‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 222 sur 230 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

cillation^ eWe n^était regardée, et Lagrange en fait la remarque (1), que comme un simple théorème de mécanique. C'est Leibnitz qui dévoile en elle une loi géné« raie de la nature. Quoique, dans la Courte démonstration d^une erreur mémorable de Descartes sur la conservation de la même quantité de mouvement, il se serve, comme Huyghens, des espaces proportionnels aux carrés des vitesses de Galilée, il est clair que cette loi est à ses yeux la conséquence de l'activité essentielle qu'il attribue aux corps, d'après laquelle il distingue la force d'avec le mouvement, la puissance d'agir d'avec l'action. Or, la puissance d'agir est la différentielle de la fonction dont le mouvement ou la vitesse est l'intégrale. M. Bioty après Montucla (2) et d'autres écrivains^ se confond d'étonnement c de ce que Descartès ne sentit jamais le mérite de Galilée ; et cela seul prouverait, ajoute-t-il, qu'admirable dans la géométrie, il n'a pas connu la véritable méthode qui peut seule avancer la physique (3). > Examinons ces reproches. Hais d'abord il faut voir comment Descartes parle de Galilée. « Je trouve en général, dit-il, qu'il philosophe beaucoup mieux que le vulgaire, en ce qu'il quitte le plus qu'if peut les erreurs de l'école, et tâche à examiner les matières physiques par des raisons mathématiques. En cela je m'accorde entièrement avec lui, et je tiens qu'il n'y a point d'autre moyen pour trouver la vérité. Mais

(1) Méean. anaiyt, édit. i^, p. 183.

(2) hi»t. de% fMth.y t. n, p. 192.

(3) Biog, urUv.t art. De8C.« t. XI, p.1i6.

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il me semble qu'il manqae beaucoup, en ce qu'il ne fait que des digressions, et ne s'arrête point à expliquer suffisamment aucunes matières ; ce qui montre qu'il ne les a point toutes examinées par ordre, et que, sans avoir considéré les premières causes de la nature, 3 a seulement cherché les raisons de quelque effets particuliers^ et ainsi qu'il a bâti sans fondement Or, d'autant que sa façon de philosopher est plus proche de la nm, d'atttant peut-on plus aisément connaître ses fautes, ainsi qu'on peut mieux dire quand s'égarent ceux qui suivent quelquefois le droit chemin, que quand s'égarent ceux qui n'y entrent jamais (1). » Aux yeux de ceux qui connaissent un peu Galilée, il n'est pas trop mal apprécié dans ce jugement général. 11 est c^tain qu'il tâche (Tecoaminer tes mcUières physiques par Jet raisons mathématiques ^ mais que, n^ ayant point eonsidéré les premières causes de la ïuUure^ c'est-à-dire, selon Descartes, son mécanisme entier, et s'étant borné à chercher les raisons de quelques effets particuliers, c'est-à-dire quelque portion de ce mécanisnoe, t7 a bâti sans fondement^ ce que Descartes montre par des exemples.

La découverte capitale de Galilée dans ces matières, celle dont les autres ne sont que des conséquences, c^est la loi du mouvement uniformément accéléré. Cette loi, qui est l'âme de la dynamique et sert à déterminer la loi du mouvement varié, bien qu'il n'en soit qu'un cas

(t) Œuv. de Desc, t. VU, p. 434.

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particulier, cette loi si importante aujourd'hui que la science du mouvement est formée, n'avait alors 4e prix que par rapport à la chute des graves, avec laquelle elle s'identifiait dans Tesprit de Galilée et de Descartes. Or, & cet égard elle est fausse^ ayant été établie sur l'hypothèse que la pesanteur est constantOi non pas seulement, comme le suppose Montuela (i), à de très^petitcs .distances de la terre^ mais à toutes^ puisque Gahlée calcule, d'après cette loi»^ le temps qu'un globe de fer mettrait pour venir de la lune au centre de la terre (2). Voilà pourquoi Descartes la désapprouve. « Galilée, dit-il, suppose que la vitesse des poids qui descendent s'augmente toujours également, ce que j'ai autrefois cru comme lui ; mais je crois nudnt^iant savoir par démonstration qu'il n'est pas vrai (3)* t L' entendezvous ? il a cru autrefois comme lui ; mais maintenait il lui est démontré que ce n'est point vrai. Effectivement, d'après les tourbillons comme d'après la nature, la pesanteur varie« Ainsi Descartes avait trouvé la loi du mouvement uniformément accéléré (A), pendant qu'il était dans l'erreur de Galilée; mais parce qu'il a re-

(1) Hist. du math., t. II, p. 192.

(2) Dialogus de nfstemaie mtmdi, 16i1, p. 164.

(3) Œuv., t. VU, p. 441.

(i) Cette découverte de Galilée ayant été le prétexte de tant de déclamations contre Descartes, comme s'il ne Teût pas aussi faite de son côté, nous allons citer en entier le passage qui établit ses droits : • Le sieur Beecmon, écjrit'-il à Mersenne, vint ici samedi soir, qui me prêta le livre de Galilée, et il Ta remporté ce matin, en sorte que Je ne Tai en entre les mains que trente heures. Je n'ai p^ laissé de le feuilleter tout entier, et Je trouve qu'il philosophe asseï bien du mouvement non pas toutefois que J'approuve que fort peu de ce qu*il en dit ; mais, autant que fen ai pu voir, il manque plus en ce où il suit les opinions déjà reçues» quVnceoù

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connu cette erreur, il condamne la loi. Qui bl&meronsnous? Personne.

Sans r hypothèse que la gravité est constante, la loi ne serait point démêlée. Il faut supprimer la croyance & la variation qui complique trop la question, Umt comme il a^ fallu que Descartes supprimât Tactivité dans r univers, pour démêler le mécanisme qu'elle dérobait à noble faible intelligence. Dans la solution de ces solennels problèmes» Tesprit humain fait à son insu ce qu'il fait sdemment pour des questions ordinaires de mathématiques^ dans lesquelles il omet une ou plusieurs circonstances afin de simplifier, puis il les introduit dans les formules trouvées, qu'il modifie en conséquence.

Dès qu'il était presque immanquable que, pour obtenir la loi, on se tromperait, n'imputons point i Galilée son erreur, réjouissons-nous plutôt qu'il Fait commise ; mais pourrions-nous reprocher à Descarte de l'avoir aperçue? Regrettons seulement qu'il ne Tait point séparée du fait de la chute des graves. Poor cela, il aurait fallu qu'il en vit l'usage ailleurs, ou plutôt qu'il créât la dynamique rationnelle.

il 8*en éloigne... Je ii*ai pas laissé (Ty cemarqaer par-d par-là quriques-oies ^ mes pensées, comme, entre autres, deux que je crois vous avoir écrites, à n^ que les espaces qne parcourent les corps pesants qui descendent sont Tm ï^vUt comme les carrés des temps qu'ils empbiént à descendre... oe n'est jamais eStitf*' ment vrai, comme il pense le démontrer. La seconde est que les tours et reMr d'une même corde se font tons à peti près oi pareil temps, encore qu^ils p«^ être beaucoup plus grands les uns que les autres. > T. Vl, p. 248.

Cette lettre est du 14 août 1634, par conséquent quatre ans avant la poUtciliP de l*on?rage de Galilée, qui ne parut qn*en 1638. Mais on sait qn*il courait « "^ nuscrit, et ce n>st qu*un manuscrit que Descartes a pu feuilleter. On voit "^ aiait aussi aperçu Tisochronisme des oscillations du pendule.

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