DEUXIÈME PARTIE
66 choquer les uns les autres I combien leur direction devrait en être changée ! Cette rencontre des rayons devrait avoir lieu pour tous les corps lumineux qu'on voit à la fois ; cependant chacun parait distinctement, sans souffrir le moindre dérangement de la part des autres : preuve bien certaine que plusieurs rayons peuvent passer par le même point, sans se troubler réciproquement, ce qui semble inconciliable avec le système de l'émanation* En effet, qu'on fasse rencontrer deux jets d'eau, on verra qu'ils se troublent terriblement dans leur jeu, par conséquent on doit en conclure que le mouvement des rayons de lumière est très-essentiellement différent de celui des jets d'eau, et en général de toutes les matières lancées. »
Néanmoins ce système a toujours été en crédit, parce que sans doute il venait de celui qui avait le premier calculé les mouvements des astres, et aussi parce qu'il expliquait avec une apparente facilité quelques phénomènes; mais il est aujourd'hui tombé devant le système des ondes, par lequel Young et Fresnel ont plus avancé l'optique en quelques années, que leurs prédécesseurs pendant un siècle. Pour montrer la supériorité des ondes sur l'émission, il faudrait discuter les diverses questions, o' est-à-dire composer, en quelque sorte, un ouvrage sur la lumière, ce qui n'entre point dans notre plan; mais il suffit que nous fassions parler l'opinion dominante.
i La loi de la réfraction simple, dit M. Lamé» est en défaut lorsque la lumière pénètre dans les cristaux biréfringents ; le fait de la réflection se complique quand
îl s'agit de la lumière polarisée, puisqu'il existe, pour cette espèce de lumière, des circonstances où elle échappe à la réflection, et se réfracte en totalité ; enfin nous citerons des phénomènes pour lesquels la lumière semble se propager en ligne courbe. Ainsi les trois principes qui servent de base à l'optique géométrique ne peuvent être adoptés d'une manière absolue. L'ancienne théorie de rémission était totalement impuissante pour rendre compte de ces exceptions ; les hypothèses subsidiaires dont il fallait étayer l'idée fondamentale étaient aussi nombreuses que les phénomènes nouveaux qu'il s'agissait d'expliquer ; en sorte que ces hypothèses ne faisaient que transformer l'énoncé des faits, sans établir entre eux aucune liaison nécessaire. Toutes ces exceptions sont, au contraire, des conséquences naturelles de l'idée primitive des ondulations, et tendent même à la simplifier. Dans la lutte récente qui s'est établie, au milieu du monde savant, entre les défenseurs des idées de Newton sur la lumière, et les partisans de la théorie des ondes, les succès obtenus par ces derniers ont été d'abord contestés. Mais quand, parmi eux, Fresnel fut parvenu à déduire d'un petit nombre de principes simples et féconds un enchaînement rigoureux de tous les faits de l'optique, et leur explication complète jusque dans leurs moindres variétés, il fallut se rendre à l'évidence, ou reconnaître au moins que l'idée des vibrations était plus heureuse que celle de l'émission (!}. » Et ailleurs : • Un
(1) Cours de piujs, de t' Ecole polytechnique, t. U, pari, i, |». SIK). an. 1836