DEUXIÈME PARTIE. I
qualifie d'animale (1). L'âme des anciens semble s'effacer ; mais elle forme encore quelque chose d'étranger à la matière, et qui vient lui donner le mouvement et la vie. Enfin, elle est anéantie par Descartes et n'a plus aucune place dans le système des tourbillons.
Gomme il est inutile de refaire une chose aisée et bien faite, nous donnerons ici l'exposition des tourbillons par Malebranche, en l'abrégeant.
Si l'on considère avec attention l'étendue, on verra d'abord qu'elle est impénétrable ; car il y a contradiction que deux pieds d'étendue n'en fassent qu'un. Mais conmie on ne voit aucune force dans l'idée qui la représente, il est certain qu'elle n'est point dure par elle-même^ et qu'ainsi chaque partie doit se séparer de sa voisine^ si elles sont poussées de divers côlés. Ainsi on conçoit que le mouvement est possible, quoique tout soit plein et que les corps soient impénétrables, parce que l'étendue n'étant point dure par elle-même, lorsqu'une partie avancera, les autres^ puisque tout est plein, seront repoussées vers Tendroit qu'elle quitte en avançant, et ainsi elles y glisseront et il se fera un mouvement circulaire. Que si Ton conçoit une infinité de mouvements en ligne droite dans une infinité de semblables parties de cette étendue immense que nous considérons, il est encore nécessaire que tous ces corps, s' empêchant les uns les autres, conspirent tous par leur mutuelle action et réaction, je veux dire par la mutuelle conspiration de tous leurs mouve
(1) « Facilitas aniinaUs. » De Stella MarU$, introd.
ments particuliers, à se mouvoir par un mouvement circulaire.
Cette première considération de Tidée de l'étendue, et de ridée du mouvement que Dieu a communiqué à toutes les parties de retendue, en la créant, nous fait déjà reconnaître la nécessité des tourbillons; que leur nombre sera d'autant plus grand, que les mouvements en ligne droite de toutes les parties de retendue, ayant été plus contraires les uns aux autres, ils auront plus de difficulté de s'accommoder d'un même mouvement ; et que de tous les tourbillons, ceux-là seront les plus grands où il y aura plus de parties qui auront conspiré au même mouvement, ou dont les parties auront eu plus de force pour continuer leur mouvement en ligne droite. Arrêtonsnous à l'un de ces tourbillons, et recherchons tous les mouvements de la matière qu'il renferme, et toutes les figures dont toutes les parties de cette matière se doivent revêtir.
Comme il n'y a que le mouvement en ligne droite qui soit simple, il faut d'abord considérer ce mouvement comme celui selon lequel tous les corps tendent sans cesse à se mouvoir, puisque Dieu agit toujours selon les voies les plus simples, et qu'en effet les corps ne se meuvent circulairement, que parce qu'ils trouvent des oppositions dans leurs mouvements directs. Ainsi, tous les corps n'étant pas d'une égale grandeur, et ceux qui sont les plus grands ayant plus de force à continuer leur mouvement en ligne droite que les autres, on conçoit facilement que les plus petits de tous les corps doivent être vers
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le centre du tourbillon, et les plus grands vers la circonférence, puisque les lignes que Ton conçoit être décrites par les mouvements des corps qui sont k la circonférence, approchent plus de la droite que celles que décrivent les corps qui sont proches du centre.
Si Ton pense ensuite que chaque partie de cette matière, formée très-irrégulièrement, n'a pu se mouvoir d'abord et trouver sans cesse quelque opposition à son mouvement, sans arrondir et sans rompre ses angles, on reconnaîtra facilement que toute cette étendue ne sera encore composée que de deux sortes de corps : de boules rondes qui tournent sans cesse sur leur centre en plusieurs façons différentes, et qui, outre leur mouvement particulier, sont encore emportées par le mouvement commun du tourbillon^ et d'une matière très-fluide et très-agitée, qui aura été engendrée par le froissement des boule'' dont on vient de parler. Outre le mouvement circulaii commun à toutes les parties du tourbillon, cette matière subtile aura encore un mouvement particulier en ligne presque droite du centre du tourbillon vers la circonférence, par les intervalles des boules qui lui laissent le passage libre ; de sorte que son mouvement composé de ces mouvements sera en ligne spirale. Cette matière fluide, que Descartes appelle le premier élément, étant divisée en des parties beaucoup plus petites, et qui ont beaucoup moins de force pour continuer leur mouvement en ligne droite que les boules ou le second élément^ il est évident que ce premier élément doit être dans le centre du tourbillon et dans lés intervalles qui sont entre les par-
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ties da second, et que les parties du second doivent remplir le reste du tourbillon et s'approcher de sa circonférence à proportion de leur grosseur ou delà force qu'elles ont pour continuer leur mouvenoent en ligne droite.
Le premier élément, qui occupe le centre du tourbillon, est une étoile que dans notre tourbillon nous appelons soleil, et la lumière qu'elle répand n'est aubre chose que l'effort continuel des petites boules du second élément^ qui tend à s'éloigner du centre du tourbillon ; elle se communique en un instant à desespaces immenses^ parce que tout étant plein de boules, on ne peut en presser une qu'on ne presse toutes les autres qui lui sont opposées.
Quant à la figure de tout le tourbillon, on ne peut douter, par les choses qu'on vient de dire, que l'éloigneniCTt d'un pôle à Tautre ne soit plus petit que la ligne qui traverse l'équateur.
Si l'on considère que les tourbillons s'environnent les uns les autres et se pressent inégalement, on verra encore clairement que leur équateur est une ligne courbe frrégulière et qui peut approcher de l'ellipse.
On comprend que les tourbillons sont rangés de telle manière qu'ils se nuisent le moins possible dans leurs mouvements ; mais ils n'en sont point venus là sans que les plus faibles n'aient été entraînés et comme engloutis par les plus forts; ce qui a produit les systèmes planétaires. Le premier élément, qui est dans le centre d'un tourbillon, peut s'échapper et s'échappe sans cesse par les intervalles de boules, vers la circonférence du même tourbillon ; et dans le temps que le centre ou l'étoile qu^il