‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 224 sur 230 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Newton croit les atomes nécessaires, afin de rendre la nature des êtres corporels stable, et d'empêcher qu'elle ne s'altère. Par exemple, « Teau et la terre, composées de vieilles particules usées et de fragments de ces particules, ne seraient pas & présent de la même nature et contexture que Teau et la terre qui auraient été composées au commencement de particules entières (1). » C'est effectivenoent dans le but de prévenir la corruption et l'anéantissement des choses que les molécules infrangibles furent imaginées, et Descartes n'y avait point assez pourvu par la supposition que la figure, la grosseur et le mouvement des particules élémentaires, se trouvent dans une dépendance telle qu'ils doivent rester dans le même état. Mais où découvrir tes atomes pour arrêter la dissolution? Qui m'assure que les parties des corps, c'est-à-dire de l'étendue, divisibles jusqu'à un degré, cessent tout d'un coup de l'être ; •qu'il n'y a plus composition dans les corps, et que la nature finit à nos pieds ? Le contraire n'est-il pas certain? Pourquoi recourir à cette absurdité pour corriger Descartes? Pourquoi, à l'exemple de Leibnitz, ne pas sortir du pur mécanisme, en attribuant l'activité aux -corps ? Alors divisez-les, subdivisez-les autant que vous voudrez, la forme et les propriétés essentielles subsisteront dans chaque partie, en vertu de l'énergie qui s'y trouvera toujours pour les retenir. Cette division, qui ne pourrait s'effectuer dans les corps organisés sans les

^1} Optique, t. n, p. 574, queit. 31.

on LE CARTÉSIÂNISIIR.

détruire, y sera cependant, parce que chacun en renfermera d'autres plus petits à Tinfini.

D'après Newton, la lumière ne consiste point dans une simple pression» mais dans un mouvement actuel (!]• Soit. Huygbens, qui modifie un peu Descartes, la présente en effet comme le résultat d'un mouvement ; et voilà le système des ondes. Pour Newton, ce progrès est trop fort. Il prend chez Épicure l'émission, dont Ëuler a fait une si éclatante justice (2) ; il prend en même temps à Descartes sa matière subtile, à laquelle il donne le nom d'étber, et, peu d'accord avec soi, il enseigne tantôt que la vision est produite par les vibrations que les émanations excitent dans ce fluide (3), tantôt par les émanations mêmes (4).

Il emploie le même éther à expliquer l'attraction; mais, ne lui attribuant sous ce j'apport que la fonction de potasser les planètes vers le soleil, et les satellites vers leurs planètes, il faut de plus une force d'impulsion primitive, comme si Dieu, ainsi qu'un joueur de boules, avait des deux mains lancé les corps célestes dans l'espace. Que devient l'admirable unité des tourbillons, dans lesquels, de l'impulsion conmiuniquée à l'origine par le Créateur, naît le mouvement curviligne, et de ce mouvement la force centrifuge et la force centripète ?

Ce qui précède suffit pour prouver que Newton n'est pas aussi ennemi des hypothèses qu'il veut le laisser

(1) Optique, t. U, p. 512, qnest. 28.

(2) Lettres à une prineeue d^ Allemagne, iur différentes questions éepkfslque et de philosophie, lett. 17 et tuW.

(3) Opt., p. 499, qoest 23.

(4) /W(f..p. 485, qoest. 12.

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croire, quMI en débite d'étranges, et combien pourtant il a raison de dire qu'il n'en fait pas. Avec ce dédain affecté pour les hypothèses, il imagine se placer audessus de tout ce qu'il y a d'éminent dans le monde, créer le plus bel ouvrage qui soit sorti de la main d^un homme^ comme parle Bailly (1), et paraître le plus grand génie de son temps et de tous les siècles , comme l'appelle M. Biot (2); lorsqu'au contraire le haut génie, créateur, ou rénovateur des connaissances^ a toujours éclaté par la féconde audace des hypothèses. Le propre du génie, c'est de découvrir, et il ne se découvre rien d'essentiel dans la nature qui ne soit le fruit de Thypothèse, ni dans aucune science qui ne soit le fruit du génie hypothétique. L'hypothèse, j'entends celle qui porte dans son sein de puissantes vérités, l'hypothèse n'est que rélancement du génie vers les principes. Qui a décomposé la lumière? On dit, ou plutôt on préconise que c'est Newton, car c'est une acclamation, une hymne, comme s'il avait déployé une sagacité surhumaine. Est-ce lui qui, par une explication de la lumière, faisant consister la vision dans une sensation pure, a détruit l'erreur antique et invétérée des couleui-s vraies et des couleurs fausses, et rendu manifeste que les couleurs du prisme ne diffèrent point des couleurs de Tarc-en-ciel, ni de celles d'aucun autre objet? Descartes ne s'arrête point, il est vrai, à calculer la déviation de chaque

(i) HUt. de roit. mod., t. m, p. lil. — Uplace s*est fait Técho de Bailly, Sy$t, du mondty liv. V, ch. v.

(2) Biog. wiiv., art. LeUmiU, t. XXllI, p. 626.

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rayon, à les soumettre au prisme, pour savoir s'ils coutinuent de produire la même sensation de couleur, à les réunir par une lentille et à les combiner de diverses manières ; mais il cherche par quels mouvements ou, comme on dirait aujourd'hui, par quelles vibrations des molécules, Tun cause le phénomène du violet, Taut^e celui du rouge, un troisième celui du bleu. Voilà la partie spéculative de la décomposition, celle qui ex^ l'intelligence haute et inventrice. L'autre est empirique. On doit croire que Newton fut au moins conduit par la réflexion à traiter celle-ci. £b bien ! selon H. Biot« c'est en faisant, par amusement et par hasard, des expériences sur la réfraction de la lumière à travers le prisme (1). Son Optique offre, si Ton veut, un rare travail, mais auquel, après tout, s'applique la remarque de Lagrange (2) sur Galilée, relativement à la décou> verte des satellites de Jupiter, des phases de Yénua, des taches du soleil : il ne fallait que des instruments, de l'assiduité et de la dextérité, c J*ai, dit Fresnel, pour les travaux de Newton et de M. de Laplace j l'admiratîoD la plus vive et la plus sincère : mais je. n'admire pas également tout ce qu'ils ont fait, et je ne pense pdnl, par exemple, comme beaucoup de personnes, que YOptique de Newton soit un de ses pUts beaux titres de gloire : elle renferme phisieurs graves, erreurs, et les vérités qu'elle contient étaient bien moins difficiles à trouver que l'explication mécanique des mouvements

(i) Biog, urUv., art. Newton, t. XXXI, p. 137. (2) Mécan. analyt.f part, ii, sect. u

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