‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 178 sur 230 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

les fins que Dieu s* est proposées en créant le monde;. ..aar nous ne devons pas tant présumer de nous que de croire qu'il nous ait voulu faire part de ses conseils (1) >. L'expression faire part de ses conseils est remarquable, signifiant que nous ne pouvons les connaître qu'autant qu'il plaît à Dieu de nous les découvrir. En effet, sMl n'a point en lui une raison qu'H consulte et que nous puissions aller consulter par la nôtre intérieurement et directement, le moyen que nous sachions ce qu'il veut, à moins qu'il ne nous le dise? Mais que devient alors le principe de la véracité divine, sur lequel nous avons vu Descartes appuyer la certitude de nos idées de Dieu et des autres choses, quand elles sont claires et distinctes? 11 est renversé. Ce n'est plus seulement à l'égard des corps, mais de tout, qu'il nous faut une révélation, afin d'être certains que Dieu ne peut vouloir nous tromper. L'idée de perfection infinie, qui nous représente Dieu, cesse d'être une garantie, dès qu'enfermée tout entière dans notre entendement, elle n'est plus contemplée dans l'entendement divin, où elle jouit d'une existence essentielle. Ici Descartes se sape lui-même dans son fondement. Si Dieu ne possède point en soi une raison qu'il interroge, il agit aii)itrairement, il n'a point de dessein, il n'est qu'une puissance aveugle. Descartes l'avoue touchant la nature physique, bien que, par une de ces inconséquences à lui familières, il assure que notre corps est formé avec un art au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer (2), et que Dieu

(1) Prine,, ptrt. i,art. 98.

(2) Œuv„ t. IV, p. 836. De V Homme,

in LE GÂRTÉSIÂiNISME.

a disposé toutes choses en nombre, poids et mesure (i). « Que Dieu, dit-il, ne crée que la matière et y établisse les lois du mouvement, quMl en compose même un chaos le p lus confus et le plus embrouillé que les poètes puissent décrire, et ces lois seront suffisantes pour faire que les parties de ce chaos se démêlent d'elles-mêmes, et se disposent en si bon ordre, qu'elles auront la forme d'un monde très-parfait, et dans lequel on pourra voir tout ce qui parait dans ce vrai monde (2). > Or ces lois, qui dérivent de l'essence delà matière ou de l'étendue mise en mouvement, ont une nécessité géométrique qu'elles portent dans tout ce qui se fait, puisque, d'après Descartes, tout résulte d'elles, sans qu'il soit besoin d'une intervention particulière de Dieu. Que telle soit sa pensée, écoutons. Après quelques suppositions sur la grandeur et le mouvement que Dieu aurait donnés aux parties de l'étendue, il ajoute : « Il importe fort peu de quelle façon je suppose ici que la matière ait été disposée au commencement, puisque sa disposition doit par après être changée suivant les lois de la nature, et qu'à peine en sauraiton imaginer aucune de laquelle on ne puisse prouver que par ces lois elle doit continuellement se changer, jusqu'à ce qu'enfin elle compose un monde entièrement semblable à celui-ci, bien que peut-être cela serait plus long à déduire d'une supposition que d'une autre. Car ces lois étant cause que la matière doit prendre successivement

(i) Œuv., t, IV, p. 263. Le Monde, ch. vu. 9) Ibid., ch. yi.p.250.

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toutes les formes dont elle est capable, si Ton considère par ordre toutes ces formes, on pourra enfin parvenir k celle qui se trouve à présent en ce monde. Ce que je mets . ici expressément, afin qu'on remarque, qu'encore que je parle dé suppositions, je n'en fais néanmoins aucune dont la fausseté, quoique connue, puisse donner occasion de douter de la vérité des conclusions qui en seront tirées (1). »

Newlon dit vrai : c C'est à celui qui a créé les particules de la matière qu'il appartenait de les mettre en ordre. Et s'il l'a fait, ce n'est pas agir en philosophe que de rechercher aucune autre origine du monde, ou de prétendre que les simples lois de la nature aient pu tirer le monde du chaos, quoique étant une fois fait, il puisse continuer plusieurs siècles par le secours de ces lois. Car^ tandis que les comètes se meuvent en tous sens dans des orbes extrêmement excentriques, un destin aveugle ne saurait jamais faire mouvoir toutes les planètes en un même sens dans des orbes concentriques, à quelques irrégularités près de nulle importance, lesquelles peuvent provenir de Taction mutuelle entre les comètes et les planètes, et qui seront sujettes à augmenter, jusqu'à ce que ce système ait besoin d'être réformé. Une uniformité si merveilleuse dans le système planétaire doit être nécessairement regardée comme l'effet du choix. Il en est de même de l'uniformité qui parait dans les corps des animaux; car, en général, les animaux ont deux cdtés, l'un

(1) PrinCf pari, m, art. i7.

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droit, l'autre gauche, formés de la même manière ; et mv ces deux côtés, deux jambes par derrière, et deux bras, ou deux jambes, ou deux ailes, par devant, sur leurs épaules ; et entre leurs épaules un cou qui tient par en bas à

répine du dos avec une tête par-dessus, où il y a deux oreilles, deux yeux, un nez, une bouche et une langue, dans une égale situation. Si, après cela, vous considérez à part la première formation de ces mêmes parties dont la structure est si exquise, comme celle des yeux, des oreilles, du cerveau, des muscles, du cœur, des poumons, du diaphragme, des glandes, du larynx, des mains, des ailes, de la vessie d'air qui soutient les poissons dans Peau , des membranes pellucides dont certains animaux se couvrent les yeux à leur gré et qui leur tiennent lieu de lanettes naturelles, et la formation des autres organes des sens et du mouvement ; si vous joignez à ces considérations celle de I Instinct des brutes et des insectes, vous conviendrez que tout cet artifice ne peut être que Teffet de la sagesse et de Tintelligence d*un agent tout puissant, toujours vivant et présent partout (1). » Quoique vulgaires et uniquement prises dans la physique et Thistoire naturelle, ces considérations ne manquent pas de force contre le passage de Descartes. En présentant le mouvement des planètes dans un même sens, comme une preuve de la Providence, Newton a plus raison qu'il ne croit Idméme, puisque ce mouvement fait que les variations séculaires des excentricités et des inclinaisons des orbites

f tt) Op., quest. SI. — Scolie à li fin du lifre des Prifie'pei .

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