‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 151 sur 230 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

provoquée par la force et qui doit la détruire, ne peut plus résulter que d'un changement d'état.

Les acceptions variées du mot force ont quelquefois ' fait confondre la puissance d'agir et de réagir avec l'effort qui en est la manifestation. La force proprement dite est l'exercice, à un degré déterminé, d'une puissance dont on ne connaît par là que le développement actuel et instantané.

Dans un corps en mouvement, il y a puissance. La mêine puissance se retrouve dans le corps en repos. Pour qu'elle se révèle, il faut, dans les deux cas, une cause extérieure. De là, la fwce qui naît et périt avec cette cause.

Dans le choc des corps, la cause qui provoque le développement de la puissance est la différence de vitesse. La matière étant impénétrable, deux points matériels, animés de vitesses différentes, ne peuvent se rencontrer sans agir et réagir l'un sur l'autre ; il y a action du corps choquant sur le corps choqué ; d'où changement d'état dans le corps choqué et réaction. De même, il y a action du corps choqué sur le corps choquant; d'où changement d'état dans le corps choquant et réaction. A chaque instant l'équilibre existe entre ces réactions simultanées, qui sont constamment égales et contraires.

Deux corps, animés d'une même quantité de mouvement et marchant à la rencontre l'un de l'autre, peuvent se réduire mutuellement au repos. Doit-on inférer, comme circonstance particulière à ce cas, que ces corps ont en eux la même puissance, ou qu'ils agissent avec la même force dans le changement d'état qu'ils éprouvent ?

Mais les forces qui se développent pendant le choc sont toujours et à chaque instant égales et contraires. Quant à la puissance» elle demeure après le choc ce qu'elle était avant, la même ou différente pour les deux corps, selon que leur masse est ou n*est pas la même.

Chacun des corps réduit Taulre au repos, parce qu'il possède en sens inverse une égale quantité de mouve* ment. En d'autres termes, la raison de cet eiïet est dans le principe suivant : Çœlle que soit ta masse du corps auquel on suppose une force appliquée, il suffit que cette force passe f aux mêmes époques^ par les mêmes degrés de grandeur^ pour qu^elte engendre ou détruise^ au boni d^un même temps quelconque^ une même quantitéée mouvement.

Le principe étant posé, nous en déduirotis, comme conséquence immédiate, que, dans un système de corps abandonnés à leurs actions mutuelles et réciproques, la somme algébrique des quantités de mouvement demeure constamment invariable. En effet, si nous isolons par la pensée deux quelconques des corps du système, nous voyons qu'à chaque instant ils s'attirent ou se repoussent avec une force égale. Les quantités de mouvement engendrées de part et d'autre sont donc les mêmes en grandeur et en direction ; mais elles sont évidemment de signe contraire. Donc leur somme algébrique reste nulle.

Cette grande loi pouvant s'appliquer au système da monde, restituons aux corps planétaires le calorique versé par eux dans l'espace. De l'état solide ramenonsles progressivement à l'étiit gazeux, et faisons croître la

Page 1