‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 21 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

est capable de mouvement et d'idées, j'en conviens; mais il ne se meut pas, il ne s'éclaire pas. C'est Dieu qui fait tout ce qu'il y a de physique (naturel) dans les esprits aussi bien que dans les corps. Peut-on dire que Dieu fait les changements qui arrivent dans la matière, et qu'il ne fait pas ceux qui arrivent dans l'esprit? Est-ce rendre à Dieu ce qui lui appartient que d'abandonner à sa disposition les derniers des êtres? n'est-il pas également le mattre de toutes choses? n'est-il pas le créateur, le conservateur, le seul véritable moteur des esprits aussi bien que des corps (!)?>

Dans ce passage le mot idée est pris au sens de perception. Arnauld et Régis, que Malebranche combat, ne voyaient dans l'âme que les perceptions et prétendaient qu'elle les produit ; tandis que Malebranche, distinguant les idées des perceptions que nous en avons , place les idées en Dieu, soutient que Dieu produit dans Tàme les perceptions, non-seulement les perceptions des idées, mais des impressions sensibles ou des sensations. Et, comme sans les idées il n'y a point de connaissance possible^ Malebranche déclare que nous voyons tout en Dieu, maxime non moins fondamentale chez lui, que la maxime que Dieu fait tout en nous : l'une et l'autre résument son système. cNous voyons en Dieu, dit-il, ce dont nous avons une idée générale, ou une notion claire et distincte (2).» Or, suivant lui, et contrairement à l'opinion de Descartes

(1) Reeh, de la Vérité, éclaircissement iO«, obj. U^,

(2} !bid.t lit. m, part, ii, cbap. i. Rép. à Arnauld, U l, p. 13.

et de tous les vrais philosophes, nous n^avons point de connaissance claire et distincte de notre àme; donc nous ne saurions l'apercevoir en Dieu. Nous ne connaissons d'elle que ses sensations^ ses imaginationSf ses pures intellections, ou simplement ses conceptions^ ses passiofis mêmes et ses inclinations naturelles. En d'autres termes, nous ne connaissons d'elle que ce qui nous est donné par le sens intime, savoir» que lorsque Tâme sent, qu'elle imagine, qu'elle entend, qu'elle conçoit, qu'elle éprouve des passions, elle sent que c'est elle qui le fait. Aussi l'auteur comprend-il toutes les connaissances que l'àme a d'elle-même, sous le mot de sentir, entendu de la sensibilité physique et morale (1). Ne connaissant pas non plus l'âme des autres hommes, ou ne la connaissant que par conjecture (2), il s'ensuit que nous ne la voyons pas non plus en Dieu. Que voyons-nous donc en Dieu? Dieu luimême d'abord, puis les corps. Comme Malebranche les réduit à l'étendue, dont nous avons une connaissance claire cl distincte, nous en percevons l'idée en Dieu, c'est-à-dire que nous y voyons l'étendue, et par elle tous les corps.

€ Mais quoiqu'il dise que nous voyons en Dieu les choses matérielles et sensibles, il faut bien prendre garde qu'il ne dit pas que nous voyons en Dieu les sentiments, mais Mulement que c'est Dieu qui agit en nous; car Dieu connaît bien les choses sensibles, mais il ne les sent pas. Lorsque nous apercevons quelque chose de sensible, il

(1) Reeh. de la Yériti^ lif. III, part, n, chip. i. Rip, à Am„ 1. 1, p. 7S. <t) IMd.t liv. m, part ii, chip. vn.

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