TROISIEME PARTIE
la capacité de notre esprit (1), » telles, par exemple , que raccord de la Providence et de la liberté. Cependant il n*en trouve point de ce genre dans les corps; là tout est ou peut être connu. Avec la notion de retendue et celle du nQOUvement, il prétend expliquer le monde physique, et montrer de point en point comment il a été formé. • J'avoue franchement, dit-il, que je ne connais point d'autre matière des choses corporelles que celle qui peut être divisée, figurée et mue en toutes sortes de façons, c'est-à-dire celle que les géomètres nomment la quantité et qu'ils prennent pour l'objet de leurs démonstrations; et que je ne considère en cette matière que ses divisions, ses figures et ses mouvements ; enfin que touchant cela, je ne veux rien recevoir pour vrai, sinon ce qui en sera déduit avec tant d'évidence qu'il pourra tenir lieu d'une démonstration mathématique, et d'autant que par ce moyen on peut rendre raison de tous les phénomènes de la nature, comme on pourra voir par ce qui suit, je ne pense pas qu'on doive recevoir d'autres principes en physique, ni même qu'on doive en souhaiter d'autres que ceux qui sont ici expliqués (2). » Quoique dans le livre des Principes^ il ne s'agisse que des corps inorganisés, il entend parler aussi des autres ; les traités de t Hommes delà Formation > du fœtus ^ les Premières pensées sur la génération des animaux ^ ne permettent point d'en douter. De là ces paroles qu'on lui prête si souvent et qui,
(1) Prine, de la phil., part, i, art. 25.
(2) Ibid., part, ii, art. 64.
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en effet, lui appartiennent, sauf le tour : Qu'anme donne de Pétendtée et du mwvement^ et je faut un monde (1),
Malebrancbe ne veil non plus que de l'étendue et du mouvement dans le monde physique. Cependant^ il se pense poiqt, comme Descaries, q^'on en puisse expliquer la formation, méoie de la partie inorganique, par les lois seules du mouvement, sans une action particulière de Dieu (2). Hais il est persuadé quQ les notions de cause efficiente, de causes occasionnelles, de (ois générales, suffisent pour rendre raison de ce qui s'y ps^sse et de ce qui se passe dans le monde spirituel. « Dieu, dit- il, conh munique avec joie tout ce qu'il possède en qualité de sagesse étemelle (â). » Leibnitz s'étonne que Deseartes ait cru impossible d'accorder la Providence et la liberté (A), de résoudre d'autres questions semblables relatives ^ Tordre moral, et il se flatte, avec des monades ou forces vitales et forces pensantes, de produire à la fois le monde des corps et le monde des esprits. Mais nul n'est cooh parable à Spinosa : les corps, les esprits. Dieu, il pénètre tout avec une facilité n^er veilleuse, et pour le tw^ il n*a besoin que des mots substance, attribut, mode. li se moque de Descartes, lui reprochant de n'avoir rien compris à Dieu, ni à l'origine des choses (5},
Il est clair que tous se mettent à la place de Dieu ou
(i) Le Monde, ch. ti et vu.
(2) Médit, chrét,, vii, art. 9.
(3) Médit., XI, art. 2.
(i) 7%À>d., dise., art. G9.
(5) 0p,po8th., p. 398.
partent de \\\\ pour philosopher. Cependant, oomme eela ne leur donne point son intelligence infinie, ils n'expliquent point ce qui nous est réellement inexplicable» et souvent ils tombent dans les plus graves erreurs et bouleversent tout. Spinosa nomme substance « ce qui est en soi, et qui est connu par soi-même, c'est-à-dire ce dont ridée n'a pas besoin, pour être formée, de l'idée d'une autre chose (1). » S'il en avait cherché la notion en se considérant lui-même dans sa pensée, il aurait vu qu'il avait une activité et un fonds propres, qu'il était un être à part ou une substance, mais que cette activité et ce fonds étant bornés, dépendaient d'une activité et d^un fonds plus haut, d'une substance infinie et indépendante; par conséquent qu'il y a de9 substance^ dont l'idée a besoin, pour être formée, de l'idée d'une autre chose, et que toutes, hormis une, sont dans ce cas. Loin de là, il est allé prendre cette notion dans la substance suprême, laquelle effectivement troqve en soi l'idée d'une sub-* stance qui est complète par elle-même. Toutefois cette définition est encore fausse à l'égard de la substance su* prême, car si Dieu, pour se concevoir, n'a pas besoin, comme l'homme, de l'idée d'un autre être existant, il a besoin de l'idée d'une infinité d'autres êtres possibles, puisque dans l'idée de l'être parfait est renfermée l'idée qu'il peut créer. Aussi, que nous apprend Spinosa? Il n'aspire à rien moins qu'à nous introduire dans Tintérieur
(i) « Per substaBiiam iateUigo id, quod in sa est, et per se ooncipitar : hoc est id, caias eonceptos ion indiget concepla alterius rei, a qno formari debeat. » Eth,y |MHrt.i, dér.3.
de la cause première, afin de nous en dévoiler les infimes perfections et la manière dont elle a produit le monde; or, il la méconnaît au point de la confondre avec lui, de ne faire de tout qu'une substance, dont elle est Tuniver* sel, et dont les choses sont Tindividuel. Il se tracasse pour passer du premier au second, oubliant sansdoate qu'il renouvelle le problème de Tindividuation, lequel, sans se laisser entamer, a fatigué quatre siècles de la scolastique au moyen âge. c Les choses singulières, ditil, ne sont rien autre que les afiections ou les modes qd expriment d'une façon certaine et déterminée les attributs de Dieu (1). » Cependant, d*un côté, • tout ce qui suit de l'absolue nature de quelque attribut de Dieu, a dû toujours exister et être toujours infini, ou bien encore, cet attribut rend étemel et infini tout ce qui découle de lui (2) ; » de l'autre, • nul être singulier, nulle chose finie, et qui a une existence déterminée, ne peut exister ni être déterminée à agir, si une autre cause finie, et qui a aussi une existence déterminée, ne la détermine h exister et à agir ; et cette cause à son lour, pour exister et pour agir, a besoin d'une autre cause qui soit aussi finie et qui ait une existence déterminée, et ainsi à l'infini (S).>
(i) R Res particulares nihil sunt, nisi Dei attributonim affecUones, sife uoé, qoibus Dei aUributa certo et determinato modo exprimuntor. » Eth., pm i* prop. 25, corol.
(2) « Omnia que ex absoluta natura alicajus attributi Dei seqiumtar, seopcr d mfinita eûstere debuerimt, sive per idem attrîbiitum steroa et infinita sunt » M«» prop. îi.
(8) « QQodamque singnlare, si¥e qusvis res, que finita est, et determiaitg babet existeotiam, non potest existere, necad operandiifli deternuBari, nisi ade0>' tendum et operandum determinetur ab aBa causa, qo» etiam finita est, et detoii-