‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 81 sur 230 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

controverse de Bossuet et de Fénelon longtemps avant

qu'elle éclatât. Il supposait qu'il y avait un malentendu entre ces deifi illustres adversaires. Fénelon soutenait que nous pouvons aimer Dieu sans aucun rapport à notre intérêt ou à notre avantage; et c'est cette espèce d'amour qu'il appelle pur amour. Bossuet affirmait, d'après l'amour que nous avons nécessairement pour nous-mêmes, que notre intérêt^ notre propre avantage, était inséparablement uni à l'amour, vu que nous trouvons toujours notre propre avantage dans l'amour que nous avons pour les objets distingués de nous. Leibnitz, d'après sa définition, les concilie, et croit qu'ils avaient raison l'un et l'autre (1). »

11 y a lieu de s'étonner que M. de Beausset ne s'aperçoive pas que, d'après ses propres paroles, Topinion de Leibnitz revient complètement à celle de Bossuet. Quelle différence marquerait-il entre dire avec Bossuet que l'amour que nous avons nécessairement pour nous-mêmes, que notre intérêt, notre propre avantage est inséparablement uni à l'amour, vu que nous trouvons toujours notre propre avantage dans l'amour que nous avons pour les objets distingués de nous, et dire avec Leibnitz que nous ne faisons rien que pour notre bien, que toutes ces choses que nous désirons par elles-mêmes et sans aucune vue d'intérêt sont d'une nature à nous donner du plaisir par leurs excellentes qualités? S'aimer nécessairement soi-même^ ou ne rien faire que pour son iien, n'est-ce

(1) Hitt. de Fénelon, t. W, p. 375, 3<* édition.

donc pas la même chose? Trouvei* toujours son intérêt^ son avantage propre dans Vamour qu'on a pour les objets distingués de soiy ou désirer des choses par elles-mêmes sans aucune vue d^intérét^ mais qui sont d'une nature à nous donner du plaisir par leurs excellentes qualités, Tun et l'autre ne reviennent-ils pas absolument au même? Que peut signifier la condition par elles-mêmes sans aucune vue d^intérét qu'y met Leibnitz, sinon qu'on ne cherche point, s'il nous est permis de parler ainsi, à exploiter Dieu, comme les juifs charnels et les casuistes, mais qu'on s'abandonne au penchant et au plaisir de le posséder? Suppose-t-on que Bossuet Tentendît autrement? Mille endroits de ses ouvrages viendraient prouver le contraire, si ce n'était lui faire trop injure que d'en douter.

Un passage de Leibnitz, rapporté aussi par M. de Beaussel, montre qu'il donnait tort à l'archevêque de Cambrai : « L'incomparable M. de Fénelon s'est rendu plus cher à l'univers en lui donnant son Télémaque^ qu'en publiant son sentiment sur le pur amour ^ quoiqu'il faille aussi avouer que ni le père Lami, bénédictin, qui a défendu ce sentiment, ni l'évêque deMeaux etMalebranche, qui l'ont combattu, n'ont point assez bien traité la question, et ne l'ont point présentée sous le jour convenable, parce qu'ils n'ont pas donné une définition juste et exacte du véritable amour (1). » Ainsi le reproche que Leibnitz adresse à Bossuet ne tombe que sur la manière de pré-

:l) Dp, Leib,, t. V, p. 189.

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