SCÈNE QUATRIÈME
LE VICE-ROI
Oui, ces choses-là sont des histoires anciennes.
PÉRICHOLE.
Oubhant sa Carmen, oubliant son serment, Hernan, dans mon quartier, serait-il pas Tamant De quelque aristocrate ou de quelque gitane ? Chut! ne compromettons personne...
LE VICE - ROI
Dieu me damne Périchole, tu es Tange et moi le démon.
Je suis honteux. Tu dis que ce monsieur Ramon ?
PÉRICHOLE.
Incrédule ! Il est vrai qu'à la course dernière
Je na'enthousiasmai, de la bonne manière,
Lorsque ce matador, d'un seul coup, enfonça
De toute sa longueur, voyez-vous, comme ça,
Son épée entre les épaules de la bête ;
Et que, paisible et droit, sans détourner la tête
Sur le taureau mourant, il me fit un salut
Fort joli pour ces gens vulgaires. J'ai voulu.
Puisqu'il me dédia si galamment la course,
— Les femmes enrageaient — lui décerner ma bourse,
Ne l'ayant pas sur moi, j'ai tout simplement pris
N'importe quel objet dont je ne sais le prix :
Une chaînette...
LE VICE-ROI
En or!
PÉRICHOLE.
Usée, Andrès, usée!
Mais je ne me serais certe pas avisée
De penser qu*on pût voir de Famour là dedans. Un Ramon, un cholo qui mange à pleines dents Des oignons crus et boit son baril d*eau-de-^ie ; Fi, monseigneur! Cela ne me fait guère envie. Laissons ce sujet aux filles de cabaret...
LE VICE-ROI
Je le crois, je te crois, toujours je te croirai, Je te croîs... Cependant, si pour une minute J'avais été taureau, quelle fière culbute Aurait pu se payer sur mes cornes, le gueux.
Je le piétine, vois, dessous mon pied fougueux.
PÉRICHOLE.
Et vive le taureau I me serais-je écriée.
LE VICE-HOI
Je t'adore, pardon de t'avoir ennuyée.
Que veux-tu, Périchole? On m'a même conté
Que ce butor venait chez toi.
PÉRICHOLE.
C'est vérité 1 Vous savez que demain je jouerai le grand rôle D'un opéra nouveau.
LE VICE-ROI
La pièce est-elle drôle?
PÉRICHOLE.
Très drôle, monseigneur. Or, à la fin, je dois Chanter quelques couplets en patois.
LE VICE -ROI
Quel patois?