce que je crois, parce que du train dont vont les express dans ce pays, ça serait des mines de papier mâché que ça vous ferait absolument le même effet.
148 CARNET d'un TÉNOR.
Nous arrivons à quatre heures et descendons à Carrick's royal Hôtel, dans Georges-Square. Nous avons devant nos fenêtres la colonne élevée en l'honneur de Walter Scott.
Dimanche 1" Octobre 1848. — C'est aujourd'hui que mon eng-agement avec l'Opéra devrait commencer, mais le jouunal de Paris, qui m'annonçait que Meyerbeer et l'Opéra avaient reculé d'un mois les répétitions du Prophète pour donner le temps à Jeanne la Folle d'arriver, avait parfaitement raison.
Mardi 3 Octobre. — J'ai oublié de mentionner le cadeau que j'ai reçu hier, une magnifique écharpe écossaise, d'une dame Johnson, d'Édimburgh, que je ne connais pas, en reconnaissance du plaisir que je lui ai causé. Dans ces pays étrangers que, nous autres Français, sommes tout disposés à traiter de barbares, il est assez singulier de vmr l'émotion, le plaisir causés par un bon livre ou un bon chanteur durer longtemps au delà de l'exécution ou de la lecture. Chez nous, autrefois, l'ac-