‹ Le carnet d'un ténorChapitre 6 sur 22 · XXVIJ · texte numérisé non relu

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cadre même dun tableau, et surtout d'un portrait, n'est point indifférent et doit être fait dans le caractère de la peinture. Enfermer une marquise du temps de Louis XV dans une dorure ornée comme celle de la figure de Cromweli serait commettre un ridicule contresens.

Roger était gai, varié, anecdotique ; c'est là ce qui m'a autorisé à sortir des préfaces réglementaires dont la forme est prescrite on ne sait trop par qui.

Je n'ai pas voulu non plus peindre l'homme; la notice biographique et le Carnet d'un ténor ^ suffisent amplement à le préciser. J'ai cherché à esquisser une silhouette du grand artiste, de l'homme de bien que j'ai eu le bonheur de connaître. Si je n'y ai pas réussi, je prie qu'on ne songe qu'à mon intention. Mais, pour me résumer, je crois que pour donner idée de Roger à ceux qui ne l'ont pas connu, il ne faut pas rappeler l'oiseau funèbre des nuits, qui pousse un cri lugubre perdu dans les

XXVllj CARNET D UN TÉNOR.

cyprès, mais le rossignol qui symbolise la

jeunesse brillante, lumineuse, le génie des

premiers soleils, chantant librement la nature

et le nouveau mois de mai sur un rameau

ileuri.

Philippe Gille.

Paris, le ^2 juin iSSÛ.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Je me souviens qu'un jour de 1863 Samson, l'éminent sociétaire de la Comédie-Française, avant de commencer, dans l'amphithéâtre de l'École de médecine, une conférence artistique au profit d'une œuvre quelconque, répondit ainsi à l'ovation qu'on lui faisait :

— Vous saluez mon entrée par des applaudissements. Ah ! vous avez bien raison : ne nous épargnez, à nous autres, acteurs, aucune fête. Consolez-nous de savoir, au milieu de nos plus grands succès, qu'il ne restera rien de nous, et que le plus illustre d'entre tous les artistes dramatiques n'a pas le droit de dire avec Horace ; Non omnis moriar. Je ne mourrai pas tout entier.

Be Roger au moins il restera quelque chose.

Grâce à ce livre, la trace brillante qu'il a laissée à l'Opéra-Comique, à Londres, à Bruxelles, à Saint-Fétersbourg, en Allemagne, e?i Autriche, enfin à l'Opéra, ne s'effacera point. Les artistes des temps futurs se plairont

NOTICE BIOGRAPHIQUE

a lire dans le Carnet d'un Ténor le récit anticApéde leurs propres émotions. Les curieux y chercheront des renseiçjneincnts précis sur Meyrrbeer, sur Htdécy, sur Aiiber, sur Massé. Le public d' après-demain, comme celui d'aujourd'hui, y trouvera des anecdotes.

Évidemment Von s'étonnera de ne point assister, dés le commencement de ce compte rendu quotidien, aux premiers débuts de Roger. Cette lacune est la preuve de l'authenticité de cet ouvrage. N'ayant voulu donner absolument que les j'^^^isées et les appréciations du célèbre artiste, 7ïous avons brusquement commencé le Carnet d'un Ténor à la date où il l'a commencé lui-même.

Çà et là, d'ailleurs, il se pi ait à revenir sur sa première jeunesse.

il/'"* veuve Roger, — celle que presque à chaque page son mari appelle affectueusementFanny — a pensé qu'une courte biographie contrôlée par elle serait le complément indispensable de ce carnet tout intime. La voici :

Gustave Roger, qui devait tant ajouter à la gloire aj'tistique de Paris, est un Parisien. Il est né à la Chapelle- Saint-Detiis, le 11 décembre 1813.

L'homme est toujours dans l'enfant. Roger n'avait j3(.'S (rppris au Conservatoire l'élégante distinction qu'il avait au théâtre. Il la devait à son éducation première. Fils d'un notaire, mais petit-neveu du comte Ready de la Grange, gouverneur d'Arras et de Reauvais, neveu du baron Roger, député du Loiret, il fut élevé moins en bourgeois qu'en gentilhomme.

NOTICE BIOGRAPHIQUE. III

Quant à l'Instinct artistique, il le tenait de son grandpère, l'artiste Corsse, qui avait été à la fois le 'principal acteur et l'un des premiei's directeurs de l'Ambigu, oii II créa, entre autres rôles, celui de Madame Angot, un travesti célèbre. Les parents qui vivaient disaient à Roger : « tu seras notaire. » L'ombre de Corsse lui insufflait : « Tu seras acteur. » Et ce fut le mort qui eut raison contre les vivants.

Dans la charmante histoire, datée d'un jour de pluie et intitulée : Une Filade , Roger lui-même vous racontera plus loin qu'il commença ses études au Marais, chez « le père Petit », qui lui faisait suivre les cours du collège Chorlcmagne. Il les finit à Louis-le-Grand. Une fois bachelier, il devait faire son droit , tout en travaillant dans une étude d'avoué.

La famille propose et la vocation dispose.

Roger qui, au collège, se cachait pour lire des pièces de théâtre ou pour étudier de la musique, brûlait de marcher le plus vite possible sur les traces de son grand-père Corsse.

li entra comme amoureux de vaudeville à la salle Chuntereine, rue de la Victoire. Qu'on juge de la fureur de son oncle, le député du Loiret, en apprenant cette épouvantable nouvelle...

Vite, en exil, le drôle ! On l'envoya dans une étude située fort loin de la salle Chantereine, à Argentan, où, il n'y avait pas même de théâtre.

C'était donc bien l'occasion d'en créer un. Roger n'y

IV NOTIC!': lUOGRAl'IIIOrE.

faillit pas. M. Nuitter, qui a réuni à l'Opéra une si curieuse collection d'affiches, paierait cher la fantaisiste affiche jaune sur laquelle on lisait :

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