TROISIÈME PARTIE
sont renfermées dans d'étroites limites. S'il avait songé à l'incommensurabilité des moyens mouvements, qui ne permet aux grands axes que des variations périodiques, il aurait eu les deux conditions de lastabilité dusystème du monde, qui, par conséquent^ est affranchi du besoin (Tétre réformé.
Mais c'est à Leibnitz qu'il appartenait de combattre l'opinion de Descartes par des réflexions puisées dans un ordre supérieur. « Après avoir, dit-il, détourné les philosophes de la recherche des causes finales, ou, ce qui est la même chose, de la considération de la sagesse divine dans Tordre des choses, qui, à mon avis, doit être le plus grand but de la philosophie. Descartes en fait entrevoir la raison dans un endroit de ses Principes, où, voulant s'excuser de ce qu'il semble avoir attribué arbitrairement à la matière certaines figures et certains mouvements, il dit qu'il a eu droit de le faire, parce que la matière prend successivement toutes les formes possibles^ et qu'ainsi il a fallu qu'elle soit enfin venue à celles qu'il a supposées. Mais si ce qu'il dit est vrai, si tout poasible doit arriver, et s'il n'y a point de fiction, quelque indigne et absurde qu'elle soit, qui n'arrive en quelque temps, ou en quelque lieu de l'univers, il s'ensuit qu'il n'y a ni choix ni Providence : que ce qui n'arrive point est impossible, et que ce qui arrive est nécessaire. Justement comme H obbes et Spinosa le disent en termes plus clairs. Aussi peut-on dire que Spinosa n'a fait que cultiver certaines semences de la philosophie de M. Descartes (1). > Nul
(i) Op*, t. H, part. I, p. 2i5.
436 LE CARTÊaANISaiE.
doute, établir la fatalité dans le monde des corps, c'est rétablir dans le monde des esprits, c'est rétablir en Dieu; c^est supposer que les choses sortent de lui par un mouyement brut, comme Teau d'une source. Si Dieu est intelligent et libre, rien n'existe où n'éclatent rintelligence et la liberté, c'est-à-dire la prévoyance et le choix ; et sil'oH prétend que la prévoyance et le choix manquent quelque part, Dieu n'est point intelligent et libre; car embrassant tout, il se montre partout selon ce qu'il est. Par la fatalité dans la formation et l'arrangement des corps, comme par leur inactivité, Descartes tend donc au panthéisme.
Croit^on que cette doctrine appartienne au même homme, qui, avec l'idée de perfection infinie, considérée comme constituant le fond de la pensée, a prouvé l'existence de Dieu avec une vigueur de raisonnement dont on n'avait peut-être pas encore vu d'exemple, et qui, à la fin, c s'arrête à la contemplation de ce Dieu tout parfait, considère, admire, adore l'incomparable beauté de cette immense lumière, au moins autant que la force de son esprit, qui en demeure en quelque sorte ébloui, le lui pourra permettre, » et qui compare cette contemplation à la vision béatifiqueda l'autre vie (1)1 Cette immense lumière dont il demeure en quelque sorte ébloui n'est pas sans doute dans la volonté divine, laquelle d'ailleurs il enseigne, ou du moins il insinue, ne nous être point connue, si Dieu ne nous la déclare.
(1) rmàt U troisièiiie lléditatioii.