‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 198 sur 230 · troisième partie · texte numérisé non relu

troisième partie

Alors où rencontrer un point d'union entre Dieu ou Puniversel, qui ne souffre aucune modification finie, et les choses ou rindividuel, qui n'en souffrent aucune infinie? c Puisque tout être fini, dit Gondillac, doit être déter* miné par une cause finie, quelque effort que fasse Spinosa pour prouver que tout est déterminé par Dieu, il ne peut empêcher qu'il n'y ait, selon son système, deux ordres de choses tout à fait indépendants : premièrement, l'ordre des choses infinies qui suivent toutes de la nature absolue de Dieu, ou de quelqu'un de ses attributs modifiés d'une modification infinie; en second lieu, l'ordre des choses finies qui suivent toutes les unes des autres, sans qu'on puisse remonter à une première cause infinie qui les ait déterminées à exister. Comment ces deux ordres de choses pourraient-ils ne constituer qu'une seule et même substance (i)? » Spinosa est donc réduit à soutenir qu'ils le font parce qu'ils le font; car que trouver de plus dans cette assertion, que c tout est déterminé pat* la nécessité de la nature divine à exister et à agir d'une certaine façon (2) ; • et dans ces expressions barbares que Dieu est « la nature naturante, et les êtres finis la nature naturée (3) ? • Tel est le résultat de ses efforts ; il

natam habet existentiam : et rursus hœc causa non potest etiam existere. neque ad operandam determinari, nîsi ab aKa, qu» etiam finita est, et detenninatam habet existentiam, determinetur ad existendum et operandiim, et sic in infinitom. • Ihid., prop. 28.

(1) Traité det lyal., comment, sur la prop. 99.

(S) « In reram natora nullum datnr conlingens ; sed omnia ex neeesittate diyntm natnne determinata smit ad certo modo existendum, etoperandum. • Eth„ pan. I, prop. 99.

(3) « Natun nitanns, natora natnrata. > /M., tchol.

iSt LE GÀfttÉSIÂMSUË.

veut révéler en Dieu une perfection înoule, et il lui Ôte cdle qui est indispensable à tout être, il lui 6te Texistence propre.

Que Descartes, qui leur à donné f exemple» tente d'expliquer le monde physique, il n*est pas plus heureux. De quelque façon quMl combine les pafties de retendue de toutes les grandeurs, de toutes les figures^ de tous les mouvements, il ne parviendra jamais à montrer corn* nient les animaux et les plantes croissent, se nourrissent et meurent, Comment le fer est attiré par Tâimant, comment le feu brûle. Il remarque quelques-unes des circonstances, des conditions où ces propriétés se manifestent; mais quant à leur cause même, quant à ce qui les donstituè, c'est un secret auquel il ne lui est pas donné dé mordre.

Leibnîlz ne cesse de traiter la philosophie de Desclartes d'anttchafnbre de ta vérité. Va-l îî, lui, nous introduire dans le sanctuaire? Il prétend tirer les corps et les esprits de ses monades ; il prouve à merveille qu'au* cun d'eux n'est privé de force. Mais la force, en se modi* fiant, donne-t-elle le minéral, le végétal, l'être pensantt Leibnitz suppose que la monade destinée à être l'âme raisonnable enveloppe la raison dès le commencement da monde, ou qu'à la naissance de l'homme, elle la reçoit c par une opération particulière de Dieu, par une espèce de transcréation (i). » II ne s'explique point sur la monade qui doit prendre l'organisme de l'animal, ni sur

(i) fA4Îod.,art.9iel39r

^ï«Hè ^i doit pmiéct ForgàiifèAiè tle !a pteiNè. gét»<tft pensaii-fl que la premèrè porte en genUe la êensfeUfilé, let la secon(k ia végétathm. Àlôfs H n'aurait |Mtet àfH*Mver que la même forée produit leê êtres des trois règnes, liais 11 serait toujours obligé de dire ce qui fait que la ^ce a telle t^ropriété dafts le minéral, teBe autre dans la plante, telle autre dans ranimai, telle autre ^fians t^fi¥divido pensant. Est-^e sérieusement qu'il veut expliquer Tunion de Tâme avec le corps ou en général les rapports des Clôtures, ra(*iîon des unes snr les autres^ par Tiiarmonie préalable, qui rompt toate ciKrinlunication, to«t ^en entre elles, et lesétatilit^ians une indé^daiiee et tme séparation cotnpI^M, « ebaeune agissmi domme si, -par impossible, les autres n'existaient pomt {i)T^ ' Malebranofae est sûr de disbipe^ les myslènss a^ec sas lois générales.

« i* Lois générales de la communication des mouve^ iMMs, desquelles lois le choc des corps ^ la cttuseocèaf- ^ionneHetm naturelle. C'est par VélablissenienltlecâBloiB -que Dieu a comnraniqué au selefl la puissaMe d^éelaiÉer, ira feu «elle de brûler, et ainsi des autres vertus qu*^mt les corps pour agir les uns sur les autres; et cfest en obéissant à «es propres lois que Dieu fs^ tout ce que fèf* les causes secondes.

t ^ Lois de Tunion de Tâme et du corps, dont les mo^ tlalités sont réeiproquement causes ^cca^onnelles de leurs changentents. €*est par ces lois que nous avons la

(1) Op., 1. 11, pars I, p. SÔ, art. S4.

