‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 194 sur 230 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

dance suprême. Spinosa bannit pareillement la raison avec Tinfint de la pensée divine, quoiqu'il ne songe pas plus que Descartes h bannir Tînfini, car personne peutêtre n'en parle autant que lui par rapport à Dieu. Ainsi ils se rencontrent dans le fond et ne diffèrent que pour le but. L'un frémit à Tidée de la fatalité et veut Téviter à tout prix, tandis que l'autre court à elle triomphalement. Qu'on supprime le mot volonté, et Descartes, qui, à son insu, pense comme Spinosa, parlera comme lui. Spinosa ravit à Dieu la volonté avec Tentendement ; Descartes ne lui ôte que l'entendement, et c'est pour étendre et exalter la volonté. Mais comme par là il la résout en une puissance aveugle, il tombe dans les principes de Spinosa, ou plutôt il les lui pose et ne lui laisse que d'en tirer intrépidement les plus révoltantes, mais les plus exactes con** séquences.

Donc point de ftiilîcu : il faut reconnaître qu'il n*y a rien d'existant ni de possible, et rien de possible parce qu'il n'y a rien d'existant, ou avouer une cause première telle qu'elle est, avec l'entendetnent, la volonté et l'infini qui lui sont propres. Qu'on prenne ce dernier et inévitable parti, et les raisonnements de Spinosa tombent d'eux-mêmes. Il est si peu contraire à la puissance divine de n'avoir point créé tout ce qui est possible, que c'est précisément dans l'impossibilité de le faire que consiste son infinité.

« Cependant, dit Spinosa, vous ne nierez point qu'elle ne soit éternellement en acte (1 ) , non plus que l'intelli-

(1) Elh,j pars i, prop. 17, scol.

gence et la volmté qu'il vous platt d'admettre eo Dieu (1). > Non, sans doute; et c^est pourquoi élernellement la puissance produit rintelligence, rintelligence la volonté, la volonté l'union de rintelligence et de la puissance. Il est très-vrai aussi que toutes les trois coostituent Tessence divine, et qu'elles n'ont pas leur action moins nécessaire qu'un triangle ses trois angles égaux à deux droits.

Pour qu'une chose se puisse concevoir, il faut d'abord qu'elle soit, puis qu'elle soit d'une certaine manière, c'est-à-dire qu'elle soit déterminée, et que cette détermination embrasse tout ce qu'est cette chose. Un cercle est, il est rond ; sa rondeur le comprend en entier ; il n'a rien qui lui échappe, ses rayons, quoique droits, la subissant par leur égalité. Dieu donc est : voilà sa puissance; il est d'une certaine manière : voilà son intelligence ou l'ensemble infini des idées qui enferment les raisons de tout ce qui est dans la puissance et la déterminent; cette détermination qui rapporte l'intelligence à la puissance : voilà sa volonté. Oui, encore une fois, il est dans une incessante et étemelle activité, activité de puissance, activité d'entendement, activité de volonté; et cette activité ne saurait produire autre chose que ce qu'elle produit, sans que Dieu cessât d'être ce qu'il est. L'infini absolu, qui dans la puissance subsiste simplement comme être, devient, par cette inefiable génération, vérité dans l'intelligence et bien dans la vo-

(1) Eih.f pars i, prop. 33, scol. 2.

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