PREMIÈRE PARTIE. SI
la deuxième, qui est la volonté^ est celle de recevoir plusieurs inclinatiotis ^ ou de vouloir différentes choses» Quant à Tentendement, la première et la principale des convenances, qui se trouve entre la faculté qu'a la matière de recevoir différentes figures, et celle qu'a Tâmede recevoir différentes idées, c'est que» de même que la faculté de recevoir différentes figures dans les corps est entièrement passive et ne renferme aucune action, celle de recevoir différentes idées est également passive et ne renferme aucune action. Quant à la volonté, de même que Tauteur de la nature est la cause universelle de tous les mouvement qui se trouvent dans la matière, c'est aussi lui qui est la cause générale de toutes les inclinations qui se trouvent dans les esprits (1). » Puisque Dieu est la cause générale des inclinations qui se trouvent dans les esprits, il est clair que la volonté est passive, comme Tentendement, et par la même raison. Que si Malebranche ne tire pas cette conséquence aussi positivement pour la volonté que pour l'entendement, c'est qu'il a besoin de laisser quelque activité à la volonté. Le peut-il? Nous verrons plus loin qu'il se fait illusion.
Ainsi Dieu, qui communique à la volonté ses inclina* lions, communique à l'entendement ses idées, ou plutôt les perceptions des idées, car les idées, qui, dans ce système, sont Dieu même, deviennent incommunicables. < Il est nécessaire, dit Malebranche, que toutes nos idées se trouvent dans la substance efficace de la divinité^
(1) Reeh. de la Vérité, liv. I, chap. i, art. 1 et t.
qui seule est intelligible et capable de nous éclairer (1).» Cela se développe dans le troisième livre de la Recherche de la vérité^ et revient presque à toutes les pages des autres écrits. Il est si vrai que c'est Finactivité des corps et la supposition que Dieu fait tout en eux qui ont conduit Malebranche à enseigner la même chose relativement aux esprits, qu'il reproche aux cartésiens de ne pas le faire comme lui. « Je m'étonne, dit-il^ que messieurs les cartésiens, qui ont avec raison tant d'aversion pour les termes généraux de nature et defaciUtéj s'en servent si volontiers dans cette occasion. Notre âme, disent-ils, pense parce que c'est sa nature... Je sais bien que l'&me est capable de penser ; mais je sais aussi que l'étendue est capable de figure ; l'âme est capable de volonté comme la matière de mouvement. Mais de même qu'il est faux que la matière, quoique capable de figure et de mouvement, ait en elle-même une force^ une facultét une nature par laquelle elle se puisse mouvoir ou se donner tantôt une figure ronde, et tantôt une carrée ; ainsi, quoique l'âme soit naturellement et essentiellement capable de connaissance et de volonté, il est faux qu'elle ait des facultés psiT lesquelles elle puisse produire en elle ses idées ou ses mouvements. 11 y a bien de la différence entre être mobile et se mouvoir. La matière, de sa nature, est mobile et capable de figure ; elle ne peut même subsister sans figure ; mais elle ne se meut pas, elle ne se figure pas, elle n'a point de facultés pour cela. L'esprit, de sa nature,
(1) Reeh. de la Vérité, lit. m, part n, chip. 6.