‹ Le CartésianismeChapitre 27 sur 46 · U: CARTKSIAMSMK · texte numérisé non relu

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Lorsqu'il sera traité de l'optimisme, on verra qu'il n'est pas aussi difficile de répondre à ce défi que l'auteur se l'imagine Son livre De la plus petite existence roule sur les atomes. Le vide pur ne lui semble pas suffisant, et il le transforme en étendue matérielle (1).

' Dans cet écrit, il tranche des questions dont la solution exigerait la connaissance véritable de l'infini. Plus poète que scrutateur, Bruno est en général vague ; la seule chose profitable qu'il offre, avec l'usage de T infini, c'est la défense du système de Copernic. Elle remplit une grande partie de l'ouvrage De l'immense et des innombrables , ou de Vuniversel et des mondes, où il enseigne la pluralité des mondes (2), qu'il a prise de Copernic, ou , ce qui est plus vraisemblable , des pythagoriciens, de qui la tenait Copernic. Si les astres paraissent plus grands, ou plus petits les uns que les autres , il l'attribue à ce qu'ils sont plus rapprochés, ou plus éloignés de nous.

« Nous avons dit souvent que , dans l'univers infini, le centre est réellement partout, et qu'ainsi il n'importe pas que nous soyons à telle place plutôt qu à telle autre, pour qu'autour de nous

(1) (i Vaciiuni simplicilor cum atomis non siilficit. Ccilani guippc oporiPt esse malcriam qiia ronglutinontiir » De tninima E.ristenlia, cap. ii

(2) Lili. IV, rap. m.

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luiiles cliuses conscrvoiU leur niénic ap[>ai'en(>('. Eiî eftel , si nous nous rapprochons de certains astres^ et qu ils nous paraissent plus grands , ceux dont en même temps nous nous éloignons, nous paraissent plus petits. Dans cette nouvelle position, nous retrouverons le jour et la nuit, que nous avons perdus en quittant le système où nous étions, et nous verrons que tout se fait , par rapport aux autres astres, exactement comme par rapport au soleil; nous aurons ailleurs un autre pôle, ailleurs un autre zodiaque , de telle façon qu''il n''y a pas dans tout Tunivers un point qui ne soit à la fois, pai" rapport à d'auties, centre, pôle, zénith, nadir, tropique, ou toute autre chose de ce genre (1). »

Campanella veut prouver qu il y a du sentiment partout. 11 adopte pour principes des choses ceux qu''a posés Télésio II emploie Touvrage 7)^ sensu rerum et maqia h développer son opinion. Dans le chapitre xxii du livre II, il parle de l'origine

(1) Il Ssepe diximus, in uiiiverso infiiiito, seeimduni roi veritateni centrum esse iibique : proplereaque non intéresse utrum liic vcl alibi sinnis lit eamdeni circa nos rerum facieni videamus ; propius enini quibusdani astris factis, ut illorum nobis crescit, vultus ita cl horuni a quibus eloiigamurdimlnuetur. In illis constituli,dieui invenirenius atque noclem quani ex islo a quo recessimus orl)e perdidinius, et ostcndemus non aliani esse in solis astro rationem quani in caeleris : aiius nobis alibi esset polus, alius alibi zodiacus : ut non est in universo punctusqui idem respecta diversorum non sit centrum, polus, zenitii, nadir, iropicus, el qnodvis ejusre generisaliud. n {Ibid., cap. vi.)

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des connaissances , qu'il place dans la sensalion. Quelquefois on a dit des ti'ois spéculateurs que nous venons de passer en revue , (pi' ils avaient renouvelé la philosophie. On ne peut nier que tel ne fût leur dessein , et qu'ils n'aient essayé de l'exécuter; ils cherchent les raisons des choses en étudiant la nature ; ils aspirent h penser par euxmêmes, principalement Télésio et Campanella , car Bruno se passionne pour l'art de LuUe , qui est la dernière conséquence du formulisine scolastique. De là cependant h rappeler la pensée a elle même, il y a loin.

