TROISIÈME PARTIE. S
célestes (1). » D^ailleurs Newton, comme Galilée, avait une aptitude et un goût naturel et précoce pour la mécanique (2). Nous avons vu le développement de l'analyse transcendante avorter entre ses mains, sa t&che ^ans le système du monde se réduire au calcul. Quoiqu'il se croie un géant, parce qu'il prétend ne pas faire d'hypothèses, on voit qu'il est d'une taille assez ordinaire, parmi les hommes supérieurs. Que ceux donc qui, terrassés devant la réputation de ee plus grand génie de son temps et de tous tes siècles^ seraient tentés de renoncer à l'usage de la pensée, reprennent courage, il n'a rien qui passe les forces de la nature.
Lorsqu'il essaye pour la première fois, sans doute
en 1666, de vérifier la loi de l'attraction, il trouve faux
pour la lune, c'est-à-dire g de trop, parce qu'il emploie une valeur inexacte du méridien; et quoiqu'il rencontre vrai pour les planètes, il n'en abandonne pas moins, à cause de cette légère discordance, l'idée que la loi du carré réciproque aux distances est universelle. On a voulu lui en faire un prodigieux mérite, et Montucla le qualifie à ce sujet d'homme incomparable (3)» Que l'astronomie et Newton lui-même sont heureux que Kepler, par exemple, se soit montré incomparable d'une autre manière ! Voyez-le au milieu des tribulations d'une vie errante et misérable, étendu sur
(1) FresDel, Acad. dei êciences, t. VU, p. 50, 18i7
(2) Biog. univ., art Newton, t. XXXI, p. 128.
(3) Hitt. des math.,i. II, p. 604.
ses tables presque un demi-fiièQle, faisant et refaisaai des volumes de calculs. Le rapport du cube des d»tances au carré des temps périodiques lui coûte dixhuit ans. A force de supputations et de travaux, il arrive à reconnaître que Torbe de Mars n'est pas cirralaire; il le juge ovale, et il se croit au but. Tout à coup, des légions de chiffres se dressent menaçantes. Déchiré de regret, mais transporté d'espérance, il s'écrie : c Tandis que je triomphe de Mars, que je lui prépare les prisons des tables et les chaînes des équations de TexcenUique,, on m'annonce de divers côtés que ma victoire est inutile, que la guerre recommence, que l'ennemi a rompu ses chaînes et brisé les portes de sa prison ; et peu s'en faut que, dans sa fuite, il n'aille se joindre aux autres rebelles et ne me plonge dans le désespoir. Cependant, averti par sa diligence à s'échapper, je remplace aussitôt mes anciennes troupes battues par des troupes nouvelles; je me mets à sa poursuite et je le ramène enfin soumis (1). » C'est-à-dire qu'il l'enferme dans un orbe elliptique, qui est un ovale particulier. Quant à l'incomparable Newton, il ne s'occupe de sa loi que par hasard et aux sollicitations de Hooke. Est-ce sdnsi que
(i) « Dum in haoc modam de Martis motibas triompho, eiqœ ul pbne dcvîdOt Ubulanim c^rceres, et equationtim ecoentri compedes necto, dhrersis nundatv locis, futUem victoriam, et bellum tota mole recnidescere. Nam domi quidem bostis, ut capUvus, contemptus, répit omnia equationiuB Yincalay carceresque labobmm efl&^t. .. Jamque parum abruit, quin hostis fogitifos sese corn rebeOibtts sii$ coDjongeret, meque in despenâonem adîgeret : nisi raptim nota rationum f/kpàor rum subsidia, fusis et palantibus feteribiis, submisissem ; et qua sese captivBs proripuissct, omni diligentia edoctus, vcstigiis IpsisnoMamora interpositaiobcsisseB. • Stella Martis, cap. u, p. 246.