184 iM CARTCSIAmSVE.

pnJMinni dt fwrler, de marché, de sentir, d^iroaginor et le reatei et que les objets ont par nos organes le pouvoir de noQS toucher et de nous ébranler. Cest par ces lois que Dieu nous unit à tous ses ouvrages.

fl S* Lois de funion de T&me avec Dieu, avec la substance intelligible de la raison universelle, desquelles lois notre attention est la cause occasionnelle. C'est par ces lois que Te^rit a le pouvoir de penser à ce qu*i! veut et de découvrir la vérité (!)• >

Qu*on nous interroge maintenant sur ces grandes questions, nous voilà en mesure de répondre. Par quoi le soleil peut-il éclairer et le feu brûler? Par la loi générale de la communication des mouvements, en vartu de laquelle Dieu éclabre dans le soleil et brûle dans le feu. Par quoi pouvons-iious marché, parler, sentir, imaginer, et pourquoi les objets peuventr-ils nous toucher et nous ébranler? Par la loi générale derunion de Time et du corps, en vertu de laquelle Dieu marche, parie, sent, iinagine en nous, nous touche et nous ébranle dans les objets. Par quoi avons-nous la puissance de penser et de découvrir la vérité? Par la loi générale de Tunion de Tâme avec Dieu, la substance intelligible de la raison universelle, en vertu de laquelle loi Dieu pense en nous et découvre en nous la vérité. En d^autres termes, pourquoi les dioses se passent-^lies ainsi? Parce que Dieu fait ainsi les choses. Ce qui revient à dire que la lumière est lumière, le feu feu, Tesprit esprit Cest la nature naturante

(1) Snirtt., un, ^.^Rép.é Àm,, k m, f. IS6.

TROISIEIIE PARTIE. 4fS

et la nature saturée de Spinosa, par lesquelles il croit expliqua la création, ou comment, dans les substances, Tuniversel s^unit à Tindiriduel pour les former, comment les substances viennent des idées qui les représentent en Dieu.

Avec ces trois lois générales, les seules, suivant lui, que la raison et Texpérience nous apprennent, et les deux suivantes, qui nous sont découvertes par TÊcriture^ Malebranche prétend lever certaines di£Scultés qui se rencontrent dans le gouvernement de Tunivers parla Providence.

c i"" Les lois générales qui donnent aux anges bons et mauvais pouvoir sur les corps, substances inférieures à leur nature. G*est par Tefficace de ces lois que les anges ont gouverné le peuple juif, quMls Tout puni et récompensé par des biens et des maux temporels. G*est par Tefficace de ces lois que les démons ont encore le pouvoir de nous tenter, et que nos anges tutélaires ont celui de nous défendre. Les causes occasionnelles de ces lois sont leurs désirs pratiques.

c 2* Les lois par lesquelles Jésus-Christ a reçu la souveraine puissance dans le ciel et sur la terre ; non-seulement sur lescorps, maissur les esprits ; non-seulement pour distribuer des biens temporels, comme les angesà la synagogue, mais pour répandre dans les cœurs la gr&ce intérieure qui nous fait enfants de Dieu et qui nous donne droit aux biensétemels. Les causesoccamonnellesdeceftloissont les divers mouvements de Tàme sainte de Jésufr-Gbrist

« Yoilà, poursuit Tauteur, les lois les plus générales de la nature et de la gr&ce, que Dieu suit dans le cours

4i$ LE CàMÈmiOMÈÊPL

onÊlinai» de m ProvidflMe (f). Soavmn-iQMM|p'il m prat agir que sdoÉ ce qa'îl est, que d'âne inaaîèrA qm porte le caraetère de see aUiiMts; qu^ainsl i\ ce fdnne point aee desBeinn indépendarament des i^oîes de les esécater, mais qu'il choisit et Touvrage et les voies, quîtôOl çQdemble expriment davantage les perfectioBs qu'il se glorifie de posséder, que tout autre ouvrage |mr toute autie voie. So^lveneff-voua que plus il y a de siooplicîté^ d' uniformité, de généralité dans la Providence, y ayant égalité dans le reste, plus elle porte le caractère de la divinité ; qu'ainsi Dieu gouverne le monde pat des lois générales, pour faire éclater sa sagesse dans Tencbalnement deè causes (2) . •

Si donc iJ pleut dans les déserts et ne pleut point dans les terres en euHurc, dont les fruits périssent de séclie^ resse ; si la gr&ce est donnée à des gens qui la dédaignent et refusée aui nations infidèles, obei lesquelles sans doute beaucoup de personnes en profiteraient ; s'il naît des enfants monstrueux ; si la peste moissonne les bons comme les méokants ; si le puisswi et le tirfae oppHnaeni et spolient le pauvre et le faible, au lieu de le protéger et de le secourir; si la vertu se traîne dans les tribulations et les misères, tandis que le vtoe et le crime se jouent au sein de l'abondance et de la tranquillité; si tant d'âmes se perdent éternellement : c'est, aux yeux de MalebrancI», une suite des lois générales d^eraiinées per les causes occasionnelles. Dieu eût pu éviter ces dé*

'D Entr., XIII, 9. — R^. à Am., U fll. p. 155. (2) Bntni.<, xm, art. 8.

Page 1