TROISIÈME PARTIE
lonté. Uinfiniment iufini du bien répond à Tinfinîment infini du vrai, Tinfiniment infini du bien et du vrai à rinfiniment infini de l'être. Que le vrai n'égalât pas Têtre, ou le bien le vrai, il y aurait dans Têtre quelque chose de faux, ou dans le vrai quelque chose de mal, et dans le bien un manque d'être, ce qui est absurde. Ra* massant en soi T infini absolu du bien, du vrai, de l'être, il se suffit pleinement lui-même. Dans la production de son intelligence, de son verbe, il trouve l'exercice le plus complet de sa puissance ; dans la contemplation de sa puissance et la formation de sa volonté^ de son affection, l'exercice le plus complet de son intelligence; dans l'union, l'amour mutuel de son intelligence et de sa puissance, l'exercice le plus complet de sa volonté.
Si c'était de cette procession intérieure de l'être divin que parle Spinosa, quand il dit (l) que tout en Dieu se fait nécessairement, ex sola suœ naturœ necessitate agat^ on pourrait l'entendre, et on lui accorderait volontiers que la supposer différente, ce serait changer la nature de Dieu. Mais c'est de la création du monde ou de ce que produit l'activité divine en se manifestant au dehors, mundum divinœ naturœ neçessarium effectum (2), et on ne comprend pas que l'activité divine soit nécessitée de toute éternité, ni dans un temps quelconque, à une pareille manifestation. Qui donc au dedans la sollicite à l'acte éternel par lequel la puissance engendre
(i) Etluy pars. 1, appendice, p. 33, (2) Ep. 58, p. 570.
rintellîgence, et avec Tintelligence, produit la volonté! Qui la sollicite, sinon la nature de Dieu? Dieu, en effet, serait privé de la partie intelligente et voulante de sa nature, ou plutôt de sa nature entière, qui est indivisible, si Tintelligence n'émanait éternellement de la puissance, et la volonté de toutes les deux. Or, en serait-il également privé, s'il n'eût pas fait les divers êtres qui composent l'univers? Lorsqu'il les a créés, est-il passé tout entier en eux comme il passe tout entier dans son intelligence et dans sa volonté en les produisant? L'infini absolu de l'être, du vrai, du bien, respire-t-il dans* la pierre, dans la plante, dans la brute, dans le globe de la terre, dans celui du soleil? Respire-t-il dans l'homme, dans les esprits célestes? Il le faut néanmoins, si l'on prétend que Dieu a été forcé par sa nature de les créer. Mais si les plus accomplis d'entre eux n'offrent qu'une image infiniment imparfaite de Dieu, il est souverainement libre, et il ne cessera de l'être qu'on ne l'ait déraciné de lui-même, qu'on ne Tait dissous et dispersé parmi les ouvrages de ses mains. Arnauld a aussi combattu l'optimisme; mais outre qu'il semble quelquefois pencher vers l'opinion de Descartes, il est d'une fatigante prolixité (1).
Nous allons essayer de réduire à sa plus simple expression ce long examen de la question, si Dieu a suifi la raison dans la création du monde.
4** Descartes ne veut point qu'il l'ait suivie, parce qu'elle l'aurait forcé de choisir le meilleur et par là dé-
(1) Réfi, phU, ti théol.
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truit sa liberté. 2^ Malebranche et Leibnitz prétendent que, s'il ne l'avait point suivie, il ne serait qu'une puissance aveugle, produisant tout machinalement. &*" C'est ce que Spinosa enseigne sans détour, k"" Malebranche et Leibnitz, aux yeux de qui Dieu a suivi la raison, soutiennent qu'il a été obligé de former le meilleur univers possible. 5* Fénelon et Bossuet leur prouvent qu'ils détruisent sa liberté et établissent la fatalité ; que Dieu, bien qu'il suive la raison, n'est point déterminé à préférer la création la plus parfaite, et que l'idée même d'une telle création n'est qu'une chimère. Seuls donc, dans l'école cartésienne, ils ont sauvé la raison et la liberté divine, relevé et maintenu les causes finales, que le chef de celte école avait renversées.