Ramus et Bacon ne l'ont pas fait davantage , quoiqu'ils soient aussi, et bien plus encore, surtout le dernier, appelés restaurateurs. L'illusion à leur égard se comprend mieux. La dialectique (1) de Ramus n'est guère qu'une rhétorique; mais pour traiter une question , il se rapproche de Socrate , en ce qu'il emploie beaucoup d'exemples. Il les tire d'Ovide, de Virgile, de Cicéron, particulièrement de ses harangues Cette manière lui donne un air littéraire, naturel, facile, qui a dû frapper les esprits et le rendre populaire , et qui contraste avec le pédantisme et la rudesse de son temps.

Mais enfin si les principes de l'éloquence tiennent de près h la philosophie , ils ne sont pas la

(l) D/a/pc/ica', libri (liio, 1556.

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philosophie. Autre chose est se servir des notions primitives de la raison et du goût, sans examiner comment elles sont en nous, autre chose est rentrer en soi, et les considérer dans leur racine

Quant à Bacon, qui jamais a parlé de restauration avec autant de fracas, qui a plus crié contre ce qui se faisait de son temps et contre ce qui s''élait fait jusqu'à lui, qui a plus recommandé d'étudier la nature? Il nest question chez lui que d'observation, que d'expérience. Ajoutez qu'il mêle à ses exhortations et à ses critiques infatigables quelques bons préceptes , quelques conseils utiles pour les sciences physiques, et vous sentirez qu'il devait paraître avoir exécuté une entreprise qu'il avait si bruyamment agitée. Qu'offre t-il cependant, que les subtilités et le formulisme de la scolastique? Définir , diviser , énumérer , classer , voilà son travail , oià il se développe avec une fécondité que Scot lui aurait enviée , et une licence de termes sauvages, d'expressions barbares, dont il lui avait à peine laissé l'exemple. Aussi le prétendu rénovateur fut-il peu remarqué de son vivant, excepté par Hobbe et Gassendi , qui le goûtaient et lui pro diguaient les éloges, à cause de son sensualisme. 11 ne recueillit la gloire de la révolution que lorsqu'elle fut accomplie par d'autres mains. Comme il n'y a rien sur quoi il n'ait disserté, péroré, qu'à

l'occasion de chaque chose il entasse les assertions

et les conjectures , l'envie et la haine irouvèreni chez lui tout ce dont elles voulaient frustrer le véritable auteur , de même qu'on trouve tous les événements de l'univers écrits à l'avance dans ces livres de prédictions destinés à repaître la curiosité populaire. Devant lui se prosterna un siècle, par lequel, si le langage religieux eût été plus en faveur, il n'aurait pas manqué d'être surnommé divin, comme Platon par l'antiquité , quand, au milieu des ténèbres du paganisme, il eut jeté sur l'honmie, sur Dieu, sur leurs rapports, une lumière qui n'a de supérieure que celle de l'Écriture. Mais ce qui sembla incomparable pour la force d'inven lion et pour l'utilité, c'est ÏArbt^e des connaissances. En effet, quelle idée de rapporter à l'entendement la science, à l'imagination la poésie , à la mémoire l'histoire ! Quel avantage de savoir qu'elles sont là, chacune dans son trésor, et qu'il suffit d'y mettre la main pour les tenir? C'est pourquoi l'arbre merveilleux fut planté en tête du monument que le siècle élevait à l'esprit humain , comme si les découvertes des âges précédents , ces hautes et immortelles vérités qui brillent à travers les erreurs de l'Encyclopédie, ne pouvaient vivre et prospérer que sous la protection de la conception la plus inepte.

Pour qui n'ignore pas ce qu'est la philosophie, Bacon lui ote formellement le droit de dire qu'il

l'a renouvelée. Que la pensée se replie sur soi, (ju'elle se contemple elle-même , elle ne produira, selon ses paroles, qu'une science vaine, comme des loiles d'araignée; pour obtenir celle qui est utile et solide, il faut quelle aille hors de soi contempler les corps (1). Voilà bien ce que font Télésio et Campanella, mais du moins ils ne l'érigentpas en principe. Par cette toile d'araignée. Bacon représente sous une image vive le néant de la scolastique, qui roule sur les abstractions tirées des idées générales, abstractions aussi creuses que celles qui sont tirées des sensations. Quelle réalité peut avoirla notion de l'être , si on le considère indépendamment de l'être effectif ou de Dieu? Que trouver dans les notions du vrai, du bien, si on considère le vrai, le bien, indépendamment de l'esprit , qui pense et qui veut, surtout de Dieu , esprit nécessaire , éternellement pensant et voulant? Mais où Bacon voit-il que, dans la scolastique, la pensée se contemple elle même, puisqu'au contraire elle s'isole de soi, de Dieu , ainsi que de toute chose actuellement existante? Errer dans les possibles , auxquels elle a ravi tout fondement principal et secondaire, en

(1) <i Mens liumana, si agat in niateiiam (naturam rerum el opéra Dei contemplando) , pro modo materiae operatur, atque ab eadem delcrminalur; sin ipsa in se versaliir (tanquam aianea lexens telain), tuni démuni inlerminata est, et paril certe teias quasdem docirlnae, tenuitato tili operis (|iie admiiabiles, sed quci ad iisinn frivolas et inanes. » (De Dignitate et aug. scient,, lii). I.)

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les arrachant do la pensée divine el de la pensé*' humaine, est ce donc pour la pensée humaine se replier sur soi et se prendre pour objet de son action? N'est-ce pas au contraire se répandre hors d'elle-même, se perdre et sahîmer dans les mots? Bacon est-il moins plaisant de croire que pour la retirer de ce vide il faut Tenlever à elle-même, que de croire quil faut la jeter p.'irmi les corps, pour la conduire à la vérité et à la lumière?

Un fait significatif frappe : excepté la compressibilité de l'eau aperçue par Bacon (1), aucune découverte n'appartient à lui. ni aux autres qui ont voulu philosopher, tandis que ceux qui le tentèrent dans l'antiquité, par exemple, Thaïes et Pythagore, commencèrent les mathématiques, l'astronomie, la physique , les enrichirent de vérités fondamentales , quelquefois des plus hautes vues , et donnèrent d'admirables maximes de morale et de politique. Cependant l'époque préparatoire moderne n'est point inférieure à l'ancienne , mais grâce à des hommes spéciaux. C'est Gutenberg qui invente l'imprimerie ; c'est Colomb qui, saisi de l'idée de Thaïes et de Pythagore, que la terre est sphérique, se persuade qu'il existe un autre continent opposé au nôtre, le découvre et démontre la figure de la terre; c'est Copernic qui rappelle

(I) Nuv. Org., lil>. ii, art. /i'), r>0.

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el lail accepter la rëvolulion des plaiièles aulour du soleil, enseignée par Pylhagore , mais bientôt lejetée ; c'est Galilée qui trouve la loi de la chute des graves ou du mouvement uniformément accéléré; c'est lui et Kepler qui perfectionnent le télescope, dont la première idée paraît due au hasard; c'est Galilée qui découvre les satellites de Jupiter, elFabricius (i) les taches et la rotation du soleil ; c'est Kepler, grand par-dessus tous, qui révèle la forme des orbites des corps célestes, les lois de leurs mouvements, qui en place la cause dans l'attraction, à laquelle il attribue le flux et le reflux de la mer, et qui crée presque l'optique; c'est Viète qui ébauche la théorie générale des équations, et de Dominis l'explication de l'arc-en-ciel; c'est Servet qui dévoile la circulation pulmonaire, Harvey la circulation générale, Aselli les vaisseaux 1 hylifères. Campanella, Bacon, Hamus, Télésio, Bruno, où ôtes-vous? Votre esprit s'épuise en des rêves stériles, et la science déchire à grands coups les voiles de la nature. Parais donc, ô Descartes! le génie moderne t'attend poui* se déployer dans sa puissance et sa grandeur majestueuse.

(1) Annuaire du bureau des Longitudes ^l?ili2, p 403, notici' ^uv Hrr scliel , par M. AraRo

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